Marchés financiers, La Marina BJ – Sur le marché financier régional des titres publics, la place financière de Cotonou a fait preuve d’une puissance de frappe colossale durant la troisième semaine de mars. Pourtant, malgré une offensive dépassant les 139 milliards de FCFA, les États émetteurs sont restés d’une sélectivité de fer, ne retenant qu’une infime fraction de cette manne. Décryptage d’un nouveau bras de fer où la qualité de la signature l’emporte sur l’abondance de l’offre.
L’état de la liquidité au sein de l’espace UMOA ne trompe pas. Au cours des adjudications successives tenues entre le 16 et le 20 mars 2026, les investisseurs basés au Bénin ont affiché un appétit féroce, mobilisant pas moins de 139,211 milliards de FCFA d’intentions de financement sur l’ensemble des émetteurs de la semaine. Mais dans cet océan de liquidités, le filet des Trésors publics est resté exceptionnellement étroit : seuls 11,972 milliards de FCFA ont été effectivement retenus.
Comme ce fut déjà le cas il y a quelques semaines, le contraste le plus saisissant s’est produit lors de l’émission domestique du 19 mars. Le Trésor béninois, en quête de 30 milliards de FCFA, a vu ses propres banques lui proposer 62,269 milliards de FCFA. Preuve d’une confiance absolue, certes, mais aussi d’un secteur bancaire local en situation de forte surliquidité. Pourtant, la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique a fait preuve d’une discipline exemplaire. Elle n’a validé que 343 millions de FCFA provenant des investisseurs béninois, et ce, exclusivement sur la maturité de 91 jours. Sur le segment de 182 jours, malgré 39,2 milliards de FCFA mis sur la table par les acteurs financiers locaux, l’État a préféré faire l’impasse totale, refusant de s’endetter à des conditions jugées non optimales.
La Guinée-Bissau en profite encore
Faute de pouvoir placer leurs ressources sur le marché domestique, les investisseurs béninois ont tenté des incursions notables chez leurs voisins. C’est en Guinée-Bissau que la moisson a été la plus fructueuse le 16 mars : sur 22,785 milliards de FCFA proposés, l’émetteur a capté 8,716 milliards de FCFA, acceptant de payer le prix d’un rendement moyen de 8,69 % sur 3 ans.
À l’inverse, le géant ivoirien est resté quasiment hermétique à l’offensive béninoise le 17 mars. Alors que les banques de Cotonou proposaient 11 milliards de FCFA sur les Bons du Trésor à 364 jours, le trésor ivoirien a rejeté l’intégralité de ces offres, ne retenant qu’un symbolique 100 millions de FCFA sur la maturité de 5 ans à 7,22% de rendement moyen. Un arbitrage qui confirme que sur les signatures les plus prisées, la concurrence entre investisseurs régionaux est sans merci.
Une sélectivité chirurgicale avec le Mali et le Togo
Du côté de Bamako, le 18 mars, la prudence a également prévalu. Sur les 17,646 milliards de FCFA proposés par investisseurs depuis Cotonou, seuls 2,503 milliards de FCFA ont été retenus, principalement sur les Obligations Assimilables du Trésor (OAT) à 3 ans. Le Mali a ainsi privilégié ses propres investisseurs nationaux (39,150 milliards de proposition pour 19,5 milliards retenu) et les souscriptions du Sénégal , du Burkina Faso, Côte d’Ivoire et du Togo pour boucler son opération.
Enfin, le Togo a clôturé la semaine le 20 mars en opposant la même fin de non-recevoir à l’excédent de liquidités béninois. Sur les 25,417 milliards de FCFA de soumissions formulées depuis le Bénin, seuls 311 millions ont été retenus. Lomé a préféré s’appuyer notamment sur sa base domestique et sur les investisseurs ivoiriens pour couvrir ses besoins.
Cette semaine d’activité met en exergue un changement de paradigme sur le marché régional. Avec un taux de couverture global frôlant les 706 % pour le Bénin et dépassant les 500 % pour le Togo, les États ne sont plus dans une position de demandeurs fragiles. Ils ont repris la main sur le calendrier et, surtout, sur les taux. Pour les banquiers de la place de Cotonou, le défi est désormais de taille : que faire des 127 milliards de FCFA rejetés cette semaine? Dans un marché où la discipline des émetteurs est devenue la règle, l’abondance de cash ne garantit plus le placement.
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