Énergie, La Marina BJ – L’Autorité de Régulation de l’Électricité (ARE) a émis, le 19 mars 2026, un avis favorable permettant à la Société des Huileries du Bénin (SHB) d’installer sa propre centrale solaire de 2,5 MWc. Entre autonomie énergétique et défis de raccordement, décryptage d’un dossier qui redessine les contours de l’autoproduction au Bénin.
Ce document de treize pages, consulté par La Marina BJ, pourrait bien créer un précédent. En validant le projet de la SHB-Bohicon, célèbre pour sa marque Huile Vitalor, le Conseil National de Régulation de l’ARE Bénin ne donne pas seulement un quitus technique ; il valide le passage à l’échelle de l’autoproduction solaire pour les grands comptes industriels du pays.
Un colosse industriel face au défi énergétique
Filiale du groupe SFP, la SHB transforme le coton béninois depuis 1997. Mais comme nombre d’industriels, l’entreprise se heurtait jusqu’ici à un plafond de verre marqué par la dépendance exclusive au réseau de la SBEE et aux groupes électrogènes, ce qui pesait lourdement sur les coûts d’exploitation et l’empreinte carbone. Pour briser ce cycle, la SHB a misé sur une solution radicale consistant à installer une capacité de 2,5 MWc de photovoltaïque associée à un système de stockage de 2,5 MW pour 5,2 MWh afin de garantir la stabilité de l’alimentation. Cette infrastructure, qui occupera une emprise de 2,5 hectares au cœur du site de Honmèho dans la commune de Bohicon, a pour objectif de couvrir environ 51 % des besoins énergétiques de l’usine de manière totalement autonome.
Le dossier, déposé officiellement le 16 janvier 2026, a été passé au crible suivant le nouveau règlement de mars 2025. L’ARE n’a rien laissé au hasard lors d’une procédure rigoureuse qui a d’abord nécessité un audit de terrain en février. Les experts du régulateur ont inspecté le site pour valider la faisabilité technique des lignes privées et s’assurer de la viabilité de l’emplacement. Par souci de transparence technique, la SHB a dû fournir des documents complémentaires, notamment des courbes de charge ultra-précises et un schéma unifilaire rigoureux pour rassurer l’autorité sur la sécurité et la conformité de l’installation prévue.
Le nœud du problème
Si la Direction Générale de la Planification Énergétique et de l’Électrification Rurale a donné son aval rapidement, la SBEE a manifesté une prudence technique notable concernant l’injection du surplus d’électricité dans le réseau national. La société de distribution exige en effet des études de stabilité approfondies avant toute connexion au réseau haute tension de 20 kV. L’avis de l’ARE est donc assorti d’une condition suspensive majeure puisque aucun raccordement ne pourra se faire sans l’accord explicite de la SBEE. Par ailleurs, le projet doit encore finaliser son volet réglementaire environnemental, les études d’impact attendant toujours le feu vert définitif de l’Agence Béninoise pour l’Environnement.
Le cas de la SHB n’est pas isolé et s’inscrit dans la droite ligne de la Politique nationale des énergies renouvelables 2020-2030, qui vise à verdir massivement le mix énergétique béninois. L’enjeu est triple pour le pays car il s’agit de réduire la facture énergétique des fleurons nationaux, de soulager le réseau public durant les pics de consommation en journée et de tester en conditions réelles le cadre législatif de 2020 autorisant la vente d’électricité par des privés. En ouvrant la voie à l’usine de Bohicon, l’ARE envoie un message clair aux investisseurs sur le fait que le Bénin est prêt pour la transition énergétique industrielle sous un contrôle technique strict.
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