Coopération, La Marina BJ – Le contrat de gestion déléguée liant l’État béninois au Port d’Anvers-Bruges International arrive à son terme à la mi-2027, au moment précis où un nouveau président prend les rênes du pays. Pour Bruxelles, qui joue la carte de la prudence face au nouveau pouvoir, l’avenir de son principal ancrage en Afrique de l’Ouest dépend désormais entièrement des orientations stratégiques que fixera le chef de l’État SEM Romuald Wadagni.
Au cœur de la transition politique au Bénin, les dossiers économiques majeurs n’ont pas attendu la fin de la période de grâce. Le plus brûlant d’entre eux mène directement sur les quais du Port Autonome de Cotonou (PAC). Pendant dix ans, le nouveau chef de l’État Romuald Wadagni a eu ce poumon économique dans son portefeuille. En tant que ministre des Finances de l’ex président Patrice Talon, il était l’interlocuteur privilégié du Port d’Anvers-Bruges International (PoABI), suivant de près les chantiers, les financements et les chiffres de trafic. Aujourd’hui président de la République, il doit trancher, non plus en gestionnaire, mais en chef d’État. L’ambassadrice de Belgique au Bénin, Sandrine Platteau, l’a admis sans détour au lendemain de l’investiture au micro de la RTBF affirmant de voir « la vision du nouveau gouvernement » Wadagni et que « Le port d’Anvers-Bruges international pourra proposer ses pistes de soutien ». Pour l’ambassadrice selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Noé William HOUNKANRIN, « les discussions continueront dans les semaines et mois à venir ».
Un partenariat de huit ans aux résultats opérationnels contrastés
Le contrat de délégation de gestion entre l’État béninois et le Port d’Anvers a été signé le 8 janvier 2018, avec des objectifs clairs : modernisation des installations, extension des capacités et transfert de compétences au personnel local. L’enjeu est colossal pour les caisses de l’État étant donné que le PAC concentre plus de 90 % des échanges extérieurs du Bénin et contribue jusqu’à 80 % à la mobilisation des recettes douanières. Sur le plan des performances, le bilan du partenariat est réel, mais marqué par de fortes turbulences logistiques et géopolitiques. Selon le classement mondial de l’indice de performance des ports à conteneurs (Banque mondiale/S&P Global Market Intelligence), le PAC a enregistré une spectaculaire remontée, se positionnant parmi les plus fortes progressions mondiales.
Une bouffée d’oxygène après une année 2023 noire, où le port avait dégringolé à la 402e place mondiale sur 405. Cette chute historique avait été provoquée par le gel du corridor nigérien, qui représentait jusqu’à un tiers du trafic de l’hinterland avec environ 4 millions de tonnes de marchandises, suite au coup d’État à Niamey et aux sanctions de la CEDEAO. Bien que le volume de marchandises ait rebondi de près de 52,3 % pour atteindre 14,7 millions de tonnes en 2025 ( Lire LMBJ du 1/04/2026), la reconquête totale de ce trafic reste suspendue aux relations diplomatiques régionales.
La distinction capitale
Pour comprendre l’enjeu qui s’annonce, il importe de ne pas confondre les niveaux du partenariat. Le Port d’Anvers-Bruges International n’est pas concessionnaire de l’ensemble de l’infrastructure : il assure la gestion globale de l’autorité portuaire (pilotage, orientations stratégiques, standards environnementaux et transfert de savoir-faire). En parallèle, l’écosystème commercial s’est déjà diversifié en pleine gestion déléguée. Le choix du groupe marocain Marsa Maroc, désigné comme gestionnaire délégué des terminaux 1 et 5 et opérationnel depuis fin 2024, prouve que le gouvernement béninois depuis l’administration précédente sait ouvrir son jeu au-delà du seul partenaire européen.
Ce contrat de pilotage technique expire alors que s’achève le plan directeur du PAC, visant à porter la capacité à plus de 15 millions de tonnes grâce au soutien des partenaires comme la Banque Africaine de Développement (BAD). Le directeur général du PoABI, Kristof Waterschoot, affichait l’ambition de transformer Cotonou en un « SmartPort » technologique. Le renouvellement ou non du bail déterminera qui pilotera cette mutation numérique et industrielle, et sous quelles conditions.
Un choix structurant
La décision que prendra le gouvernement du président Romuald Wadagni s’inscrit dans un contexte de compétition portuaire féroce en Afrique de l’Ouest. Le dernier classement consacre Dakar comme le port le plus performant d’Afrique subsaharienne, tandis que le port de Lomé continue de courtiser agressivement les marchés enclavés du Sahel. Face à cette concurrence, la Belgique sait qu’elle joue gros. Pour Bruxelles, Cotonou est une plateforme stratégique qui lui offre un point d’ancrage stable, à l’abri des tensions mémorielles coloniales, dans une région ouest-africaine en pleine recomposition géopolitique.
La Belgique y dispose d’ailleurs de ses propres infrastructures logistiques à l’aéroport et au port. L’heure n’est donc plus à la reconduction automatique pour Anvers. En indiquant que le bénéficiaire direct pourra proposer ses pistes de soutien, l’ambassadrice belge reconnaît que la balle est dans le camp du nouveau locataire du palais de la Marina. Renouveler avec la Belgique serait le choix de la continuité d’une réforme interne ; ouvrir la compétition serait le signal d’une souveraineté réaffirmée et d’une exigence accrue d’industrialisation locale notamment pour la transformation du coton et du cajou. Pour ses premiers mois, le président Romuald Wadagni tient là son premier grand levier de négociation internationale.
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