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Mini-réseaux solaires au Bénin : en attendant l’aval de l’exécutif, l’ARE valide deux concessions après un an d’examen et de corrections

Régulation, La Marina BJ Un avis conforme rendu par l’Autorité de Régulation de l’Électricité ouvre la voie à l’électrification hors-réseau de douze localités rurales dans les départements du Mono, du Couffo et du Zou. Mais entre une condition bancaire encore pendante et une transition gouvernementale qui a ralenti la mécanique administrative, les conventions de concession attendent toujours le dernier feu vert du Conseil des ministres.

Après plus d’un an d’échanges, d’observations techniques et de corrections tarifaires imposées au promoteur, le Conseil National de Régulation de l’Autorité de Régulation de l’Électricité a rendu son avis n°2026-007/CNR/ARE. Par ce document de vingt-neuf pages consulté intégralement par La Marina BJ, le régulateur sectoriel donne son feu vert à la signature de deux conventions de concession d’électrification hors-réseau portées par la société MIONWA GENERATION S.A., l’une couvrant cinq localités dans les départements du Mono et du Couffo, l’autre sept localités dans le département du Zou.

Pour les populations d’Ahogbeya, Avloh Centre, Tchito, Gbakpodji, Godohou, Ahokanmey, Akouessa, Avlame, Gobaix, Koussoukpa, Setto et Kpokissa, c’est l’aboutissement d’une attente qui remonte à 2017. Cette année-là, dans le cadre des programmes PRODERE et PROVES, l’État béninois avait installé des mini-réseaux solaires photovoltaïques dans ces localités rurales, sans jamais parvenir à les confier à un opérateur privé capable d’en assurer l’exploitation durable. Neuf ans plus tard, le cadre réglementaire est enfin en place, mais les conventions ne sont pas encore signées.

Un dossier né d’un appel d’offres de 2022

L’histoire de ce dossier commence formellement en novembre 2022, lorsque le groupement SUNKOFA ENERGY SL-POWERGEN, dont la société de projet est MIONWA GENERATION S.A., est sélectionné à l’issue d’un processus d’appel d’offres lancé par l’ex-ABERME pour la mise en concession de soixante-six mini-réseaux solaires photovoltaïques répartis sur l’ensemble du territoire. Le groupement se voit attribuer deux lots, le Lot 5 (neuf localités du Mono et du Couffo) et le Lot 7 (dix localités du Zou),avec des tarifs moyens respectivement approuvés à 188 et 197 FCFA/kWh.

Entre-temps, la structure capitalistique du promoteur évolue. En juillet 2023, ONEPOWER LESOTHO PTY LTD rachète l’intégralité des parts du groupement initial et devient l’actionnaire unique de MIONWA GENERATION S.A., adossée à la maison mère Solar Turbine Group International. Cette modification, régulièrement notifiée et approuvée par l’autorité concédante, n’altère pas l’attribution des lots mais ouvre une nouvelle phase : le promoteur demande une actualisation de l’état des lieux des installations existantes avant la conclusion des conventions, certaines localités ayant entre-temps été rattrapées par le réseau conventionnel de la SBEE.

C’est dans ce contexte que le dossier formalisé est transmis à l’ARE par la Direction Générale de la Planification Énergétique et de l’Électrification Rurale en décembre 2025, en vue de l’obtention de l’avis conforme préalable à toute signature de convention de concession hors-réseau.

Une révision tarifaire de 25%

L’examen du dossier par l’ARE n’a pas été une formalité. Dès la séance de clarification du 16 janvier 2026, le régulateur formule des observations substantielles : les coûts d’investissement ne tiennent pas compte de l’état réel des installations existantes sur site ; le dimensionnement des groupes électrogènes est jugé non optimal ; les références tarifaires en matière de CAPEX et d’OPEX sont insuffisamment compétitives ; et le modèle tarifaire initial intègre une subvention dont la justification s’avère reposer sur une interprétation erronée des infrastructures disponibles.

La réponse du promoteur, soumise le 10 février 2026, est substantielle. Les tableaux comparatifs produits par l’ARE dans son avis final mesurent l’ampleur des corrections obtenues : les investissements initiaux reculent de 25,14% pour le Lot 5 et de 16,84% pour le Lot 7 par rapport à la proposition de décembre 2025 ; les charges d’exploitation baissent respectivement de 31,01% et de 32,35% ; et les subventions initialement revendiquées sont intégralement sorties du modèle tarifaire. L’impact sur le tarif est direct. Pour le Lot 5, le tarif moyen du kWh passe de 267,13 FCFA à 200,28 FCFA, une réduction de 25,14%. Pour le Lot 7, il descend de 268,13 FCFA à 200,47 FCFA, soit une baisse de 25,23%. Ces tarifs, applicables pour la première période tarifaire 2027-2028, seront révisables tous les deux ans. C’est à ces conditions, et à ces conditions seulement, que l’ARE émet son avis conforme.

Sur le fond, l’ARE approuve les nouveaux périmètres géographiques des deux concessions, cinq localités pour le Lot 5, sept pour le Lot 7, après retrait des localités désormais électrifiées par le réseau conventionnel et fixe les revenus requis que MIONWA GENERATION S.A. devra générer sur la durée de la concession pour couvrir ses charges d’exploitation, ses amortissements et la rémunération de sa base d’actifs régulés. Ces montants s’élèvent à 3,908 milliards de FCFA pour le Lot 5 et à 5,963 milliards FCFA pour le Lot 7, sur une période de vingt ans à compter de la première autorisation de mise en service. Le plan d’investissements sur cette même période représente un engagement total de 1,4 milliards de FCFA pour le Lot 5 et de 2,1 milliards pour le Lot 7, dont l’essentiel est mobilisé dès la première année d’exploitation prévue en 2026. Le modèle financier retenu repose sur une structure de financement combinant 50% de fonds propres et 50% d’emprunt commercial à un taux d’intérêt de 9%, avec un Coût Moyen Pondéré du Capital fixé par l’ARE à 10,4%.

Sur le plan technique, les projets prévoient la réhabilitation des minicentrales solaires existantes, le renforcement du système photovoltaïque, l’acquisition de groupes électrogènes sur chacun des sites et la réalisation de travaux d’extension du réseau basse tension. Au total, les douze villages devraient bénéficier de plus de 6 100 connexions électriques à terme.

Deux conditions suspensives avant la signature

L’avis conforme de l’ARE n’est pas un blanc-seing. Deux conditions suspendent la signature effective des conventions. La première, formulée à l’article 6 de l’avis, exige que MIONWA GENERATION S.A. produise une lettre d’intention d’un de ses partenaires bancaires indiquant clairement sa disposition à financer les projets. Le régulateur a constaté que, malgré des relations bancaires mentionnées avec la Société Générale des Banques et la Banque Atlantique Bénin, aucun de ces établissements n’avait fourni de document formel en ce sens à la date de délibération. Une lacune jugée significative pour un projet dont le montant d’investissement dépasse le milliard de FCFA.

La seconde condition, posée par l’article 7, résulte directement des dispositions du Décret n°2022-474 du 3 août 2022 portant réglementation de l’électrification hors-réseau : tout projet dont la puissance cumulée dépasse 500 kVA et dont l’investissement prévisionnel excède 500 millions de FCFA doit être soumis à l’approbation du Conseil des ministres avant la signature de la convention de concession. Les deux projets de MIONWA GENERATION S.A. franchissent largement ce seuil. La DGPER est donc tenue de requérir formellement cette autorisation avant tout engagement contractuel.

C’est là que le calendrier politique vient compliquer l’équation. L’avis ARE du 19 mars 2026 intervient trois semaines avant l’élection présidentielle du 12 avril, remportée par Romuald Wadagni avec 94,27% des suffrages. Le nouveau Chef de l’État ne prête serment qu’en mai, et son premier Conseil des ministres substantiel, celui du 3 juin 2026, est entièrement consacré à la loi de finances rectificative et aux premières mesures sociales du nouveau gouvernement. Le dossier MIONWA GENERATION se trouve ainsi dans un entre-deux institutionnel caractéristique : validé sur le fond par le régulateur, mais suspendu à une double condition administrative et politique que la transition gouvernementale a mécaniquement différée. Pour les douze villages concernés, qui attendaient déjà l’électricité depuis que leurs mini-réseaux ont été installés il y a près d’une décennie, l’horizon d’une mise en service effective en 2027, hypothèse de travail retenue par l’ARE elle-même, reste conditionnel.

La balle est désormais dans le camp de la DGPER et du nouveau gouvernement du président Romuald Wadagni dont le ministre de l’énergie est d’ailleurs le président de l’ARE à l’époque de la validation, qui devra inscrire ce dossier à son agenda dans les prochaines semaines s’il entend tenir le calendrier d’exploitation prévu. À moins que la lettre de banque, le maillon encore manquant de la chaîne, ne retarde une nouvelle fois l’échéance.

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