Coopération, La Marina BJ — Une délégation des Forces armées béninoises (FAB) a effectué un séjour d’échange en Allemagne auprès de la Bundeswehr, a annoncé l’Ambassade d’Allemagne à Cotonou. Ce rapprochement bilatéral direct s’inscrit dans la stratégie de diversification des partenariats stratégiques de l’état-major béninois.
D’après les informations transmises par notre journaliste contributeur Noé William Hounkanrin, la délégation d’officiers des FAB a notamment séjourné à Leipzig, siège du Commandement de la formation de l’armée de terre allemande (Ausbildungskommando). Ce programme, articulé autour de la thématique « Pays et habitants », visait à intégrer une immersion institutionnelle et civile au cadre technique des échanges militaires. Un officier affecté au suivi de la mission a indiqué que cette visite s’est déroulée d’égal à égal, précisant que de nombreuses sessions de travail ont permis à la délégation d’appréhender les modules de formation allemands.
Extension des partenariats opérationnels
Ce déplacement intervient dans une phase de restructuration globale de l’appareil de défense béninois. Face à la pression des groupes armés non étatiques dans la zone septentrionale, les effectifs des FAB sont passés de 7 500 à plus de 12 000 personnels en quatre ans. Cette hausse s’appuie sur le plan stratégique 2025-2029, adopté en septembre 2025, qui planifie l’augmentation continue du budget du ministère de la Défense et la dotation des forces en vecteurs technologiques performants, tandis que l’opération interarmes « Mirador », déployée depuis janvier 2022, mobilise plus de 3 000 hommes le long des frontières nord.
Pour soutenir cette montée en puissance, le gouvernement béninois multiplie les canaux d’approvisionnement et d’instruction sur le plan international. L’armée béninoise intègre désormais des vecteurs aériens de pointe, notamment des drones de combat de fabrication chinoise, et bénéficie d’une dotation de 350 000 dollars en matériel militaire octroyée par les États-Unis, comme le rapportait déjà notre rédaction en mars dernier (lire LMBJ du 16/03/2026). Parallèlement, le renforcement des compétences s’appuie sur les activités de l’Académie logistique de Ouidah inaugurée en 2024 ainsi que sur le déploiement à Cotonou, depuis octobre 2024, de formateurs espagnols sous mandat de l’Initiative européenne de sécurité et de défense pour le Golfe de Guinée.
L’axe Berlin-Cotonou reposait jusqu’ici principalement sur le Mécanisme de Stabilité des États Côtiers, un outil civil cofinancé avec Washington pour la prévention des conflits. L’accueil des FAB par l’état-major allemand marque le passage d’une logique d’assistance civile à une interaction technique directe entre corps d’officiers.
Vers une réciprocité d’expérience asymétrique
Si les relations diplomatiques germano-béninoises datent du 30 juillet 1960, le volet militaire opérationnel est resté secondaire pendant plusieurs décennies. La perspective évoquée par la représentation diplomatique allemande d’accueillir des officiers allemands au Bénin l’année prochaine indique une volonté d’établir un protocole de réciprocité. Cette démarche confirme la reconnaissance de l’expérience de terrain acquise par les FAB en matière de contre-terrorisme et de guerre asymétrique. Cette expertise opérationnelle en environnement réel constitue un retour d’expérience documenté, de plus en plus analysé par les armées occidentales. Cette dynamique de concertation technique s’était déjà manifestée en mars 2026 lors de la réunion tripartite entre les chefs d’état-major du Bénin, de la Côte d’Ivoire et de la France à la caserne de Togbin à Abomey-Calavi, axée sur l’interopérabilité des forces spécialisées.
La diversification sectorielle des alliances militaires répond à des exigences de terrain immédiates. Les attaques simultanées perpétrées dans la nuit du 25 au 26 mai 2026 contre deux positions des FAB à Kourou Koualou, à la frontière burkinabè, ont entraîné la perte de quatre soldats au lendemain de l’investiture du président Romuald Wadagni. Cet événement rappelle le niveau de criticité sécuritaire auquel l’état-major doit répondre par un alignement constant de ses capacités logistiques et tactiques. La visite à la Bundeswehr s’inscrit précisément dans cette logique de long terme qui vise à construire un réseau de soutien international diversifié pour faire face à une menace transfrontalière.
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