Humanitaire, La Marina BJ – Sous la pression constante des crises sécuritaires au Sahel et dans le nord du Nigeria, le septentrion béninois confirme sa mutation de zone de transit vers un foyer d’accueil prolongé. Selon la dernière fiche d’information semestrielle du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le pays accueillait à la fin juin plus de 85 000 personnes déplacées, dans un contexte marqué par un déficit financier alarmant de 83 %.
L’onde de choc de l’instabilité sous-régionale continue d’ébranler les frontières septentrionales du Bénin. Entre janvier et juin 2026 selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Gabin Tovonon, pas moins de 8 400 nouveaux réfugiés et demandeurs d’asile ont été officiellement enregistrés par les autorités nationales et les équipes humanitaires, traduisant une intensification des flux transfrontaliers. Ces chiffres portent désormais la population totale de personnes déplacées de force sur le territoire béninois à 85 249 individus, dont 42 840 réfugiés et demandeurs d’asile et 42 409 personnes déplacées internes (PDI). Cette poussée migratoire transforme profondément la dynamique démographique et sécuritaire des départements du Nord, devenus les véritables épicentres de la réponse humanitaire dans le pays.
L’Atacora et l’Alibori en première ligne
La cartographie du HCR montre une concentration massive des populations déplacées dans le Nord-Bénin : plus de 92 % des réfugiés et demandeurs d’asile sont installés dans les départements de l’Alibori (20 930 personnes) et de l’Atacora (18 635 personnes). Le Burkina Faso constitue le principal pays d’origine de ces déplacés, comptant 27 397 ressortissants accueillis, suivi du Niger (6 272) et du Togo (4 782). Les flux transfrontaliers s’intensifient le long des axes stratégiques, notamment vers Porga dans l’Atacora (en provenance du Burkina Faso via l’axe Koualou-Kourou) ou encore vers Ségbana et Kalalé, auxquels s’ajoutent de nouvelles dynamiques observées dans la Donga (Partago et Djougou). Parallèlement, la réorganisation des opérations sécuritaires et la persistance des menaces frontalières alimentent des déplacements internes forcés, illustrés par l’évacuation en urgence de 2 841 personnes dans la commune de Matéri en juin dernier.
Derrière ces chiffres, le rapport du HCR révèle un goulot d’étranglement institutionnel crucial qu’est la documentation légale. Si le soutien de la Banque mondiale à travers le projet COSO a permis d’ouvrir des annexes du Secrétariat Permanent de la Commission Nationale pour les Réfugiés et Apatrides (SP-CNRA) à Natitingou et Kandi, le retard d’enregistrement demeure préoccupant. À ce jour, 16 463 réfugiés reconnus ne disposent pas de cartes d’identité valides et près de 12 400 demandeurs d’asile attendent toujours d’être formellement répertoriés. Plus critique encore, le monitoring de protection mené par l’ONG partenaire CIAUD révèle que 90 % des enfants au sein des ménages suivis ne possèdent aucun acte de naissance de leur pays d’origine, les exposant directement à un risque majeur d’apatridie. Face à cette urgence selon le rapport consulté par La Marina BJ, le HCR et les autorités béninoises travaillent à l’intégration biométrique des personnes de référence dans le Registre National des Personnes Physiques (RNPP) et à l’extension des guichets uniques d’état civil.
Un manque à gagner de 83 %
La principale impasse de cette crise reste d’ordre financier pour le semestre. Sur les 44,2 millions de dollars US requis pour couvrir les interventions d’urgence dans les pays côtiers du Golfe de Guinée en 2026, seuls 7,3 millions de dollars ont été mobilisés au 30 juin, soit un taux de couverture dérisoire de 17 %. Ce déficit béant de 36,9 millions de dollars a des répercussions directes sur le terrain : le démarrage des modules de formation professionnelle du projet ProFop à Natitingou (maraîchage, agro-transformation, mécanique agricole) a ainsi dû être reporté au second semestre en raison du manque de ressources pour le transport et la restauration des apprenants.
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Néanmoins, face à l’absence de perspectives de rapatriement à court terme, la stratégie s’oriente vers l’autonomisation à long terme. Outre la validation de la Stratégie Nationale de Subsistance 2026-2029, le HCR intensifie son plaidoyer en faveur d’accords fonciers tripartites entre mairies, propriétaires et demandeurs d’asile pour lever l’un des principaux verrous à l’insertion agricole dans le septentrion.
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