Infrastructures, La Marina BJ – À huit mois de son échéance financière fixée à fin juin 2027, le Programme d’Assainissement Pluvial de Cotonou (PAPC) affiche un bilan d’exécution globalement satisfaisant selon les chargés d’évaluation et des avancées physiques réelles sur le terrain. Mais sous la surface des millions d’euros injectés et des kilomètres de caniveaux livrés, un indicateur-phare qui se dégrade, des blocages fonciers municipaux et un calendrier de décaissement qui se resserre viennent tempérer le tableau.
L’un des chantiers d’infrastructures urbaines les plus ambitieux de la capitale économique béninoise, avec une enveloppe globale de 362,43 millions d’euros, le Programme d’Assainissement Pluvial de Cotonou (PAPC) arrive à un moment décisif. Soutenu par un tour de table réunissant la Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale, l’AFD, la BOAD, la Banque européenne d’investissement (BEI), la Banque islamique de développement et le Fonds Africa Growing Together, aux côtés de l’État béninois, le projet est entré dans une phase d’impact direct sur le terrain. Selon le rapport sur l’état d’exécution et sur les résultats (EER) de la BAD, daté du 3 juillet 2026 et rendu public le 6 octobre 2026, établi après une mission de terrain du 28 avril au 8 mai, le guichet BAD affiche un taux de décaissement de 62,06 % et une notation globale jugée satisfaisante. L’évaluation détaillée révèle toutefois une réalité plus contrastée, où l’efficacité du génie civil se heurte aux complexités de la gestion urbaine.
Des résultats concrets
Sur le plan des infrastructures et de l’impact social, les engagements du PAPC se traduisent par des retombées mesurables. Selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Noé William HOUNKANRIN, qui a analysé ce rapport, relève que le nombre de personnes affectées par les inondations dans la zone d’intervention est passé de 99 315 à 61 008 depuis le lancement du projet, soit environ 39 % du chemin vers l’objectif de zéro. Plusieurs quartiers sont déjà sortis des eaux stagnantes. Un bémol toutefois, le rapport précédent, publié en janvier 2026, faisait état de 43 456 personnes affectées. L’indicateur a donc reculé entre les deux évaluations, sans que la BAD ne remette en cause la trajectoire du projet, jugée « en bonne voie ».
Sur le terrain, l’aménagement du bassin de rétention Pa2 atteint 85,9 % de son volume cible avec 189 400 m³ aménagés, tandis que plus de 18,2 km de collecteurs et caniveaux et 9 km de voiries pavées ont déjà été réalisés dans les bassins Pa2 et QaQc, soit respectivement 55 % et 74 % des objectifs finaux. Au-delà du béton, le programme confirme sa dimension d’inclusion économique : 1 019 emplois ont été créés sur les 1 500 visés, 83 des 100 jeunes formés exercent déjà une activité rémunérée, et 150 femmes et jeunes filles ont bénéficié de programmes d’alphabétisation.
Le défi des arbitrages techniques
L’exécution de travaux de cette ampleur n’est pas exempte d’imprévus. Alors que la supervision sur dossier de novembre 2025 ne signalait qu’un seul problème, déjà résolu (l’indemnisation des personnes affectées), la mission de terrain de mai en a fait apparaître plusieurs. Des fissures sont apparues sur les murs du module 2 de l’École Béninoise des Sourds et sur l’aile droite du dortoir, en raison de la nature instable des sols. Le module doit être reconstruit sur le site de l’église des sourds, laquelle devrait elle-même être rebâtie sur un îlot appartenant à la Mairie, avec une échéance fixée au 31 mars 2027. Parallèlement, l’évacuation des eaux collectées par le bassin Pa2 reste difficile : un curage en aval est prévu, de même que la pose de clôtures grillagées autour des bassins Pa2 et QaQc afin d’écarter les risques de noyade pour les riverains et les enfants des quartiers voisins.
Le point de fragilité suivant concerne la coordination institutionnelle et la préparation de l’après-chantier. Si 300 poubelles de 2 m³ et 50 bacs ont été réceptionnés dès octobre 2021 pour renforcer la salubrité urbaine, la mise en place des centres de regroupement et de transfert des déchets bute sur un problème d’emplacement : un seul des trois sites mis à disposition répond aux exigences requises. Les dossiers d’appel d’offres sont prêts mais attendent d’être transmis à la BAD pour avis de non-objection, tandis que les démarches se poursuivent pour identifier les deux autres sites. L’échéance de négociation avec les autorités, fixée au 15 juin 2026, est déjà dépassée.
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Le volet communication accuse lui aussi un net retard. La stratégie globale reste suspendue à la validation hiérarchique, et seuls 525 hommes et 455 femmes ont été sensibilisés, contre des cibles annuelles de 45 000 et 50 000. À ce stade, 9 des 21 produits attendus sont achevés, et aucune des trois infrastructures sociales n’est encore comptabilisée comme livrée : le laboratoire est terminé, mais les écoles restent en chantier.
L’enjeu du calendrier
Selon les données du dernier rapport, quelque 15 milliards de FCFA, soit près de 38 % des financements, restent à décaisser d’ici la clôture du 30 juin 2027. Or, entre les supervisions de novembre 2025 et de mai 2026, à peine 2,3 milliards de FCFA l’ont été. À ce rythme, le solde ne pourra pas être absorbé dans les délais car la cadence devrait plus que doubler, ce qui pose la question d’une éventuelle prorogation de la date de clôture. Le dernier verrou, et sans doute le plus structurant, tient à l’après-chantier. Aucun des 33 140 mètres linéaires de réseau prévus n’est encore entretenu, faute de remise des ouvrages à la Société de Gestion des Déchets et de la Salubrité (SGDS) et à la Mairie. Sans ce transfert, les nouveaux réseaux de drainage risquent de s’engorger prématurément avant même la clôture du programme.
Le PAPC tient donc une partie de ses promesses avec des ouvrages qui sortent de terre et certains quartiers qui respirent. Mais l’indicateur central, le nombre de personnes exposées aux inondations, ne progresse pas de façon linéaire, et le temps imparti se réduit.
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