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Inclusion financière : le Bénin, leader sous pression dans l’UEMOA

Économie & Finances, La Marina BJ — Avec un indice synthétique d’inclusion financière de 0,667 et un taux d’inclusion de 92,8 %, le Bénin confirme son leadership dans l’espace UEMOA en 2025, selon le dernier tableau de bord de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Si la pénétration bancaire, le maillage de la microfinance et la densité du réseau de distribution consolident l’hégémonie béninoise, une analyse fine des agrégats révèle un essoufflement de la dynamique décennale face à ses pairs régionaux, couplé à une sous-performance structurelle quant au volume de valeur capté par la monnaie électronique. Décryptage.

Le Bénin maintient sa position de tête au sein des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) sur l’ensemble du périmètre des services financiers intégrés. D’après la cartographie 2025 de la BCEAO publiée le 21 octobre 2026, le pays surpasse la moyenne régionale établie à 0,616 grâce à un accès étendu aux prestations bancaires, aux systèmes financiers décentralisés et aux rails de paiement mobile. Bien que cette performance prolonge un ancrage historique solide, l’amenuisement progressif de l’écart avec les poursuivants directs implique un basculement critique : la pérennité de ce leadership dépendra désormais de la profondeur financière des transactions et de la vélocité des usages, plutôt que de la seule bancarisation de masse.

L’effet levier

Ajusté des biais de multibancarité, le taux d’inclusion financière béninois atteint 92,8 % en 2025, contre 89,8 % en 2024, surclassant largement la moyenne communautaire (76,1 %) ainsi que les ratios du Togo (90,7 %), de la Côte d’Ivoire (88,7 %) et du Sénégal (88 %). La croissance annuelle de 3 points dépasse également le rythme de progression de l’Union (+2,5 points). Sur le segment bancaire au sens strict, englobant banques commerciales, services postaux, caisses d’épargne et Trésor public, le taux de pénétration ressort à 39,8 % de la population adulte, contre 26,9 % pour l’ensemble de la zone UEMOA. À titre comparatif, la Côte d’Ivoire s’établit à 37,1 % et le Togo à 28,3 %, tandis que le ratio béninois ne s’élevait qu’à 26,4 % en 2015.

L’intégration des institutions de microfinance bouleverse la structure du marché avec un taux de bancarisation élargi qui bondit à 91,7 %, contre une moyenne sous-régionale de 50,6 %. Cet écart massif de 51,9 points de pourcentage entre taux strict et élargi met en exergue l’immense rôle amortisseur et intégrateur joué par les SFD dans la captation de l’épargne informelle et l’octroi de microcrédits. Côté distribution, la densité du réseau physique demeure un pilier stratégique : le pays comptabilise 540 points de services financiers pour 10 000 adultes (plus du double de la moyenne UEMOA fixée à 224) et affiche une concentration géographique de 3 836 points pour 1 000 km² (contre 563 dans l’Union), bien que ces métriques intégrant les sous-distributeurs mobiles soient à pondérer par la superficie restreinte du territoire national.

Densité du réseau

Le paysage bancaire béninois présente une configuration singulière. Malgré une taille de marché intermédiaire, le pays aligne 4 123 points de services bancaires pour 15 établissements agréés, surpassant les infrastructures physiques de la Côte d’Ivoire (2 229 points pour 28 banques) et du Sénégal (1 405 points). En termes d’encours de comptes bancaires ouverts, le Bénin se positionne au troisième rang régional avec 3,50 millions d’unités, se plaçant juste derrière les marchés ivoirien et burkinabè.

Sur le marché du crédit, la tarification bancaire local demeure toutefois plus restrictif; le taux effectif moyen appliqué aux concours bancaires s’établit à 7,32 % en 2025, soit une prime par rapport à la moyenne UEMOA (6,69 %), et un écart notable face aux conditions financières plus libérales de la Côte d’Ivoire (6,26 %) et du Sénégal (5,98 %). À l’inverse, le rendement moyen des dépôts ressort à 5,58 %, légèrement au-dessus du benchmark régional (5,41 %). Sur le segment de la microfinance, les 49 SFD actifs gèrent 5,26 millions de comptes (2e rang sous-régional), affichant un taux d’utilisation de 51,9 %, uniquement devancé par le Togo (58,7 %).

Parallèlement, l’interconnexion monétique interbancaire démontre une vive dynamique : avec 1,88 million de cartes en circulation (21,48 % du parc global de l’UEMOA, dont 43 % de cartes prépayées), le Bénin génère 126,4 millions d’opérations monétiques, captant à lui seul 51,4 % du volume régional pour une valeur globale de 4 029 milliards de FCFA.

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Le paradoxe du Mobile Money

L’analyse de la monnaie électronique révèle les limites actuelles du modèle d’inclusion financier béninois. Si le pays recense 40,73 millions de comptes ouverts (14,3 % du total régional, 3e rang derrière la Côte d’Ivoire et le Sénégal), seuls 11,66 millions sont classés comme actifs (au moins une transaction sur 90 jours). Ce taux d’activité de 28,62 % accuse un retard net sur la moyenne de l’UEMOA (32,56 %). De même, malgré une infrastructure forte de 296 160 points de services actifs (20,4 % du parc régional), leur taux d’utilisation effective (68,08 %) reste en deçà du standard communautaire (78,21 %).

Sur le volet de l’acquisition commerçante et des paiements digitaux B2C/B2B, le retard technologique se confirme. Bien que 51,42 % des commerçants inscrits soient actifs sur le paiement mobile de proximité, l’équipement en terminaux de paiement électronique (50 TPE) et la numérisation des marchands en ligne (117 e-commerçants) demeurent marginales comparées aux 2 600 plateformes e-commerce répertoriées en Côte d’Ivoire. En termes quantitatifs, le Bénin a traité 2,67 milliards d’opérations de monnaie électronique en 2025 (16,31 % du volume régional, 4e rang), mais la valeur cumulée plafonne à 13 938 milliards de FCFA, soit à peine 6,36 % de la valeur globale de l’Union (5e rang).

Selon les recalculs de la Team Rapports et Insights de La Marina BJ, le panier moyen par transaction ressort à seulement quelques milliers de FCFA, confirmant que l’usage de la monnaie électronique au Bénin demeure cantonné aux micro-paiements du quotidien et aux transferts de gré à gré, sans véritable pénétration des flux commerciaux à forte valeur ajoutée. Cette divergence entre vélocité transactionnelle et création de valeur se reflète dans la trajectoire récente. Entre 2022 et 2025, la valeur des transactions de monnaie électronique au Bénin est passée de 8 086 milliards à 13 938 milliards de FCFA (+72 %), alors que l’ensemble de la zone UEMOA bondissait de 96 133 milliards à 219 151 milliards de FCFA (+128 %). Il en résulte un effritement de la part de marché financière du Bénin, qui rétrograde de 8,4 % à 6,4 % de la valeur régionale.


En conclusion, si la suprématie béninoise sur l’accès théorique aux services financiers demeure incontestée — l’indice synthétique ayant gagné 0,216 point en dix ans pour atteindre 0,667 —, le différentiel d’entraînement économique s’amenuise. Des concurrents directs comme le Togo, dont l’indice a bondi de 0,282 à 0,644 sur la même période, ne pointent plus qu’à 0,023 point du leader béninois. Le défi majeur pour les autorités monétaires et les acteurs du secteur privé ne réside plus dans l’enrôlement des populations, mais dans la transformation de cette masse critique d’utilisateurs en levier de profondeur financière et de numérisation des flux économiques majeurs.

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