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L’après-Yayi, un horizon que le parti Les Démocrates refuse d’affronter

Politique, La Marina BJ Au sein de la principale force d’opposition béninoise, la séquence politique ouverte par les velléités de départ de Thomas Boni Yayi dépasse le simple soubresaut organique. En rejetant, ce 6 mars, la démission de leur président, les instances dirigeantes des Démocrates n’ont pas seulement traité un dossier administratif ; elles ont involontairement exposé la fragilité d’un édifice dont la clef de voûte demeure, à l’excès, un seul homme. Une question, presque existentielle, hante désormais les observateurs politiques : le parti peut-il survivre à l’effacement de son tuteur naturel ?

L’argument de santé invoqué par l’ancien chef de l’État pour justifier son retrait aurait pu, sous d’autres cieux, offrir l’opportunité d’une transition apaisée. Pourtant, la réaction de la Coordination nationale, portée par la voix de Guy Mitokpè, s’apparente à un réflexe de survie. En dépêchant une délégation au domicile de l’ancien président pour le « convaincre » de rester, la direction du parti avoue implicitement une incapacité chronique à imaginer un horizon sans le patriarche de Tchaourou.

Ce rejet de la démission n’est pas qu’un acte de déférence ; c’est un aveu de faiblesse structurelle. Pour une base militante dont l’adhésion repose davantage sur l’affect et la fidélité à l’homme que sur un programme idéologique cristallisé, le départ de Boni Yayi signifierait l’ouverture d’une ère d’incertitude, voire de déliquescence.

Le contraste avec la démission de Chabi Yayi est saisissant. En laissant partir le fils, pourtant pièce maîtresse de la diplomatie du parti à l’international, pour s’agripper au père, la direction des Démocrates avoue une forme de dépendance organique. Vraisemblablement, le départ d’un cadre, fût-il le fils du président, est un aléa de parcours ; le retrait de Boni Yayi de la présidence, en revanche, est perçu comme un séisme capable de provoquer l’effondrement de l’édifice.

Le dilemme de la succession

Le drame des formations politiques fortement personnalisées réside dans leur incapacité à organiser l’après. Si l’aura de Boni Yayi a servi de ciment et de bouclier contre les pressions du pouvoir en place, elle agit aujourd’hui comme un plafond de verre. En retardant l’émergence d’une relève dotée d’une légitimité propre, le parti s’enferme dans une dépendance qui, à terme, pourrait lui être fatale.

L’enjeu des jours à venir, au-delà de l’issue de la médiation chez l’ancien président, est de savoir si Les Démocrates sauront muer en une institution structurée autour d’un projet collectif. Le « sauvetage » de Boni Yayi à la tête du parti n’est qu’un sursis. La séquence actuelle a agi comme un révélateur chimique : elle a mis à nu l’urgence pour l’opposition de définir une identité politique qui ne soit pas uniquement le reflet, aussi brillant soit-il, d’un homme providentiel.

L’après-Yayi a déjà commencé, que le parti se sente prêt à l’affronter ou non.

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