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Après Restaurer l’Espoir et Les Démocrates, vers une troisième voie ou un ralliement de raison pour Guy Mitokpè ?

Politique, La Marina BJEn politique, le timing est un art, mais la répétition est une signature. Ce dimanche 22 mars 2026, en annonçant via sa page Facebook son divorce d’avec le parti « Les Démocrates » (LD), le Dr Guy Dossou Mitokpè ne s’est pas contenté de signer une démission de plus. Il a acté la fin d’une époque : celle des tutorats encombrants.

Quatre ans après avoir claqué la porte de « Restaurer l’Espoir » de Candide Azannaï, l’ex-parlementaire de la septième législature se retrouve à nouveau à la croisée des chemins avec une nouvelle démission, cette fois du parti Les Démocrates. Entre la tentation d’une « troisième voie » audacieuse et le spectre d’un « ralliement de raison » vers la mouvance présidentielle, analyse d’un funambule de la 16ème circonscription.

Le syndrome de l’étouffement

Le parcours de Guy Mitokpè ressemble à une quête d’émancipation permanente. En 2022 avec le parti Restaurer L’espoir, il fuyait les « termes de communication » d’un Candide Azannaï rigide, revendiquant un droit à la croissance face à un chef qui se voulait « protecteur des valeurs ». En 2026, le ton a changé. Face à la figure tutélaire de Boni Yayi récemment démissionnaire de la présidence du parti Les Démocrates (Lire LMBJ du 9/03/2026), Guy Mitokpè parle de « fin de cycle » et de « deuil des structures ».

Il y a dans son verbe une lassitude manifeste envers les appareils partisans traditionnels qui, selon lui, sacrifieraient l’action sur l’autel de l’opportunisme ou de l’inertie. En remerciant l’ancien président Yayi Boni, dans son dernier message de démission, tout en reprenant sa liberté, il achève de tuer le « fils » en lui pour laisser place à l’acteur autonome. Mais à quel prix ?

La tentation de la troisième voie ?

L’argumentaire de cette nouvelle démission repose sur un socle précis : « Les amis de Guy Dossou Mitokpè ». En insistant sur ses consultations à la base, notamment dans la 16ème circonscription électorale, le désormais ex secrétaire à la communication du parti d’opposition Les Démocrates envoie un message clair au système partisan : il dispose d’un capital personnel.

Cette « troisième voie » consisterait à transformer ce mouvement de sympathisants en une force d’appoint ou en un courant d’opinion capable de peser sur la prochaine élection présidentielle du 12 avril 2026. C’est le pari de la territorialisation de la politique : exister par son ancrage local plutôt que par l’étiquette d’un grand bloc. Une stratégie risquée dans un paysage politique béninois de plus en plus bipolarisé, où les « petits » espaces sont souvent broyés par les mastodontes.

Le ralliement de raison

C’est ici que le débat devient brûlant. En 2022, Candide Azannaï lançait une charge lourde de sous-entendus, affirmant que son poulain Guy Mitokpè souhaitait déjà se « rapprocher de la mouvance ». Aujourd’hui, les mots de Mitokpè — « regarder vers l’horizon », « nouveaux défis », « marche vers la lumière » — sont scrutés avec une méfiance chirurgicale par des observateurs politiques. S’agira-t-il d’un ralliement à la Rupture ? Si tel est le cas, l’intéressé le présentera sans doute comme un acte de réalisme politique : l’idée qu’on ne peut construire le développement en restant indéfiniment dans une posture de résistance stérile. Ce serait alors le « ralliement de raison » : rejoindre le camp de l’action pour ne pas s’éteindre dans l’opposition radicale surtout avec un parti Les Démocrates désormais dirigé par Nourenou Atchadé et refusant, malgré l’appel au rassemblement du président sortant Patrice Talon, tout soutien à un Duo à la présidentielle prochaine.

Guy Mitokpè n’est plus le jeune loup fougueux des années 2016. C’est aujourd’hui un cadre expérimenté qui sait que la politique est un rapport de force. Sa démission de ce dimanche est un saut dans l’inconnu, mais un saut calculé. S’il parvient à incarner une alternative crédible, loin des rancœurs des anciens présidents (Candide Azannai et Yayi Boni), il deviendra le porte-étendard d’une jeunesse politique qui veut exister par elle-même. S’il franchit le rubicon vers la mouvance présidentielle qui verra bientôt une succession entre le président sortant Patrice Talon et le candidat président Romuald Wadagni, il devra affronter le procès en instabilité que ses détracteurs lui intentent vraisemblablement déjà.

Dans les deux cas, le Dr Guy Mitokpè vient de prouver une chose avec sa récente démission : au Bénin, il est désormais impossible de faire de la politique sans compter avec lui, ou contre lui.

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