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Au Cameroun, l’après-Biya ressemble déjà à du Paul Biya

International, La Marina BJLa récente révision constitutionnelle créant un poste de vice-président ne marque pas une rupture, mais une extension de la méthode Paul Biya. En gravant dans le marbre la désignation directe de son successeur, le chef de l’État camerounais assure la pérennité d’un système qu’il a mis quarante-quatre ans à bâtir, transformant l’incertitude de la transition en simple formalité administrative.

Le déploiement est chirurgical, presque silencieux. En quatre jours, le Cameroun a basculé dans une nouvelle ère institutionnelle sans que le centre de gravité du pouvoir ne bouge d’un millimètre. La résurrection de la vice-présidence, disparue depuis 1972, est présentée comme une réponse à l’usure du temps et aux inquiétudes des marchés financiers. Elle est surtout le chef-d’œuvre d’un homme qui refuse de laisser le hasard, ou le peuple, décider de sa suite.

Le verrouillage par la légalité

L’après-Biya ne sera pas une aventure. Ce sera une exécution. En remplaçant l’intérim précaire du président du Sénat par un vice-président chargé d’achever le mandat présidentiel, la réforme évacue le risque d’une élection anticipée susceptible d’échapper au contrôle de l’appareil d’État. Le mécanisme est d’une redoutable cohérence : le successeur sera, par définition, une créature du président, moulée dans ses silences, ses équilibres et ses dettes de fidélité. La célérité avec laquelle le Parlement a validé ce texte, sans un seul amendement retenu et dans une discipline de fer, dit tout ce qu’il faut savoir sur l’état du contrat démocratique au Cameroun. Les rouages du pouvoir fonctionnent toujours selon la même horloge : celle d’Étoudi.

La force de cette réforme réside dans son caractère discrétionnaire. En se réservant le droit de nommer son futur suppléant par décret, et de le révoquer à tout moment, Paul Biya place ses lieutenants dans une salle d’attente permanente où la loyauté absolue est la seule monnaie d’échange. La compétition interne ne disparaît pas ; elle change simplement de nature. Elle ne se joue plus dans les urnes, mais dans les couloirs du palais.

Que l’heureux élu soit un technocrate d’Étoudi, un pilier du gouvernement ou une figure de la lignée familiale, il sera l’émanation d’un choix solitaire, non le fruit d’une délibération collective. Cette stratégie permet de maintenir l’équilibre régional, pilier historique de la stabilité camerounaise, tout en s’assurant que le futur locataire du palais sera le gardien des intérêts du système en place. Une stabilité préservée, certes, mais à quel prix pour la légitimité populaire ?

L’art de durer par procuration

Au-delà de la succession, cette architecture constitutionnelle révèle quelque chose de plus profond : une volonté de gouverner par-delà les limites physiques. En s’adjoignant un vice-président, Paul Biya ne prépare pas seulement son départ, il organise sa propre assistance pour les années à venir, déléguant les apparitions publiques et les contraintes protocolaires tout en conservant la haute main sur les orientations stratégiques du pays.

C’est ici que réside le paradoxe le plus saisissant. Cette réforme, censée ouvrir l’après-Biya, ne fait que prolonger son mode opératoire fondamental : délégation de signature, centralisation extrême, décision solitaire. Le système est conçu pour lui survivre avec les mêmes codes, les mêmes hommes et la même imperturbabilité de façade.

Mais une question demeure, que ni le texte constitutionnel ni le décret de nomination à venir ne pourront trancher : un successeur désigné sans le peuple, dans un pays qui a déjà démontré depuis 2018 sa capacité à contester, disposera-t-il de la légitimité suffisante pour tenir ? Paul Biya a répondu à la question de la succession. Il a laissé en suspens celle, autrement plus redoutable, de l’autorité. À suivre.

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