Finances locales, La Marina BJ – La municipalité de Cotonou passe à l’offensive sur le front de la mobilisation de ses ressources propres. Mercredi 3 juin 2026, la Première Adjointe au Maire, Arlette Bello Saïzonou, a conduit une mission d’inspection stratégique au cœur des gares routières informelles de la capitale économique. Objectif : poser les jalons d’une réforme structurelle du recouvrement fiscal dans un secteur qui échappe encore largement aux caisses de la ville.
Confrontée à une triple équation, pression démographique galopante, mobilité saturée et inégalités sociales persistantes, la nouvelle équipe municipale dirigée par l’ex-ministre Luc Gnacadja a fait de la gouvernance de proximité son cheval de bataille. Selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Gabin Tovonon, la descente sur le terrain de ce mercredi s’inscrit précisément dans cette dynamique de reprise en main.
Encadrée par le Secrétaire Exécutif, Anges Paterne Amoussouga, les chefs d’arrondissement et plusieurs élus locaux, la délégation a passé au crible une douzaine de points névralgiques de regroupement de véhicules : Dédokpo, Sacré-Cœur, Joncquet, Missèbo, Cons Kokossou, 4 Thérapies, Carrefour Legba, CDPA, le Rond-point Sainte-Cécile, PTT Saint-Michel, Vons CLCAM et Chez Adé. Cette cartographie brute vise à dresser un état des lieux sans complaisance : statut juridique flou, modes de gestion opaque et niveau d’organisation des acteurs. Une base de données indispensable pour concevoir un nouveau modèle de recouvrement, enfin indexé sur les réalités du terrain.
Un gisement fiscal hors de contrôle
Ces gares qualifiées d’« informelles » n’ont pourtant rien de marginal. Elles forment la colonne vertébrale de la mobilité cotonouise. Dans une agglomération où le trafic routier excède parfois les 200 % de la capacité nominale des infrastructures, le secteur informel absorbe près de 75 % des flux globaux de transport. À l’échelle du Grand Nokoué, on dénombre plus de 65 000 conducteurs de taxi-moto (Zémidjan), auxquels s’ajoutent les minibus Tokpa-Tokpa et les taxis urbains. Or, c’est précisément dans ces gares de fortune que se concentrent les flux financiers de ce réseau géant.
Pour la Mairie, réorganiser ce secteur est un impératif autant politique que budgétaire. Il s’agit de réaffirmer l’autorité de l’État gestionnaire et de capter une plus-value financière légitime. Le défi est de taille : en novembre 2021, une tentative de restructuration similaire, co-pilotée par la Préfecture du Littoral et la municipalité, s’était fracassée contre les résistances corporatistes du terrain, laissant le système de recouvrement dans son statu quo inefficace.
Sécurisation des recettes
La santé financière de la commune est au cœur des arbitrages. Si Cotonou a multiplié les réformes ces dernières années pour sécuriser ses recettes, notamment via le déploiement de guichets uniques dans les arrondissements et les directions stratégiques, les gares routières informelles demeuraient jusqu’ici un angle mort systémique. Dispersées et dépourvues de cadre réglementaire stabilisé, elles génèrent une fiscalité volatile que la municipalité ne parvient pas à sanctuariser. Les données collectées lors de cette mission du 3 juin devront servir de matière première à la création de mécanismes de prélèvement plus transparents, plus équitables et surtout imperméables à la déperdition de ressources.
Cette reprise en main locale résonne directement avec les grands chantiers infrastructurels nationaux. Sous la précédente mandature, la Société d’Infrastructures Routières et d’Aménagement Urbain (SIRAU / ex-SIMAU) avait dévoilé, dans le cadre du PDC3, l’avant-propos d’un terminal multimodal de 12 hectares à Houéyiho, intégrant un parking à grande capacité. Un projet d’envergure dont la viabilité à terme dépend de la rationalisation préalable des sites sauvages actuels. Plus globalement, cette démarche s’arrime au Projet de mobilité urbaine durable du Grand Nokoué. Financé à hauteur de 200 millions de dollars par la Banque mondiale, ce programme d’envergure prévoit la professionnalisation des opérateurs de transport (Zémidjans et Tokpa-Tokpa) et le déploiement d’un système multimodal calibré pour 360 000 usagers quotidiens. La municipalité de Cotonou l’a compris : on ne peut structurer le réseau de demain sans assainir l’anarchie d’aujourd’hui.
Si aucun calendrier contraignant n’a encore été formalisé par l’exécutif municipal pour l’entrée en vigueur de la réforme, la méthode adoptée, diagnostiquer le terrain avant de légiférer, marque une rupture nette avec les politiques descendantes et technocratiques du passé. Reste désormais à transformer cette formule politique en victoires budgétaires concrètes.
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