Gouvernance, La Marina BJ – Douze jours à peine après son investiture, le nouveau président béninois Romuald Wadagni passe à l’offensive politique après une série de nominations technocratiques. Par le décret n° 2026-358 signé le 5 juin 2026, le chef de l’État a nommé douze ministres conseillers à la Présidence de la République. Si cette liste respecte scrupuleusement les équilibres de sa majorité avec l’UPR en tête, le Bloc Républicain en appoint, elle soulève une contradiction majeure avec la récente modification constitutionnelle : comment concilier un tel attelage partisan avec la « trêve politique » censée geler le jeu politique jusqu’en 2032 ?
Ce nouveau texte abroge le décret n° 2025-003 du 6 janvier 2025 qui régissait les précédents ministres conseillers sous l’ère Patrice Talon. Les douze personnalités désignées couvrent des portefeuilles stratégiques allant des infrastructures à la défense, en passant par l’agriculture et la santé. Leur point commun : toutes sont issues des deux piliers de la mouvance présidentielle.
Un Collège calqué sur les rapports de force législatifs
L’Union Progressiste le Renouveau s’impose comme la grande bénéficiaire de ce découpage, s’octroyant huit conseillers sur douze. Jeanne Adanbiokou Akakpo, membre fondatrice de l’UPR et ancienne directrice de cabinet du ministère du Cadre de Vie, est propulsée ministre conseillère aux Infrastructures et coordonnatrice du Collège. Eudoxie Dakpè, figure montante et porte-voix du parti dans le Mono, hérite du portefeuille de la Justice et des Relations extérieures, tandis que les Affaires économiques échoient à l’ancien député de la seizième circonscription électorale Comlan Patrice Nombime Agbodranfo. Au titre des reconductions, Bio Guéra Sacca Kina à l’Agriculture, Mariam Djaouga Sacca à la Famille et à l’Action sociale, ainsi qu’Ayibatin Jonas Hantan aux Sports, à la Culture et à la Chefferie traditionnelle conservent leurs sièges. Le tableau de l’Union Progressiste le Renouveau est complété par Nicaise Kotchami Fagnon aux PME et à la Formation professionnelle, et Paulin Gbénou à l’Enseignement maternel et primaire.
De son côté, le Bloc Républicain assure une présence stratégique avec quatre conseillers au sein de la nouvelle équipe. L’indéboulonnable Rachidi Gbadamassi, ancien député et figure de proue du septentrion, reprend du service à la Défense et à la Sécurité. Romaric Ogouwalé, vice-président du Bloc Républicain chargé de la communication, est reconduit à l’Énergie, à l’Eau et aux Mines. De même, Rosine Dagniho, ancienne députée BR de la 18eme circonscription électorale prend la direction du portefeuille de ministre conseillère à la Santé. Enfin, Mahamadou Dahouda, universitaire, est désigné à l’Enseignement supérieur pour compléter cette représentation.
Ce ratio de huit contre quatre ne doit rien au hasard puisqu’il reproduit fidèlement le rapport de force issu des législatives du 11 janvier 2026, où l’UPR avait devancé le Bloc Républicain par soixante sièges contre quarante-neuf. Romuald Wadagni applique ainsi à la lettre le décret fondateur du Collège, qui prévoit que les ministres conseillers sont nommés sur proposition des partis de la majorité.
Le paradoxe de la trêve : une cohabitation impossible ?
C’est précisément là que le bât blesse. La Constitution révisée et promulguée le 17 décembre 2025 a instauré une trêve politique stricte à compter de la proclamation des résultats de la présidentielle. Depuis le 23 avril 2026, le Bénin est officiellement entré dans cette phase de gel, censée interdire toute animation politique à finalité compétitive jusqu’en 2032.
Le problème réside dans le fait que le Collège des ministres conseillers est, par essence, un organe partisan, dont les membres sont nommés sur proposition des formations politiques pour porter la parole et l’idéologie de la majorité. Leurs textes officiels stipulent expressément qu’ils doivent faire valoir les idées, options et positions politiques du gouvernement, ce qui entre en collision frontale avec l’obligation de concentrer les forces sur la seule action publique en suspendant l’animation partisane. Dès lors, une question brûlante se pose quant à savoir si la reconduction d’un tel dispositif n’est-elle pas en contradiction directe avec l’esprit d’une trêve censée suspendre l’activisme des partis au profit de la seule action publique.
En l’absence d’un décret d’application précis pour définir les contours de la trêve, tout dépendra désormais des orientations réelles que le président Romuald Wadagni donnera à cette nouvelle équipe dans les prochains jours. Si ces conseillers se cantonnent à un rôle d’interface technique et de gestion des dossiers, la structure peut tenir. Mais si le Collège redevient le quartier général de l’animation partisane de la mouvance, le choc avec le texte constitutionnel sera inévitable. Le septennat vient de s’ouvrir, et la pratique du pouvoir arbitrera rapidement ce premier paradoxe.
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