Diplomatie, La Marina BJ — Ce mardi 9 juin, le chef de l’État béninois Romuald Wadagni entame une nouvelle séquence de son offensive diplomatique régionale. Après un premier raid axé sur le couloir sahélien et côtier début juin, il met le cap sur le Sénégal, le Mali et la Guinée-Bissau. Officiellement, l’agenda est économique et monétaire. En réalité, le nouveau président s’attaque au cœur des fractures politiques de la zone franc ouest-africaine, testant sa doctrine du « dialogue pragmatique ».
L’hyperactivité diplomatique s’impose comme la marque de fabrique du début de mandat de Romuald Wadagni. Seize jours seulement après son investiture le 24 mai, le successeur de Patrice Talon imprime un tempo inédit dans la sous-région. Dès le 1er juin, le président béninois décrochait une audience à Abuja avec le géant nigérian, avant d’enchaîner une séquence hautement symbolique au Niger, au Burkina Faso, au Togo et en Côte d’Ivoire.
Ce mardi 9 juin, un nouveau communiqué de la présidence béninoise formalise la suite logique de ce marathon : Dakar, Bamako et Bissau. Le narratif officiel brandi par le palais de la Marina se veut purement institutionnel : une tournée auprès des pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), unis par le partage du franc CFA et les orientations de la BCEAO. Mais derrière ce paravent de l’intégration économique se joue une redoutable partie d’échecs politiques et sécuritaires.
L’économie comme prétexte, la realpolitik comme boussole
À Dakar, Bamako et Bissau, les discussions officielles aborderont les perspectives économiques et commerciales. Mais les tête-à-tête présidentiels pourraient inévitablement dominés par la reconfiguration des alliances régionales. À Dakar, le président Romuald Wadagni s’entretiendra avec un Bassirou Diomaye Faye lui-même en pleine tempête politique interne après le limogeage d’Ousmane Sonko de la primature. À Bamako, le président béninois franchira une étape cruciale en rencontrant le colonel Assimi Goïta. Il s’agit d’une rupture totale avec la ligne de son prédécesseur, Patrice Talon, qui n’avait jamais effectué de visite officielle auprès du chef de la transition malienne.
En se rendant coup sur coup à Niamey, Ouagadougou et Bamako, le président Romuald Wadagni devient le premier dirigeant de la région à formaliser une telle proximité avec les régimes de l’Alliance des États du Sahel (AES) depuis les ruptures constitutionnelles de 2023. Le nouveau gouvernement béninois fait le pari de la réconciliation et se positionne comme le pont indispensable entre les capitales sahéliennes et les États côtiers de la CEDEAO.
Test de crédibilité en Bissau ?
Si le dialogue avec l’AES relève d’une stratégie de normalisation désormais rodée, l’escale annoncé en Guinée-Bissau représente le segment le plus glissant de cette tournée. Le pays traverse une zone de fortes turbulences depuis le coup d’État du 26 novembre 2025. Le général Horta N’Tam et sa junte militaire y gouvernent par décrets après avoir évincé Umaro Sissoco Embaló, plongeant l’État dans une transition de fait. Bien que la junte bissau-guinéenne ait récemment fixé la tenue des élections présidentielle et législatives au 6 décembre 2026, la situation reste volatile.
Dans une Afrique de l’Ouest profondément polarisée par la question des changements anticonstitutionnels de gouvernement, la démarche du président Romuald Wadagni sera scrutée de très près par les chancelleries internationales et la Commission de la CEDEAO. Pour le locataire du palais de la Marina, tout l’enjeu consistera à maintenir des canaux de communication techniques et monétaires sans pour autant offrir un blanc-seing diplomatique à un régime non élu.
En l’espace de deux semaines, Romuald Wadagni aura embrassé l’intégralité de la zone UEMOA. Cette stratégie de proximité géographique et monétaire cache une ambition plus vaste : s’affirmer comme le nouveau médiateur d’une sous-région en quête de repères, là où les institutions multilatérales traditionnelles ont échoué à maintenir la cohésion. Reste à savoir si ce pragmatisme décomplexé suffira à jeter les bases d’une stabilité durable ou si le Bénin s’expose à l’asymétrie de crises régionales de plus en plus complexes à arbitrer. Début de réponse au terme de cette seconde séquence
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