Diplomatie, La a Marina BJ— Trois ans après le coup d’État du 26 juillet 2023, le chef de la transition nigérienne s’est exprimé lors d’un grand entretien accordé à la télévision nationale (RTN). Tout en saluant le pas « historique » franchi par le nouveau président béninois SEM Romuald Wadagni, le Général Abdourahamane Tiani refuse toute précipitation : la réouverture ne sera actée qu’une fois la frontière rendue « irrévocable » et protégée des humeurs des dirigeants.
Pour les opérateurs économiques et les populations riveraines de Malanville et de Gaya, l’impatience est palpable. Pourtant, Niamey entend imposer son propre rythme et ses garanties juridico-sécuritaires avant tout retour à la normale. Lors de son intervention télévisée marquant le troisième anniversaire de la prise de pouvoir du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le Général d’armée Abdourahamane Tiani a recadré les attentes autour du dossier béninois, tenant à rappeler d’emblée la genèse du blocage. « C’est pas nous qui avions fermé cette frontière », a martelé le chef de la junte, invitant chacun à faire preuve d’un « esprit d’indépendance » et d’un « esprit critique » pour « tirer les conséquences de ce qui a été posé comme acte ayant conduit à la fermeture unilatérale de la frontière entre un même peuple ».
Fustigeant la décision prise au lendemain du putsch lors du sommet de la CEDEAO du 30 juillet 2023, le Général Tiani n’a pas mâché ses mots à l’égard des chefs d’État de la région impliqués à l’époque. Selon lui, ces derniers se sont montrés incapables de « faire la différence entre le domaine politique et le domaine économique » pour « épargner leur peuple des souffrances inutiles ».
Soigner les plaies et verrouiller l’avenir
Le ton du militaire nigérien s’est fait nettement plus chaleureux au moment d’évoquer l’évolution politique récente à Cotonou. Félicitant publiquement le successeur de Patrice Talon, le président de la transition a tenu à saluer le chef de l’État béninois, « son excellence le président Romuald Wadagni qui a fait ce premier pas historique ». Un geste qualifié d’« historique » par le général Tiani précisément parce qu’il tranche, selon ses mots, avec l’attitude de son prédécesseur. Revenant sur la visite officielle effectuée à Niamey par Romuald Wadagni dès le 2 juin dernier (Lire LMBJ du 05/06/2026), le chef du CNSP a expliqué avoir accueilli son homologue avec la « conscience d’énormes défis auquel le nouveau président Béninois fera face ». L’objectif de cet accueil au sommet était clair pour le pouvoir nigérien : « montrer que le lien entre les peuples est au-dessus du lien entre les chefs d’état ».
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Mais malgré cette dynamique positive, pas question pour Niamey de précipiter les choses. D’après les informations rapportées par notre journaliste contributeur Gabin Tovonon, le Général Tiani prévient d’ailleurs que « l’ouverture de la frontière en tant que telle n’est pas l’acte fondamental ». Ce qui importe désormais à ses yeux, c’est de déterminer les jalons à poser pour que ce couloir devienne une « frontière des peuples et non une frontière d’un individu ». Pour le dirigeant nigérien, l’enjeu central est d’édifier des garde-fous institutionnels pour qu’à l’avenir aucun président, qu’il soit à Niamey ou à Cotonou, ne puisse fermer ce passage selon ses « humeurs » ou sa seule volonté. Si un chef d’État tentait à nouveau d’ordonner une telle fermeture, a prévenu le général Tiani, il devrait alors trouver « en face de lui tout le dandis mobilisé pour s’opposer à la fermeture de cette frontière ». Appelant à la lucidité alors que « beaucoup d’eau a coulé sous le pont », le chef de la transition nigérienne a souligné qu’il existait encore « des traces » et « des plais qu’il va falloir penser et correctement soigner avant de prendre la décision ».
Tandis que les populations des deux côtés du fleuve espèrent un dénouement rapide, le Général Tiani a rappelé qu’un comité de réflexion avait déjà été mis en place et avait formalisé des propositions en « respectant le canevas ». Bien qu’il dise comprendre « le souhait de part et d’autre de voir immédiatement ouverte la frontière », le président nigérien appelle à la patience et au pragmatisme. Il exhorte les deux parties à ne pas « remuer le couteau dans la plaie », mais plutôt à consolider le travail réalisé par les comités d’experts pour que la réouverture finale de la frontière soit, cette fois, totalement « irrévocable ».
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