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Bénin : Pourquoi la hausse de la dette publique n’a pas effrayé Moody’s et Fitch

Dette publique, La Marina BJSur le marché des obligations souveraines, une hausse marquée de l’endettement public s’accompagne presque systématiquement d’un signal d’alarme émis par les agences de notation. Pourtant, la récente réévaluation de la trajectoire financière du Bénin a dérogé à cette règle. Alors que l’encours de la dette de l’Administration centrale s’est affiché en nette augmentation, Moody’s Ratings a relevé la note du pays de B1 à Ba3, assortie d’une perspective stable, tandis que Fitch Ratings a maintenu sa note B+ tout en conservant une perspective positive. En savoir plus sur les ressorts d’un diagnostic que les deux agences ont visiblement lu de la même manière.

L’augmentation du ratio dette/PIB, ressortie à 59,3 % en 2025 selon les calculs de Fitch — contre 51,8 % lors de son précédent examen —, ne résulte pas d’un dérapage budgétaire impromptu. L’agence l’explique par un reclassement de plusieurs prêts contractés par des entreprises publiques et jusque-là insuffisamment intégrés au périmètre de la dette centrale, ainsi que par l’inclusion de créances antérieurement omises. Le bulletin de la CAGD permet de mesurer l’ampleur de ce périmètre : 847,6 milliards de FCFA de prêts rétrocédés à huit entreprises publiques (Lire LMBJ du 12/08/2026). Loin d’y voir une détérioration de la solvabilité du pays, les analystes des deux agences ont interprété cet effort de recensement comme un gage de transparence institutionnelle renforçant la lisibilité des finances publiques béninoises.

Pour neutraliser l’impact statistique de cette consolidation, le gouvernement béninois s’est appuyé sur la mise à jour de ses comptes nationaux. Le rebasage du PIB, passant de l’année de référence 2015 à 2023, a permis d’intégrer la contribution de secteurs en forte croissance tels que l’économie numérique, la logistique portuaire et la transformation industrielle à la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ). Cette actualisation a réévalué le PIB nominal à la hausse d’environ 25 %, ramenant le ratio d’endettement réel à 50,1 % au 30 juin 2026, un niveau que la Caisse Autonome de Gestion de la Dette (CAGD) confirme et qui reste bien en deçà du plafond communautaire de 70 % fixé par l’UEMOA.

Une trajectoire économique qui pèse plus lourd qu’un chiffre isolé

Au-delà de la mécanique comptable, c’est la trajectoire d’ensemble du pays qui a emporté la conviction des deux agences de notation. La croissance économique, à 8,1 % en 2025 — la plus élevée depuis 1990 — et des projections maintenues au-dessus de 6,5 % à moyen terme, traduisent selon Fitch et Moody’s une transformation structurelle de l’économie qui la rend moins dépendante des chocs conjoncturels. Le déficit budgétaire, ramené à 3,0 % du PIB en 2025 contre près de 7 % en 2021, est cité par les deux agences comme un signal de discipline retrouvée, conforme à la norme communautaire de l’UEMOA. La continuité politique, confirmée par la réélection de la coalition au pouvoir aux législatives de janvier 2026 et par l’élection de Romuald Wadagni à la présidence en avril avec 94 % des suffrages, est également présentée comme un facteur de stabilité du cadre de réforme engagé depuis plusieurs années.

Sur le plan du financement, le Bénin s’est imposé comme un acteur pionnier de la finance islamique en Afrique subsaharienne, avec l’émission inaugurale de 500 millions de dollars en sukuk souverain en janvier 2026 — la première du genre dans la sous-région depuis plus d’une décennie, sursouscrite plus de huit fois. Selon l’étude sectorielle publiée par Fitch le 18 août 2026, le Bénin détient désormais 7 % de l’encours total de sukuk en Afrique, aux côtés de l’Égypte, du Nigeria et de l’Afrique du Sud, un signal supplémentaire de la diversification réussie des sources de financement de l’État.

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En analysant la structure réelle des comptes publics plutôt que le seul niveau affiché de la dette, Moody’s et Fitch ont distingué l’ajustement statistique de la trajectoire fondamentale de l’économie béninoise. Une lecture qui rejoint celle de l’Analyse de Viabilité de la Dette conduite conjointement par le ministère de l’Économie et des Finances et le Fonds monétaire international, publiée en février 2026, concluant que la dette publique du pays demeure viable, à un niveau de risque modéré.

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