Gouvernance, La Marina BJ – Alors que le don carbone de 7 millions de dollars accordé par le fonds SCALE est juridiquement effectif depuis le mois de juillet dernier, le troisième rapport de suivi du Projet de Gestion des Forêts Classées 2 (GFM2) invite à la prudence. Entre une dégradation de sa notation de performance et un glissement précoce de son calendrier d’exécution à 2033, l’ambitieux programme de finance verte du gouvernement béninois affronte ses premières réalités opérationnelles.
Un an après son démarrage effectif, la seconde phase du Projet de Gestion des Forêts Classées (GFM2) franchit une étape charnière. Le troisième rapport d’avancement et de résultats (ISR) archivé en septembre 2026 et consulté par La Marina BJ confirme la consolidation juridique du projet; le don complémentaire de 7 millions de dollars (environ 3,95 milliards FCFA) financé par le fonds fiduciaire SCALE a été signé et rendu effectif fin juillet 2026 (Lire LMBJ du 28/07/2026). Cette enveloppe porte le budget révisé global du programme à plus de 93,8 millions de dollars. Pourtant, derrière cette avancée financière décisive pour l’accès du Bénin au marché mondial des crédits carbone, le bailleur vient d’émettre ses premiers signaux de réserve formels sur le rythme de croisière du projet.
Le signal le plus explicite émis par le bailleur de fonds réside dans la révision à la baisse des notations clés de performance. Jusqu’alors évalués comme « Satisfaisants », la progression vers l’Objectif de Développement du Projet (PDO) et l’Avancement Général de la mise en œuvre (IP) ont été simultanément rétrogradés au rang de « Modérément Satisfaisant ». Ce décalage ne traduit pas un arrêt des activités sur le terrain, mais reflète l’appréciation mesurée de la Banque mondiale face au démarrage encore progressif des chantiers. Le rapport confirme par ailleurs que le niveau de risque fiduciaire demeure évalué à un niveau « Substantiel », soulignant la vigilance requise dans la gestion des procédures d’attribution et d’exécution des marchés publics dans le secteur forestier.
Un glissement de calendrier
Autre ajustement significatif acté dans ledit rapport, l’allongement de l’échéancier d’exécution. Initialement fixée à juillet 2032, la date de clôture des crédits principaux accordés par l’Association internationale de développement (IDA) a été officiellement repoussée au 31 juillet 2033. Ce report d’un an, concédé dès le troisième cycle de suivi du projet, réajuste les attentes initiales face aux exigences procédurales de la gestion durable du projet. Il offre un répit indispensable pour permettre l’atteinte des cibles d’impact fixées à long terme, notamment la portée de 950 958 hectares sous gestion renforcée, la séquestration ou l’évitement de 12,7 millions de tonnes métriques d’équivalent CO₂ et la création de 120 300 emplois durables au profit des communautés riveraines.
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L’épreuve de l’ingénierie carbone
Cette extension temporelle s’avère d’autant plus stratégique que le volet carbone du projet entre seulement dans sa phase préparatoire. Avec l’effectivité toute récente du fonds SCALE au cœur de l’été 2026, la totalité des indicateurs techniques de la « plomberie » carbone — incluant la soumission et la vérification des Documents de Conception de Projet (PDD) pour les secteurs forestier et agricole — affiche logiquement une valeur initiale nulle. La période qui s’ouvre impose désormais au Ministère du Cadre de Vie et à l’Autorité d’Enregistrement des Projets Carbone (AEPC) de transformer ce cadre juridique en réalisations concrètes : sélection des méthodologies internationales, déploiement du système de Mesure, Notification et Vérification (MRV), et mise en conformité avec l’Article 6 de l’Accord de Paris pour garantir la crédibilité des futurs crédits souverains du Bénin.
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