Diplomatie, La Marina BJ — Alors que Stellio Gilles Robert Capo Chichi, alias Kemi Seba, fait face ce lundi 20 avril 2026 au tribunal de Pretoria, une question juridique majeure éclipse les débats : l’absence de socle conventionnel entre le Bénin et l’Afrique du Sud. Ce vide juridique pourrait bien constituer le verrou infranchissable pour les autorités béninoises.
L’interpellation de l’activiste panafricaniste le 13 avril dernier, lors d’une opération qui aurait été coordonnée avec Interpol, a immédiatement déclenché une offensive judiciaire du Bénin. Accusé de blanchiment d’argent et d’apologie de crime, notamment en lien avec le putsch manqué du 7 décembre 2025, l’enjeu de son transfèrement vers Cotonou se heurte désormais à la réalité des traités internationaux.
Le « désert conventionnel »
En droit pénal international, l’extradition n’est jamais automatique. Elle repose prioritairement sur des traités bilatéraux ou, à défaut, sur des conventions multilatérales strictes. Or, sur la liste officielle publiée par le ministère sud-africain de la Justice, il n’existe aucun accord bilatéral d’extradition liant la République du Bénin à la République d’Afrique du Sud. Le Bénin ne figure ni parmi les pays liés à Pretoria par un traité en vigueur, ni parmi ceux en cours de négociation.
Les instruments multilatéraux existants ne comblent pas davantage ce vide. La Convention de la CEDEAO sur l’extradition de 1994, qui lie les quinze États membres de l’organisation ouest-africaine dont le Bénin, ne s’applique pas à l’Afrique du Sud, qui n’en est pas partie. Le Protocole de la SADC sur l’extradition, entré en vigueur en 2006 et ratifié par Pretoria, exclut à son tour le Bénin, qui n’appartient pas à l’organisation d’Afrique australe. Quant à la Convention de l’Union africaine sur l’extradition, finalisée en 2001, son statut de ratification par les deux pays demeure à ce jour incertain — ce qui en fait un fondement juridique trop fragile pour servir de base solide à une demande formelle.
Pour autant, parler d’extradition « impossible » serait juridiquement inexact. En l’absence d’un tel traité, l’Afrique du Sud doit s’en remettre à son propre Extradition Act, selon notre spécialiste à la rédaction. Cette loi domestique exige que les faits reprochés soient reconnus comme des crimes dans les deux pays (principe de la double incrimination) et que le pays requérant fournisse des garanties judiciaires conformes aux standards constitutionnels sud-africains. Ce cadre rend la procédure longue, exposée aux recours de la défense à chaque étape, et à l’issue hautement incertaine. L’extradition n’est pas exclue ; elle est simplement ardue.
Flou diplomatique autour d’une délégation béninoise à Pretoria
Contrairement aux premières informations de Radio France Internationale (RFI) évoquant l’envoi d’une délégation ministérielle béninoise de haut rang à Pretoria, aucune présence officielle de l’exécutif béninois n’a été confirmée sur place. Une information d’ailleurs retirée par la suite de l’article de la radio parisienne. Ce fait, combiné au silence des canaux diplomatiques habituels, pourrait traduire une prise de conscience, du côté béninois, des limites juridiques de l’opération.
Sans base contractuelle directe, chaque étape de la procédure devient un terrain fertile pour les recours de la défense, rendant l’issue de la requête béninoise non seulement longue, mais hautement incertaine. Selon les principes de souveraineté, en cas de libération ou d’expulsion liée à son infraction migratoire, (son visa aurait expiré depuis deux mois d’après Valentin Hugues, correspondant de RFI à Johannesburg), la justice sud-africaine pourrait privilégier son renvoi vers le pays émetteur de son titre de voyage officiel. Pour le Niger, qui a confirmé la régularité de ce document (Lire LMBJ du 19/04/2026), ramener l’activiste à Niamey est une question de prestige diplomatique face » aux pressions béninoises. »
Ce lundi 20 Avril, jour du procès, le tribunal de Pretoria doit arbitrer entre l’efficacité de la coopération policière (Interpol) et la rigidité du droit des traités. Dans une Afrique du Sud très attachée à ses procédures constitutionnelles, le respect de la légalité formelle l’emporte souvent sur les opportunités politiques. Sans traité d’extradition, la requête béninoise ressemble davantage à une course d’obstacles qu’à une voie dégagée. Mais dans ce dossier, la ligne d’arrivée existe. La question est de savoir si Cotonou a les moyens juridiques et diplomatiques de la franchir.
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