Politique, La Marina BJ – Le 12 avril 2026, le peuple béninois a tranché. Dès le 16 avril, la Cour constitutionnelle scellait le verdict : le ministre d’État Romuald Wadagni l’emporte avec 94,27 % des suffrages exprimés pour un taux de participation de 63,57 %. Mais à peine les résultats proclamés, une autre compétition s’ouvrait, moins visible, moins avouable, mais tout aussi intense, dans l’ombre des salons, à la une de certains médias, comme dans l’arène des réseaux sociaux : celle de la captation de la victoire, et plus précisément, de la paternité du taux de participation.
Dans cette élection à l’issue prévisible, le véritable adversaire n’était pas Paul Hounkpè, challenger soutenu par les parrainages de la majorité présidentielle. En l’absence du parti Les Démocrates, le scrutin s’est mué en un plébiscite dont le thermomètre n’était pas le score, mais l’affluence. Après des législatives atones (36,74 % en janvier 2026), l’enjeu était de transformer l’adhésion en une mobilisation massive pour asseoir la légitimité du futur président. C’est sur ce front que l’« armée de l’ombre » est entrée en scène, bien avant l’ouverture officielle de la campagne.
Le marché aux « factures politiques »
La candidature du ministre d’État Romuald Wadagni a été portée par une vaste dynamique associative regroupant plusieurs mouvements souvent structurés autour d’une plateforme unifiée : « Soutien ROW ». Ce dispositif inédit, placé sous l’égide de la FEROW (Fédération des mouvements de soutien à Romuald Wadagni), a mobilisé environ 500 associations pour quadriller le territoire.
D’Abomey-Calavi à Kandi, l’organisation fut chirurgicale. Le slogan « 12 avril bloqué », scandé dans l’Atlantique, illustrait une stratégie de siège électoral visant un objectif psychologique de 70 % de participation. Si le résultat final (63,57 %) reste en deçà des ambitions affichées, il marque une rupture nette avec l’apathie des scrutins précédents.
Cependant, une fois la victoire proclamée, le ton a changé. Les messages de félicitations se sont mués «factures politiques ». Le mouvement Capacité Bénin, parmi tant d’autres, souligne avec insistance le « mérite » du score, du taux de participation, une manière subtile de rappeler que ce succès a un prix et des architectes. Cette dynamique révèle le paradoxe de ces structures : bien qu’essentielles à la ferveur populaire, elles évoluent dans un vide institutionnel. Contrairement aux partis, ces mouvements ne disposent d’aucun statut légal de cogestion du pouvoir.
Ainsi, derrière les célébrations, des questions subsistent quant à l’autonomie et à la causalité de cette mobilisation. Ces structures étaient-elles des élans citoyens spontanés ou de simples excroissances de l’état-major de campagne ? Par ailleurs, la hausse de la participation doit-elle tout à ces mouvements, ou est-elle le fruit des ralliements de poids (Chabi Yayi, Éric Houndété, Guy Mitokpè) et d’un contexte régional exigeant la stabilité (Lire LMBJ du 26/03/2026)
Une première réponse de l’élu
Le président élu Romuald Wadagni ne s’y est pas trompé. Dans son message à la nation après proclamation des résultats par la commission électorale, il a listé ses soutiens selon un ordre protocolaire strict : aux « partis politiques », puis aux « mouvements de soutien », puis aux « personnalités politiques ou civiles » et enfin aux « centrales et confédérations syndicales ». En plaçant son mandat sous le signe du « consensus national », il dilue les efforts individuels dans un grand tout collectif. Une stratégie habile pour remercier la foule tout en évitant de se lier les mains par des dettes sélectives.
À l’approche de l’investiture du 24 mai, le président élu hérite d’une machine de campagne rutilante mais encombrante. S’il ignore ces mouvements, il s’expose à voir les soutiens d’hier se transformer en critiques de demain. S’il leur cède, il fragilise les partis officiels (UPR et Bloc Républicain) qui voient d’un mauvais œil cette concurrence informelle. Le scrutin est clos, les rideaux sont tirés. Mais pour le successeur de Patrice Talon, la saison des comptes et des déceptions ne fait que commencer.
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