Votre portail vers l'information stratégique au Bénin, en Afrique et au-delà
Votre portail vers l'information stratégique au Bénin, en Afrique et au-delà

Secteur des jeux au Bénin : Pourquoi le bénéfice (2025) de la LNB chute malgré une Valeur Ajoutée en hausse de 22 % ?

Business, La Marina BJLe 30 décembre 2025, la Loterie Nationale du Bénin (LNB SA) jetait une ombre sur le marché financier en publiant un avertissement sur résultats (profit warning). Quatre mois plus tard, la publication détaillée des états financiers de l’exercice 2025 permet de lever le voile sur un paradoxe comptable : l’entreprise a vu sa rentabilité nette s’effriter de 36 %, alors même que sa performance opérationnelle pure affichait une santé de fer.

L’examen des comptes au 31 décembre 2025 révèle une situation inhabituelle. D’un côté, le résultat net s’établit à 4,6 milliards de F CFA, marquant un repli significatif par rapport aux 7,2 milliards enregistrés en 2024. De l’autre, la Valeur Ajoutée, indicateur mesurant la richesse réelle créée par l’entreprise indépendamment de sa structure de financement et de ses événements extraordinaires, a bondi de 22 % pour atteindre 10,55 milliards de F CFA. Comment expliquer un tel écart ? La réponse réside dans la conjonction de deux mécanismes distincts, l’un lié à la structure des revenus, l’autre à la pression fiscale.

D’abord, les revenus de 2024 avaient été dopés par des produits hors activités ordinaires (HAO) non récurrents, qui s’élevaient alors à 3,11 milliards de F CFA. En 2025, cette ligne s’est effondrée à 158 millions, privant la LNB de près de 3 milliards de produits exceptionnels sur lesquels elle ne pouvait structurellement pas compter. Ensuite, la charge d’impôt sur le résultat a bondi de 116 %, passant de 1,09 milliard en 2024 à 2,36 milliards en 2025, absorbant à elle seule une fraction considérable du bénéfice opérationnel. C’est la combinaison de ces deux effets — disparition des produits exceptionnels et alourdissement de la fiscalité — qui explique mécaniquement la chute du résultat net. La chute du bénéfice n’est donc pas le signe d’une mauvaise gestion des ressources, mais le reflet d’une normalisation des profits après une année 2024 atypique, conjuguée à un environnement fiscal et concurrentiel plus exigeant.

L’étau de la concurrence

Comme redouté lors de l’annonce de décembre lors(Lire LMBJ du 31/12/2025), l’intensification de la concurrence a pesé sur le chiffre d’affaires global, qui s’établit à 98,6 milliards de F CFA, en retrait de 4 % sur un an. L’offensive des acteurs illégaux, pointée du doigt par la Direction Générale dans ses états financiers, a forcé l’institution à multiplier les efforts d’assainissement, en signalant notamment plus d’une dizaine de sites de paris clandestins à la Cellule de Supervision des Jeux au cours du seul troisième trimestre 2025.

Dans cette bataille pour les parts de marché, le numérique s’est imposé comme le principal amortisseur. Le segment des jeux en ligne a généré 67,5 milliards de F CFA de mises, représentant désormais 68,44 % de l’activité totale de l’entreprise, contre 57,1 milliards en 2024, soit une progression de 18 % sur l’année. C’est précisément cette transformation numérique réussie qui explique la hausse de l’Excédent Brut d’Exploitation de 34 %, prouvant que le modèle économique de la LNB gagne en efficacité opérationnelle ce qu’il perd en volume de ventes physiques.

Une Bourse encore prudente

Malgré des indicateurs opérationnels encourageants et une structure de bilan qui demeure robuste — les fonds propres atteignent 21,95 milliards de F CFA pour un total de bilan de 32,61 milliards, soit un ratio d’autonomie financière de 2,06 — les investisseurs de la BRVM peinent toujours à être rassurés. À la fin du mois d’avril 2026, le titre LNB affiche toujours une variation annuelle négative de -10,36 %.

Cette prudence des marchés traduit une attente continue, celle de voir si le plan de reconquête stratégique parviendra à transformer la hausse de la Valeur Ajoutée en une croissance durable du bénéfice net. La promesse de distribuer 80 % du résultat 2025 sous forme de dividendes — soit un dividende net par action de 164 F CFA — suffira-t-elle à inverser la tendance boursière ?

Pour l’exercice en cours, la LNB mise sur une rupture. Entre le déploiement massif de nouveaux terminaux dans le septentrion, le lancement de produits innovants tels que Double Chance, LNB Zoo ou Kadolo, et l’intégration prévue des opérateurs de mobile money dans l’écosystème de jeu, l’objectif est de saturer le marché légal pour étouffer progressivement l’offre informelle. La LNB dispose pour cela d’une capacité d’autofinancement de 5,34 milliards de F CFA, qui lui confère une marge de manœuvre réelle pour financer cette transition sans recourir à l’endettement. Si la performance opérationnelle se maintient à ce niveau et que l’environnement réglementaire se resserre autour des acteurs illicites, 2025 pourrait bien n’avoir été qu’un ajustement technique avant un nouveau cycle de croissance.

Restez connectés à l’actualité en temps réel en rejoignant notre chaîne WhatsApp pour ne rien manquer : actus exclusives, alertes, et bien plus encore.

Partager cet article
Lien partageable
Précédent

L’importation au Bénin de machines à coudre chinoises « NEW BUTTERFLY » au cœur d’un litige à un milliard de FCFA

Suivant

Mobile Money au Bénin : un marché à 82,5 milliards FCFA en 2025 où MTN écrase deux concurrents

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Lire article suivant