Économie, La Marina BJ — Le dernier Rapport Annuel sur l’Environnement de Compétitivité des Entreprises (RAEE 2025) du Bénin, consulté exclusivement par La Marina BJ, lève le voile sur une réalité structurelle saisissante : l’économie béninoise repose sur une poignée de géants au milieu d’un océan de micro-structures. Si le dynamisme entrepreneurial est au rendez-vous, la concentration de la valeur ajoutée, elle, interroge sur les défis de la formalisation.
C’est un chiffre qui résume, à lui seul, la complexité de l’économie nationale. Au Bénin, selon les données compilées par l’INStaD et analysées dans le RAEE 2025, les « entreprises formelles modernes », celles qui tiennent une comptabilité régulière et disposent d’un numéro d’Identifiant Fiscal Unique, ne représentent que 6,7 % du nombre total d’entités recensées. Pourtant, ce petit club de privilégiés concentre à lui seul 95,4 % du chiffre d’affaires national.
Une économie à deux vitesses
D’après notre journaliste contributeur Hubert Sena, sur les 171 480 entreprises que compte le pays d’après le recensement général des entreprises (RGE) de 2024, plus de 84,45 % évoluent encore dans le secteur informel. Ce secteur, bien qu’il soit le premier employeur du pays et le poumon social du quotidien, ne pèse que 3,7 % du chiffre d’affaires global, estimé à environ 5 994 milliards de francs CFA.
Ce déséquilibre flagrant dessine une économie « à deux vitesses ». D’un côté, un tissu de micro-entreprises et d’indépendants qui assurent la survie quotidienne mais peinent à accumuler du capital. De l’autre, un noyau dur de structures modernes, fortement intégrées, qui portent l’essentiel de la croissance économique et des recettes fiscales de l’État.
La dictature de la géographie
Le paradoxe ne s’arrête pas à la taille des entreprises ; il est aussi territorial constate notre journaliste contributeur Hubert Sena. D’après lui, le rapport souligne une concentration géographique extrême de la richesse. Le département du Littoral, véritable centre nerveux du pays avec Cotonou, capte 83,5 % du chiffre d’affaires national et héberge 49 % des entreprises formelles modernes du pays. À elle seule, la capitale économique concentre près de la moitié des entreprises formelles modernes du Bénin. Si l’on ajoute les départements de l’Atlantique, de l’Ouémé et du Borgou, ce quartet truste 97,15 % de la richesse produite. Les huit autres départements du pays se partagent moins de 3 % de la valeur économique formellement mesurée. Un constat qui souligne l’immensité du défi de l’aménagement du territoire et de la décentralisation économique.
L’enseignement majeur de ce rapport est l’absence d’une classe moyenne d’entreprises suffisamment robuste pour faire le pont entre l’informel de survie et les grandes industries. Le tissu productif est dominé par le commerce (41,6 % des entreprises), un secteur souvent marqué par une faible valeur ajoutée et une forte volatilité. Le BTP suit avec 9,8 %, les autres services avec 9,6 %. Les secteurs à forte valeur ajoutée — industrie manufacturière, agro-industrie, technologies, demeurent marginaux dans l’échantillon. Cette structure sectorielle n’est pas neutre : une économie dominée par le commerce de détail et les services peu qualifiés est par nature plus exposée à la volatilité des prix, à la pression concurrentielle des importations et aux chocs de consommation, sans disposer des amortisseurs que confèrent l’industrie ou la production agricole intégrée.
Pour les experts du ministère de l’Économie et des Finances, l’enjeu des prochaines années est clair : il ne s’agit plus seulement de créer des entreprises, mais de faire grandir celles qui existent. La « transformation » du secteur informel vers le formel moderne est le levier indispensable pour élargir l’assiette fiscale et assurer une redistribution plus équitable de la richesse.
En attendant, ce « 7 % qui produit tout » reste le moteur fragile d’une nation en quête d’émergence. Un moteur qui, comme nous le verrons dans la suite de cette série, fait face à des défis de financement et d’infrastructures qui brident encore son plein potentiel.
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