Consommation, La Marina BJ — Après la notification d’un nouveau rappel sanitaire en France visant l’ananas « Pain de Sucre », l’Agence de Promotion des Investissements et des Exportations (APIEx) a annoncé le lancement d’investigations techniques. Entre enjeux de traçabilité et diplomatie commerciale, la filière joue à nouveau sa crédibilité sur le marché européen.
L’alerte, émise le 4 mai 2026 par la plateforme officielle française RappelConso, semble avoir eu l’effet d’une décharge électrique dans les couloirs des structures concernées à Cotonou. Selon nos informations, le lot n°2903 d’ananas « Pain de sucre », commercialisé sous la marque Baronne, a été officiellement retiré de la vente sur l’ensemble du territoire français. En cause, les autorités sanitaires pointent un dépassement des limites autorisées d’éthéphon, un régulateur de croissance utilisé pour l’homogénéisation de la couleur des fruits.
Une enquête pour identifier « la faille »
Face à cette situation, selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Noé William HOUNKANRIN, l’APIEx est immédiatement montée au créneau à travers un communiqué de son Directeur Général, M. Éric Akoute, en confirmant l’ouverture d’une enquête approfondie. L’objectif des autorités est d’identifier avec précision le maillon défaillant dans la chaîne de conditionnement, renforcer les dispositifs de contrôle et de traçabilité et consolider les bonnes pratiques agricoles au sein de la filière.
Si l’APIEx insiste sur le caractère isolé de ce lot, l’ombre des crises précédentes plane lourdement sur la filière. En juin 2024, des incidents similaires avaient déjà conduit à des sanctions administratives lourdes, dont le limogeage remarqué du directeur de l’Agence béninoise de sécurité sanitaire des aliments. Depuis 2017, le Bénin s’est pourtant doté d’outils de pointe, notamment des technologies d’analyse nucléaire soutenues par la FAO et l’AIEA, permettant de détecter les résidus chimiques en un temps record. Cette nouvelle alerte en 2026 suggère toutefois que le défi n’est plus seulement technologique mais opérationnel, car la discipline des producteurs face aux exigences de l’Union européenne reste le nœud gordien de l’exportation.
Un enjeu économique vital
Pour le Bénin, l’ananas n’est pas qu’un simple fruit mais constitue un véritable pilier économique national. Avec une production qui a plus que doublé en dix ans pour atteindre près de 480 000 tonnes, la filière assure aujourd’hui la subsistance de plus de 6 000 familles. Le marché européen, extrêmement lucratif mais rigide sur les normes de sécurité alimentaire, représente le débouché premium pour le « Pain de Sucre », qui demeure l’une des rares variétés au monde à bénéficier d’une telle reconnaissance pour sa saveur exceptionnelle. La Limite Maximale de Résidus pour l’éthéphon est fixée à 2 mg/kg par l’Union européenne : tout dépassement expose mécaniquement le pays d’origine à une augmentation des contrôles douaniers, pénalisant ainsi l’ensemble des exportateurs, même les plus vertueux.
L’enquête de l’APIEx devra apporter des réponses rapides pour rassurer durablement les partenaires français et européens. Pour l’un de nos spécialistes à la rédaction, cet incident souligne l’urgence d’une transition vers des méthodes de coloration naturelle ou une meilleure éducation des petits producteurs aux exigences phytosanitaires du marché européen. Les conclusions des investigations seront déterminantes pour éviter que ce nouveau rappel ne soit le prélude à un durcissement des conditions d’accès à ce marché stratégique.
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