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Nutrition infantile : comment le Bénin a décroché l’un des engagements financiers les plus significatifs du CNF en Afrique subsaharienne

Financement, La Marina BJEn accueillant le 18 mai 2026 le directeur du Child Nutrition Fund (CNF) Roland Kupka, le Bénin a officialisé un engagement financier de plus de 50 millions de dollars, un montant qui place le pays parmi les bénéficiaires les plus importants de ce mécanisme mondial piloté par l’UNICEF, dans une région où de tels engagements pluriannuels demeurent rares. Derrière ce chiffre, une logique de sélection rigoureuse que l’État béninois a su satisfaire point par point : des institutions crédibles, des résultats terrain vérifiables, et une stratégie nationale alignée sur les exigences du bailleur. Décryptage.

Le Child Nutrition Fund ne distribue pas ses ressources au hasard. Conçu pour répondre à trois défaillances structurelles, la fragmentation des financements des donateurs, l’insuffisance des incitations à l’investissement domestique, et le manque de soutien à la fabrication locale d’intrants nutritionnels essentiels, le mécanisme articule son action autour de trois fenêtres complémentaires dont l’accès suppose, de la part des États candidats, un niveau d’engagement institutionnel rarement atteint dans la région. Sur les 63 pays d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient et d’Amérique latine éligibles à son soutien, seul un groupe très restreint a jusqu’ici franchi le seuil d’un partenariat pluriannuel structuré. Le Bénin en fait désormais partie, et les raisons de cette distinction méritent d’être examinées avec précision.

Une stratégie nationale lisible

Le premier critère implicite du CNF est la prévisibilité institutionnelle. Un bailleur qui s’engage sur plusieurs années a besoin d’un interlocuteur stable, doté d’un mandat clair et d’une capacité d’absorption réelle. Le Bénin a construit cet interlocuteur qu’est l’Agence nationale de l’alimentation et de la nutrition, dont le directeur général Alain Hinkati a conduit les négociations avec Roland Kupka, dispose d’une architecture opérationnelle déployée sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones septentrionales les plus exposées.

À cela s’ajoute un signal politique fort. Le Conseil des ministres béninois avait adopté le 11 mars 2026 une Stratégie nationale alimentation et nutrition 2026-2030, dont le coût global est estimé à environ 155 milliards de FCFA jusqu’en 2028. Ce document n’est pas une déclaration d’intention, il constitue un cadre de référence opposable à l’ensemble des acteurs, et il a été produit avant la visite de Kupka, preuve que le gouvernement béninois ne réagissait pas à une opportunité de financement, mais déroulait une feuille de route préexistante. C’est précisément le type de posture que le CNF cherche à récompenser via sa fenêtre Match, un mécanisme de financement transformateur qui permet aux gouvernements nationaux de mobiliser un abondement à hauteur de leurs propres ressources dédiées à l’acquisition d’intrants nutritionnels essentiels, renforçant ainsi l’appropriation nationale tout en doublant la portée des interventions.

Des résultats terrain

Le second facteur déterminant est la capacité à démontrer l’efficacité des programmes existants. Le CNF ne finance pas des promesses, il amplifie ce qui fonctionne déjà. Or le Bénin disposait, au moment de la visite, d’un bilan opérationnel solide dans ses zones d’intervention. Plus de 530 000 nouvelles mères sensibilisées à l’allaitement maternel exclusif, avec un taux d’atteinte supérieur à 80 % de l’objectif national pour 2025. Plus de 618 000 mères pratiquant une alimentation diversifiée pour leurs enfants, soit une performance supérieure à 95 %. Plus de 670 000 femmes enceintes ayant amélioré leurs pratiques nutritionnelles et leur recours aux consultations prénatales.

Dans le seul département de l’Alibori selon les recoupements de notre journaliste contributeur Noé William HOUNKANRIN, la zone la plus sévèrement touchée, où 2 939 cas de malnutrition aiguë sévère ont été enregistrés entre janvier et août 2024, la couverture de la prise en charge est passée de 25 % à 65 %, atteignant les normes de l’OMS, tandis que l’alimentation minimum acceptable chez les enfants a bondi de 1,1 % en 2021 à 16,3 % en 2023. Ces chiffres, produits dans un contexte de cumul de crises, inondations, épidémies, insécurité liée à la progression jihadiste depuis le Burkina Faso et le Niger, ont démontré la résilience opérationnelle du dispositif béninois. Pour un bailleur comme le CNF, c’est une garantie de retour sur investissement que peu de dossiers peuvent offrir.

L’équation économique

Le troisième levier est d’ordre analytique. Pour mobiliser un financement de cette ampleur, il ne suffit pas de montrer que la situation est grave, la malnutrition est à l’origine de 45 % des décès d’enfants de moins de cinq ans au Bénin, 72 % des enfants de 6 à 59 mois souffrent d’anémie, et moins d’un quart des enfants de 6 à 23 mois bénéficient d’une diversité alimentaire suffisante, il faut démontrer que l’investissement est rentable et que le pays a intégré cette logique dans son propre raisonnement budgétaire. Le rapport d’investissement sur la nutrition au Bénin de 2022 établit que le pays perd chaque année 393 milliards de FCFA du fait de la malnutrition, et que chaque tranche de 100 FCFA investie dans sa lutte en rapporte 4 200. Ce ratio, quarante-deux fois la mise, est l’un des arguments les plus puissants qu’un État puisse présenter à un mécanisme dont la logique même repose sur l’effet de levier financier.

À cela s’ajoute la dimension prospective. Le Bénin a accueilli en septembre 2025 le lancement continental de First Foods Africa, initiative pionnière conduite par l’UNICEF en partenariat avec l’Union africaine, visant à rendre des aliments nutritifs, sûrs, abordables et produits localement accessibles aux enfants de moins de cinq ans à travers quatorze pays africains positionnant le pays non comme un bénéficiaire passif, mais comme un acteur structurant de l’architecture nutritionnelle régionale. C’est cette combinaison, institutions solides, résultats prouvés, équation économique documentée et ambition régionale assumée, qui a vraisemblablement conduit Roland Kupka à qualifier publiquement l’engagement béninois d’« exemple dont de nombreux pays pourront s’inspirer ». Un satisfecit qui vaut, dans le langage discret des bailleurs multilatéraux, bien plus que les 50 millions de dollars eux-mêmes.

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