Institutions, La Marina BJ – De la passation de charges à huis clos avec Patrice Talon à la tribune très politique du Palais des Congrès, le nouveau chef de l’État béninois a mis en scène ce dimanche son entrée dans l’arène. Récit d’une journée millimétrée où le style technocratique a rapidement dû s’adapter aux réalités géopolitiques de la sous-région.
C’est une transition qui fera date dans les annales politiques ouest-africaines, tant par sa fluidité apparente que par les signaux subtils qu’elle a renvoyés. Ce dimanche 24 mai 2026, Romuald Wadagni est officiellement devenu le nouveau président de la République du Bénin. En moins de deux heures d’une cérémonie sobre et rigoureusement cadencée, l’ancien grand argentier du pays a endossé les habits de chef d’État, succédant à son mentor Patrice Talon.
Le huis clos de passage de témoin
Tout a commencé à 10h30 derrière les murs du Palais de la Marina, le siège de la présidence. L’image du jour est d’abord celle d’un contraste de styles : Romuald Wadagni, impeccable dans un costume sombre rehaussé d’une cravate bleu, est accueilli par un Patrice Talon en veste décontractée, sans cravate. Un choix vestimentaire du président sortant qui disait tout de sa volonté d’incarner le détachement et le retrait imminent.
Les deux hommes, qui ont géré de concert les finances et l’économie du pays pendant une décennie, se sont longuement arrêtés sur la cour pour un échange à voix basse, avant que les portes du bureau présidentiel ne se referment sur eux pour l’ultime passation de charges. À 10h46, le président sortant Patrice Talon franchissait les grilles, laissant son successeur remonter seul, d’un pas mesuré, le tapis rouge vers ce bureau désormais le sien. Une séquence suspendue, révélatrice de la solitude immédiate du pouvoir qui attend le nouveau dirigeant.
Quelques minutes plus tard, c’est en compagnie de son épouse, Nathalie Villette, dont l’élégance discrète en robe bleue et large chapeau blanc a capté l’attention des photographes, que Romuald Wadagni faisait son entrée officielle sur l’esplanade du Palais des Congrès de Cotonou, devant un parterre de 6 000 invités.
Le consensus républicain
Sur l’esplanade, le protocole juridique a rapidement repris ses droits. À 11h13, sous la direction de la présidence de la Cour constitutionnelle, le greffier en chef a rappelé la clarté des chiffres issus des urnes : une victoire écrasante à 94,27 % des suffrages (4 515 449 voix) pour un taux de participation de 63,57 %. À 11h23, le serment était prononcé, suivi de la remise des attributs du pouvoir par la vice-présidente Mariam Chabi Talata et le chef d’état-major des armées. En un quart d’heure, la légitimité constitutionnelle et le commandement militaire changeaient de mains.
Mais au-delà du formalisme, c’est la tribune présidentielle qui offrait le décryptage politique le plus saisissant. La présence conjointe des anciens présidents Nicéphore Soglo et Thomas Boni Yayi a donné à l’événement des airs de réconciliation républicaine. Plus significatif encore : la présence de Nourenou Atchadé, le tout nouveau président du parti Les Démocrates. Bien que la principale formation d’opposition ait été écartée du scrutin, son leader a choisi de siéger au premier rang du public. Un signal fort qui suggère qu’une carte politique est en train de se redessiner à Cotonou et que le dialogue n’est pas rompu.
Le style Wadagni à l’épreuve de la géopolitique régionale
À 11h37, le nouveau chef de l’État s’est prêté à l’exercice du traditionnel discours d’investiture. Treize minutes d’une allocution ciselée, pragmatique et dépouillée de toute grandiloquence lyrique. Un style direct, conforme à la réputation de ce technicien chevronné.
Le président Romuald Wadagni a immédiatement posé les balises éthiques de son mandat, rappelant que « le pouvoir n’est jamais un privilège personnel » mais « une responsabilité devant le peuple ». S’adressant tour à tour à la jeunesse, aux femmes et au monde agricole, auquel il promet une mécanisation et une protection sociale dédiée, il a également envoyé un message fort à la diaspora et aux descendants de la traite, affirmant que le Bénin resterait « la maison du retour ». C’est toutefois sur le terrain sécuritaire et diplomatique que le discours a pris une résonance majeure. « Notre région vit une période de tensions graves avec le terrorisme qui progresse. Mais le Bénin ne cédera ni à la peur ni au relâchement », a-t-il martelé.
Ces mots ont résonné de manière très particulière face au premier rang des invités d’honneur. Contre toute attente, la cérémonie a attiré une forte délégation de l’Alliance des États du Sahel (AES), avec la présence du Premier ministre du Niger et des chefs de la diplomatie du Mali et du Burkina Faso. Aux côtés du vice-président nigérian (représentant le géant Bola Tinubu), du Premier ministre rwandais Justin Nsengiyumva et des représentants d’Afrique centrale (Gabon, Congo, RDC) et de la France, ce parterre a conféré à l’investiture une dimension géopolitique hautement stratégique.
Pour Romuald Wadagni, cette colossale performance diplomatique agit comme un baptême du feu. En affichant sa capacité à parler aussi bien aux militaires de l’AES qu’aux partenaires traditionnels et aux voisins de la Cedeao, le nouveau président béninois se positionne d’emblée comme un pivot potentiel dans la sous-région. Le décor est posé, l’équipe est en place, et le septennat commence maintenant.
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