Gouvernance, La Marina BJ – Quelques heures seulement après sa prestation de serment à Cotonou, le nouveau chef de l’État Romuald Wadagni a signé le décret n° 2026-314 portant composition de sa première équipe gouvernementale. Un exécutif de combat qui consacre la montée en puissance d’une nouvelle garde technocratique tout en préservant de précieux piliers de l’ancrage républicain.
Le roulement du tambour républicain s’est accéléré au Bénin. Investi le dimanche 24 mai 2026 au Palais des congrès de Cotonou devant la Cour constitutionnelle, le président Romuald Wadagni n’a pas laissé de place à la transition flottante. Dès la soirée, le nouveau secrétaire général de la présidence, Aristide Djidjoho, a présenté la structure du premier gouvernement du premier septennat. Composé de 19 ministres de plein exercice et de 5 ministres délégués, dont deux rattachés au président de la République et trois au ministre de l’économie et des aux Finances, cet attelage institutionnel frappe par sa clarté stratégique : l’heure est au pragmatisme, à la consolidation financière et à l’accélération numérique.
Une citadelle financière
Ancien grand argentier national de 2016 à 2026, le chef de l’État Romuald Wadagni sait que la trajectoire économique d’un pays se joue dès le premier arbitrage budgétaire. C’est pourquoi le ministère de l’Économie et des Finances, désormais confié à Aristide Medenou, promu à ce poste alors qu’il occupait les fonctions de directeur général de l’Économie, est sanctuarisé par une garde rapprochée de trois ministres délégués thématiques issus du même moule. Le pôle technique sectoriel conserve ainsi ses meilleurs technocrates avec Nicolas Yenoussi aux Finances et à la Microfinance (précédemment directeur général des Impôts), Rodrigue Chaou au Budget et à la Fonction publique (jusqu’alors directeur général du Budget), et Hugues Oscar Lokossou à la Mobilisation des ressources extérieures et à la Gestion de la dette, qui va quitter la tête de la Caisse autonome d’amortissement de la dette pour ce portefeuille.
Au cœur des ministères régaliens, la diplomatie prend les traits de Corinne Amori Brunet aux Affaires étrangères, ambassadrice du Bénin en France avec juridiction sur l’Europe jusqu’à cette nomination. La sécurité intérieure et la défense nationale sont quant à elles solidement arrimées à la présidence grâce à deux portefeuilles délégués stratégiques confiés respectivement à Djibril Mama Cissé Moussa à l’Intérieur et à la Sécurité publique, qui quitte son fauteuil de préfet du département du Borgou, et à Gildas Agonkan à la Défense nationale, ancien ambassadeur du Bénin au Niger.
Les gardiens de la continuité
Pour mener les réformes de fond sans risquer le choc institutionnel, le chef de l’État a renouvelé sa confiance aux hommes clés de l’exécutif sortant. Yvon Detchenou conserve le sceau de l’État à la Justice et à la Législation pour poursuivre la modernisation de l’appareil judiciaire. Véronique Tognifodé, précédemment ministre des Affaires sociales et de la Microfinance, prend les rênes de la Famille et de l’Action sociale, tandis que Benjamin Ignace Bodounrin Hounkpatin est maintenu à son poste de ministre de la Santé, garantissant la pérennité des chantiers hospitaliers indispensables à la paix civile.
Le redéploiement d’Olushegun Adjadi Bakari, qui passe du ministère des Affaires étrangères à un super-ministère regroupant le Tourisme, le Commerce extérieur, l’Industrie et la Promotion de l’investissement privé, confirme l’orientation résolument business du mandat. De même, Édouard Dahome, fin connaisseur des infrastructures énergétiques pour avoir présidé l’Autorité de régulation de l’électricité, prend logiquement la tête du ministère de l’Énergie, de l’Eau et des Mines. À la Décentralisation et à la Gouvernance locale, l’arrivée de l’ex Député Janvier Yahouédéou, jusqu’alors coordonnateur des ministres conseillers, offre une assise politique précieuse pour le dialogue avec les communes.
Les marqueurs de la transformation
L’innovation majeure de cette équipe réside sans nul doute dans la création d’un portefeuille explicitement dédié à l’intelligence artificielle. Mahuna Akplogan, qui s’est illustré en cadre de Sèmè City depuis quelques années prend ainsi la tête de la Transformation digitale et de l’Innovation, avec la lourde charge de déployer la Stratégie nationale d’intelligence artificielle. Ce signal fort s’accompagne d’un renouvellement de la politique éducative et universitaire : l’ancienne députée et récemment ministre conseillère Sèdami Medegan Fagla prend les rênes de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Formation technique, tandis que Clément Kouchadé, jusqu’ici maire de Pobè, est nommé à l’Enseignement secondaire, et Armand Kuyema Natta, directeur des examens et concours du ministère de l’Enseignement secondaire, prend la tête des Enseignements maternel et primaire.
Sur le front de la transformation des filières productives, le président Romuald Wadagni mise sur l’expertise de terrain. L’Agriculture, l’Élevage et la Pêche sont confiés à Adin Yeton Bloukounon Goubalan, qui occupait le poste de chef de l’unité Agriculture de la FAO jusqu’à cette nomination. Les grands travaux et l’aménagement urbain échoient à Georges Ale, promu ministre du Cadre de vie et des Transports, chargé du Développement durable, quittant ainsi la direction de la Société de développement des projets. Le secteur de la Culture, des Arts et du Patrimoine se dote d’une nouvelle impulsion sous la direction de Yassine Latoundji, lui qui occupait récemment le poste de directeur de la coopération internationale au ministère de l’Économie et des Finances. Benoît K. M. Dato est quant à lui maintenu à la tête des Sports avec des attributions élargies à l’Engagement civique.
L’équilibre de l’écosystème commercial
Pour relever le défi de l’intégration des filières de consommation locales, l’exécutif fait confiance à un binôme féminin aux compétences éprouvées. Shadiya Alimatou Assouman quitte les pleins pouvoirs du ministère de l’Industrie et du Commerce pour prendre le portefeuille restreint du Commerce intérieur et de la Formalisation de l’économie, travaillant de concert avec Awaou Baco, nommée aux Petites et Moyennes entreprises et à la Promotion de l’Emploi, en charge de la Formation professionnelle, elle qui servait comme secrétaire générale adjointe du ministère de l’Économie et des Finances. Enfin, Aurelie Adam Soule Zoumarou quitte le ministère de la Digitalisation et de l’Économie numérique pour prendre en main la Communication et les Médias, un secteur exposé aux enjeux de la transition numérique et de la labellisation des plateformes d’information.
Pour s’assurer que cette partition à 24 voix se joue sans fausse note, le Président Romuald Wadagni a par ailleurs signé le décret n° 2026-315 pour désigner l’ingénieur en chef de l’administration. Le pivot administratif est désormais conduit par Monsieur Wilson Gakpéto, nommé Secrétaire Général du Gouvernement. Précédemment chef cabinet du président Patrice Talon, il aura la lourde tâche de coordonner les actions ministérielles, de contrôler la régularité juridique des textes officiels et de garantir le rythme d’exécution impulsé par la présidence. Avec cette équipe de spécialistes installée dès le soir de sa prise de fonction, le président Romuald Wadagni délivre son premier message politique : la transition politique béninoise ne souffrira d’aucun temps mort.
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