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Lutte anticorruption en Afrique : Le Bénin sur le podium des meilleures progressions décennales

Gouvernance, La Marina BJSelon les données préliminaires du rapport de la Fondation Mo Ibrahim (IIAG 2026), le Bénin se hisse au 5e rang continental dans la sous-catégorie Anti-Corruption. Si la performance décennale du pays est saluée, les analystes de la fondation pointent également des signaux d’alerte récents qui appellent à la vigilance.

À l’approche de la publication officielle de l’Indice Ibrahim de la Gouvernance en Afrique (IIAG) 2026, la Mo Ibrahim Foundation (MIF) vient de livrer ses premières analyses sectorielles. Dans le volet crucial de la lutte anticorruption, une composante majeure du pilier Sécurité et État de droit, le continent africain dessine une trajectoire en « V ». Après un net recul entre 2016 et 2020 (le score moyen étant tombé de 38,6 à 37,7), l’Afrique amorce un redressement constant pour s’établir à 39,1 points en 2025.

C’est dans cette Afrique à deux vitesses, où coexistent dynamiques de rebond et dégradations accélérées, que le Bénin réalise une performance remarquable en s’adjugeant une place de choix dans le cercle restreint des locomotives continentales.

Une trajectoire décennale

Avec un score global de 58,7 points sur 100, le Bénin se classe désormais au 5e rang africain. Au-delà de ce positionnement absolu flatteur, c’est la régularité de sa trajectoire sur le long terme qui retient l’attention des experts. En l’espace de dix ans, le pays a engrangé +5,9 points, lui permettant de bondir de 5 places au classement général. Cette progression installe le Bénin sur le podium des nations ayant le plus progressé au sein du Top 10 africain. Le pays y côtoie le Rwanda et les Seychelles, qui se partagent la tête du classement avec un score de 76,6, mais aussi le Sénégal (4e).

Surtout, la performance béninoise détonne face au recul de certaines places fortes historiques de la gouvernance africaine, à l’image du Botswana ou du Cap-Vert, dont les indicateurs virent au rouge. Ce score agrégé repose sur une méthodologie rigoureuse croisant 25 variables issues de sources de référence (Afrobarometer, Banque mondiale, World Justice Project). Il prend en compte aussi bien l’efficacité des procédures de passation des marchés publics que l’absence de corruption dans les secteurs public, privé et les institutions étatiques.

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L’ombre au tableau

Toutefois, le rapport de la Fondation Mo Ibrahim se garde de tout triomphalisme béat et introduit une nuance de taille que les décideurs béninois devront analyser avec attention. Le Bénin est en effet classé dans la catégorie des pays présentant des « signaux d’alerte » (Warning Signs). Le constat des experts est que, si le bilan sur dix ans reste globalement positif, le score du Bénin s’est contracté depuis son point culminant atteint en 2021. En clair, la dynamique de réformes impulsée au cours de la dernière décennie montre des signes d’essoufflement sur la période récente (2021-2025).

Ce ralentissement de la courbe coïncide avec un phénomène observé à l’échelle du continent : le décalage persistant entre les avancées institutionnelles et la perception qu’en ont les populations. En Afrique, si la lutte contre la corruption dans le secteur privé progresse (+4,7 points sur dix ans), la perception publique, elle, s’est globalement dégradée (-4,0 points), signe d’une exigence citoyenne accrue ou d’un manque de lisibilité des efforts fournis.

À l’échelle de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Bénin fait figure de garant de la stabilité des critères de gouvernance, au sein d’une zone sous-régionale en pleine mutation géopolitique où le score moyen global recule légèrement (-0,8 point)..La comparaison avec le voisin communautaire sénégalais s’avère ici riche d’enseignements pour la couverture éditoriale des mois à venir. Bien que les deux pays francophones partagent le haut du tableau, le Sénégal affiche une trajectoire qualifiée d’« amélioration croissante », témoignant d’une dynamique récente plus vigoureuse que celle du Bénin sur la période 2021-2025. Pour le Bénin, tout l’enjeu des prochains mois consistera à transformer ce capital institutionnel décennal en un nouveau souffle réformateur, afin de dissiper les signaux d’alerte et de pérenniser sa place dans l’élite de la gouvernance africaine.

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