Cybercriminalité, La Marina BJ — Derrière les façades des compagnies d’assurances et la simplicité d’un paiement par carte bancaire se cachent les nouveaux canaux de l’argent sale au Bénin. Le rapport annuel d’activités 2025 de la Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières (CENTIF) révèle une mutation spectaculaire des techniques de blanchiment. En savoir plus sur deux failles sectorielles devenues les cibles privilégiées des réseaux criminels.
Les techniques traditionnelles de dissimulation de fonds vivent leurs dernières heures au Bénin. Si les banques restent en première ligne, concentrant 84,9 % des 529 déclarations d’opérations suspectes (DOS) enregistrées en 2025, ce sont les vecteurs financiers alternatifs qui inquiètent désormais les autorités compétentes.
Dans son dernier rapport, la CENTIF met en lumière deux typologies émergentes de blanchiment particulièrement sophistiquées : l’instrumentalisation des contrats d’assurance-vie et l’exploitation frauduleuse des Terminaux de Paiement Électronique (TPE). Ces deux méthodes illustrent le basculement des réseaux mafieux vers des circuits plus technologiques et transnationaux.
La blanchisserie à prime unique
Longtemps perçue comme un outil de prévoyance ou de transmission de patrimoine, l’assurance-vie est devenue un terrain de jeu pour les fraudeurs de haut vol. Le mécanisme identifié par les analystes de la CENTIF repose sur une technique bien huilée : la souscription de contrats à prime unique avec fractionnement des versements. L’objectif consiste à injecter des capitaux d’origine douteuse en contournant les seuils de vigilance des assureurs, pour ensuite récupérer des fonds propres lors du rachat du contrat ou au profit de bénéficiaires complices.
Deux cas réels documentés dans le rapport 2025 illustrent l’ampleur de ce phénomène. Le premier dossier suspect, initié en septembre 2024, porte sur une prime unique de 800 millions de FCFA versée en deux virements distincts, quelques jours après la levée d’un dépôt à terme du même montant, un enchaînement que la compagnie d’assurances a jugé suffisamment atypique pour déclencher une déclaration de soupçon. Le second schéma, plus ancien (souscription en 2020, échéance en 2025), porte sur un milliard de FCFA réparti sur quatre contrats de capitalisation au bénéfice des quatre enfants du souscripteur, une fragmentation qui, selon la CENTIF, visait à diluer l’attention des services de conformité.
Ce recours aux structures familiales et aux montages impliquant des tiers n’est peut-être pas anodin : si 85,8 % des dossiers de la CENTIF ciblent des individus, ce sont bien les personnes morales qui portent 83 % de la valeur financière totale des opérations suspectes en 2025. Le rapport ne détaille pas la nature exacte de ces structures, mais l’écart entre le nombre de dossiers et le poids financier suggère que les montants les plus élevés transitent par des véhicules sociétaires plutôt que par des comptes individuels.
Quand la cybercriminalité s’invite dans les commerces
L’autre vecteur de préoccupation majeure concerne la monétique, et plus particulièrement l’usage détourné des Terminaux de Paiement Électronique (TPE). Ici, le profil des blanchisseurs change : le pays fait face à des réseaux de cybercriminalité transnationale, souvent connectés à la fraude fiscale et aux escroqueries en ligne, qui représentent à eux seuls 35,2 % des infractions sous-jacentes traitées par la Cellule en 2025.
⚠️ Toute reproduction, même partielle de nos articles, sans mention explicite de la source lamarina.bj est strictement interdite et constitue une violation du droit d'auteur.
Le mode opératoire se déploie de manière fluide. Des cybercriminels s’allient d’abord à des commerçants complices équipés de terminaux de paiement électronique. Ils simulent ensuite des transactions commerciales fictives d’un montant anormalement élevé, en utilisant des cartes bancaires étrangères souvent piratées ou clonées. Une fois les transactions créditées sur le compte du commerçant, des retraits massifs et rapides en espèces sont effectués, effaçant instantanément la trace numérique de l’opération.
La CENTIF a ainsi documenté un cas d’école : sur un même terminal, 15 paiements réalisés en une seule journée ont permis d’extraire 52,6 millions de FCFA, dans un dossier où l’enquête a par ailleurs recensé jusqu’à 204 cartes bancaires distinctes, majoritairement d’origine étrangère, utilisées sur la durée du schéma.
Riposte technologique et juridique
Face à ce basculement vers des risques plus technologiques, l’arsenal répressif béninois tente de s’adapter. En 2025, la CENTIF a renforcé sa coopération nationale, notamment avec le Centre National des Investigations Numériques (CNIN), vers lequel elle a transmis 117 notes de renseignement financier sur un total de 154 notes produites. L’exercice du droit d’opposition a également permis de geler temporairement 1,16 milliard de FCFA sur des opérations douteuses en cours de traitement. Sur le plan technique, le lancement de la plateforme numérique SFC-BÉNIN, dédiée aux sanctions financières ciblées, témoigne de cette volonté de numériser la riposte publique.
Pourtant, malgré un cadre juridique consolidé par la loi n°2024-01 du 20 février 2024, le maillon faible de la chaîne reste judiciaire. Le rapport d’activités de la CENTIF pointe avec une grande franchise un stock important de dossiers en instance ainsi qu’une faible transformation du renseignement en poursuites judiciaires réelles. Seulement 7 rapports d’enquête ont ainsi été transmis à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) en 2025.
Alors que le Bénin, actuellement sous le régime du suivi renforcé du GIABA, se prépare pour son évaluation mutuelle cruciale de 2028, la résolution de ce goulot d’étranglement judiciaire et l’amélioration de la qualité des déclarations de soupçon, dont 25,3 % sont encore jugées de mauvaise qualité, seront les véritables clés pour assainir durablement la place financière de Cotonou.
Restez connectés à l’actualité en temps réel en rejoignant notre chaîne WhatsApp pour ne rien manquer : actus exclusives, alertes, et bien plus encore.