Finances publiques, La Marina BJ – Signée conjointement le 10 juillet 2026 par Aristide Medenou, Ministre de l’Économie et des Finances, et Rodrigue S. Chaou, Ministre délégué chargé du Budget et de la Fonction publique, la lettre de cadrage budgétaire pour le projet de loi de finances 2027 et la programmation pluriannuelle 2027-2029 consacre une rupture de doctrine institutionnelle. Au-delà des équilibres macroéconomiques traditionnels, le gouvernement béninois fait le pari d’adosser sa trajectoire financière à trois marqueurs transversaux : l’adaptation climatique, l’équité de genre et la territorialisation des investissements.
Ce premier exercice budgétaire qui sera pleinement porté par l’exécutif du président Romuald Wadagni s’inscrit dans les orientations à long terme de la Vision Bénin 2060 « ALAFIA » et du Plan National de Développement (PND) 2026-2035. Dans ce cadre, le nouveau régime table sur une progression attendue des ressources de l’État de 11,0 % en 2027 et de 11,8 % en moyenne annuelle sur la période 2027-2029. En parallèle, l’évolution des charges budgétaires sera rigoureusement contenue à 8,9% en 2027, puis à 10,9% en moyenne triennale. Ce différentiel positif permet d’anticiper un recul progressif du déficit public, qui passerait de 3,1% du PIB en 2026 à 2,7% en 2029 — ramenant ainsi le Bénin sous la norme communautaire de 3% fixée par l’UEMOA, après un exercice 2026 légèrement au-dessus de ce seuil. Cette trajectoire de consolidation offre un signal de soutenabilité fort aux investisseurs du marché régional des titres publics.
Le « coût climatique » désormais obligatoire
Face à la récurrence des chocs environnementaux, le premier gouvernement du septennat formalise l’intégration des risques climatiques dans la gestion de son patrimoine public. Les directives sectorielles imposent désormais un processus rigoureux en 6 étapes pour l’estimation et la budgétisation des dépenses d’entretien. Les ministères devront systématiquement croiser la cartographie de leurs infrastructures avec les projections de risques fournies par Météo-Bénin et l’Institut de recherches halieutiques et océanologiques du Bénin (IRHOB).
L’objectif est d’isoler les structures à vulnérabilité élevée pour y adosser des enveloppes spécifiques couvrant les surcoûts induits par les aléas tels que les inondations ou l’érosion. Cette démarche s’appuiera techniquement sur le « Périmètre 7 » du Système d’Information de Gestion des Finances Publiques (SIGFP) pour garantir une traçabilité complète du cycle de vie des projets.
Aussi et après une phase pilote initiée en 2019 et une entrée en généralisation formalisée en 2024, l’exercice 2027 scelle la maturité méthodologique de la Budgétisation Sensible au Genre au Bénin. Le cadrage n’envisage plus le genre comme une option sociale, mais comme une condition d’efficacité de la dépense. Les Projets Annuels de Performance (PAP) intègrent une maquette révisée où chaque ministère doit mener un diagnostic sectoriel des disparités femmes-hommes, formuler des indicateurs de performance précis en partenariat avec l’INStaD, et appliquer la nouvelle méthodologie de marquage des dépenses. Un Comité central au sein du Ministère de l’Économie et des Finances veillera à la conformité de ces allocations avant les arbitrages finaux.
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Cap sur les pôles de développement locaux
Le troisième pilier de cette réforme repose sur la territorialisation de l’action publique. Pour rompre avec les investissements déconnectés des réalités locales, l’allocation des crédits d’investissement 2027 privilégiera des critères de cohésion territoriale et de création d’emplois locaux. Le déploiement progressif de pôles de développement territoriaux vise à exploiter les potentialités industrielles et économiques propres à chaque région. Cette dynamique s’accompagne d’un renforcement de l’administration territoriale et de la maîtrise des dépenses courantes, notamment via l’exploitation du nouveau Système intégré de gestion des ressources humaines et de la paie (SIGRHP) pour rationaliser la masse salariale de l’État en application du décret n°2026-094 du 4 mars 2026.
Pour les directions financières (DPAF) et les responsables de programmes, l’évaluation technique commence dès à présent. Le calendrier opérationnel fixé par le duo Medenou-Chaou ne laisse aucune marge de manœuvre, fixant au vendredi 7 août 2026 la date limite de rigueur pour la transmission à la Direction Générale du Budget (DGB) des propositions budgétaires sectorielles, incluant celles des agences d’exécution. Chaque dossier devra obligatoirement comprendre le tableau de budgétisation par activité, le Plan de Travail Annuel (PTA), l’esquisse du Plan de Passation des Marchés (PPM), et le Plan de Consommation des Crédits (PCC). Le mois d’août 2026 sera ensuite entièrement consacré à la tenue des conférences budgétaires et à la finalisation des PAP avant l’arbitrage des enveloppes de crédits définitives.
En liant ainsi la rigueur comptable aux impératifs climatiques, sociologiques et géographiques, le gouvernement modernise en profondeur sa gouvernance financière, transformant le budget de l’État en un outil d’ingénierie du développement durable.
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