Diplomatie, La Marina BJ – Le gouvernement britannique a mis en avant à l’ouverture du forum WCAF à Conakry la finalisation de garanties financières accordées au Bénin pour la Cité ministérielle de Cotonou. Derrière la re-médiatisation de ce chantier emblématique déjà achevé, Londres cherche à afficher un bilan concret pour appuyer sa nouvelle stratégie d’expansion commerciale en Afrique francophone.
Lors du cinquième Forum de commerce et d’investissement Royaume-Uni-Ouest et Afrique francophone centrale (WCAF) ouvert récemment à Conakry, le gouvernement britannique a dévoilé un vaste package d’engagements financiers en faveur des infrastructures sous-régionales. Parmi les annonces portées par le secrétaire d’État aux Affaires et au Commerce, Jonathan Reynolds, figure un volet de 82 millions de livres sterling, soit environ 53,7 milliards de FCFA), adossé à des garanties d’UK Export Finance (UKEF) au profit du Bénin pour financer un complexe administratif, ainsi qu’un financement additionnel de 20 millions de livres sterling ( 13,1 milliards de FCFA) destiné à la réalisation d’un campus de défense et de sécurité confié au même groupe. Si la communication de Londres présente l’ensemble de ces soutiens comme de nouvelles conquêtes pour regrouper les services publics et renforcer les institutions béninoises, l’analyse des faits révèle un exercice habile de rétro-information institutionnelle, du moins pour son volet civil le plus visible.
Le bilan post-facto
Vraisemblablement l’annonce faite depuis la capitale guinéenne sur le volet administratif n’inaugure aucun nouveau chantier. D’après les recoupements de notre journaliste contributeur Noé William HOUNKANRIN, le complexe administratif évoqué par la diplomatie britannique semble correspondre à la Cité ministérielle de Cotonou, une infrastructure majeure du Programme d’Action du Gouvernement (PAG) dont les études et travaux de structure ont été engagés dès 2021 sous la maîtrise d’ouvrage déléguée de la SImAU. Conçu par le cabinet Koffi & Diabaté et exécuté par le groupe ACC via sa filiale britannique ACC UK Group Ltd, le site accueille déjà plusieurs ministères.
En remettant cet engagement financier de 82 millions de livres sous le feu des projecteurs, l’agence UKEF ne fait que formaliser la clôture d’un dossier de garantie souveraine négocié de longue date, transformant un projet quasiment livré en argument d’actualité diplomatique. En revanche, l’adjonction du contrat attribué à ACC UK Group Ltd pour la construction d’un campus dédié aux forces armées, à la police et aux institutions de formation et de sécurité marque l’un des véritables ajouts concrets de cette séquence diplomatique. Cette utilisation combinée d’une réalisation déjà passée dans le paysage urbain béninois et de nouveaux appuis sécuritaires s’inscrit dans une stratégie d’influence économique bien plus large.
En quête de relais de croissance post-Brexit, le Royaume-Uni intensifie ses offensives sur les marchés d’Afrique de l’Ouest et du Centre, des zones historiquement dominées par les partenaires traditionnels européens. Pour convaincre les décideurs publics réunis à Conakry, Londres s’appuie sur la Cité ministérielle de Cotonou comme preuve de sa capacité à structurer et sécuriser des financements complexes en zone UEMOA. L’exposition du projet béninois sert ainsi de caution opérationnelle au moment où l’UKEF annonce porter sa capacité d’engagement régional à 1 113 milliards de FCFA pour pousser d’autres contrats d’envergure, notamment en Guinée dans les secteurs de l’eau, de l’éducation et de l’énergie.
⚠️ Toute reproduction, même partielle de nos articles, sans mention explicite de la source lamarina.bj est strictement interdite et constitue une violation du droit d'auteur.
La montée en puissance du guichet UKEF
Au-delà de l’effet d’affichage du forum, l’ancrage des garanties britanniques dans les grands travaux béninois confirme le rôle croissant pris par UK Export Finance au sein de la sous-région. Avec des échanges commerciaux bilatéraux affichant une dynamique constante entre Cotonou et Londres, la structuration de crédits acheteurs assortis de garanties d’État devient un levier d’attractivité majeur pour les entreprises britanniques spécialisées dans la conception, l’ingénierie, les technologies du bâtiment et les services de sécurité spécialisés.
En mettant en exergue la réussite du modèle appliqué à Cotonou et l’élargissement de son portefeuille vers des infrastructures souveraines de défense, les autorités britanniques entendent démontrer qu’elles disposent désormais des outils financiers nécessaires pour s’imposer comme un partenaire de premier plan face aux bailleurs de fonds concurrents.
Restez connectés à l’actualité en temps réel en rejoignant notre chaîne WhatsApp pour ne rien manquer : actus exclusives, alertes, et bien plus encore.