Culture, La Marina BJ – Quinze ans après l’adoption du premier cadre réglementaire dédié aux artistes, le gouvernement béninois opère une mue profonde dans la structuration de son économie créative. Par le décret n°2026-056 du 04 mars 2026, l’État abroge les dispositions de 2011 pour acter le passage d’une vision protectionniste de l’artiste à une stratégie industrielle de la culture. Décryptage d’une réforme qui redéfinit les règles du jeu.
La première rupture majeure de ce nouveau texte réside dans son champ d’application car là où le décret de 2011 se focalisait sur la condition juridique de l’artiste, défini essentiellement comme un créateur ou interprète d’œuvres de l’esprit, la législation de 2026 embrasse désormais l’ensemble de la chaîne de valeur. Cette intégration des professionnels de la culture, incluant les managers, agents, techniciens, diffuseurs et entrepreneurs, transforme le secteur en un ensemble économique cohérent. En clarifiant les définitions des industries culturelles et créatives, le législateur béninois affiche une volonté manifeste de sortir ces métiers de l’informel pour les positionner comme de véritables leviers de croissance nationale.
Un arsenal de protection sociale inédit
Au-delà de la reconnaissance symbolique, la nouvelle mesure présidentielle muscle les garanties concrètes offertes aux travailleurs de l’esprit en comblant les vides juridiques du texte précédent. Le nouveau texte précise la présomption de salariat en stipulant que tout contrat rémunéré est désormais présumé être un contrat de travail dès lors que l’employeur détermine le lieu et les horaires de la prestation, ce qui sécurise ainsi les travailleurs intermittents.
Pour la première fois, le cadre réglementaire introduit une protection explicite contre le harcèlement et les violences en milieu de travail tout en garantissant un accès effectif à l’aide juridictionnelle. Enfin, des dispositions rigoureuses interdisent désormais toute discrimination à l’égard des femmes et des personnes handicapées afin de garantir leur plein épanouissement artistique et professionnel.
Si le décret de 2011 avait posé les bases de l’immatriculation, la réforme actuelle redéfinit la Maison de l’Artiste comme une entité d’intérêt général chargée de missions de solidarité. Elle devient le centre névralgique de l’accompagnement professionnel et assure des fonctions essentielles d’information et de conseil pour les acteurs du secteur. L’accès à la nouvelle carte professionnelle devient ainsi le socle d’une identité métier reconnue qui facilite les interactions avec les institutions financières et les partenaires internationaux. Cette restructuration institutionnelle vise à transformer cet organe en un véritable promoteur du statut social et économique des créateurs béninois.
Un levier pour l’économie créative
La vision portée par le gouvernement est claire car la culture doit désormais être appréhendée comme un secteur rentable et compétitif. Contrairement à l’approche de 2011 qui était très axée sur le soutien institutionnel direct, le nouveau cadre encourage activement le mécénat ainsi que le sponsoring et facilite les flux d’importation et d’exportation des biens culturels. En structurant ainsi les filières de la musique, du cinéma, des arts visuels et du numérique, le Bénin se dote d’un dispositif d’attractivité majeur pour les investisseurs privés. Ce décret n’est plus seulement une loi à vocation sociale mais s’affirme comme un indicateur de performance pour l’économie créative nationale.
Pour les acteurs du secteur, cette réforme marque la fin d’une ère de précarité pour ouvrir celle de la professionnalisation durable et de la reconnaissance juridique. Le défi reste désormais celui de l’application effective de ces textes pour que le talent béninois puisse enfin s’épanouir dans un cadre sécurisé, structuré et économiquement viable.
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