Finances locales, La Marina BJ — Alors que le Bénin referme le chapitre de sa quatrième mandature communale, la Note de conjoncture des finances locales 2025 de la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique (DGTCP), consultée par La Marina BJ, dessine une géographie financière de plus en plus clivée. Si l’investissement local progresse de 41,81% à l’échelle nationale pour atteindre 60,04 milliards FCFA, cette performance repose en réalité sur un axe stratégique reliant le Littoral, l’Atlantique et la Donga, ce que l’on pourrait appeler le triangle d’or Cotonou-Djougou-Calavi .
Au sommet de la pyramide, la municipalité de Cotonou consolide son statut de pôle financier dominant avec une brutalité statistique que les chiffres peinent à atténuer. La commune réalise à elle seule 23,39 milliards FCFA d’investissements en 2025, captant 39% de l’effort national. Ce volume est dix fois supérieur à celui de sa dauphine, Djougou. Entre le premier et le second du classement, il ne s’agit pas d’un écart de degré mais d’une différence de nature : Cotonou appartient à une autre catégorie financière que toutes les autres communes du pays réunies.
Selon la note de conjoncture, cette performance s’explique par un levier inédit dans l’histoire de la décentralisation béninoise depuis la grande Réforme de 2022 : un emprunt de 20 milliards FCFA contracté par la municipalité avec l’aval de l’État, spécifiquement dédié au financement d’un vaste programme d’asphaltage communal. C’est ce recours au marché financier, une première pour une commune béninoise sous ce régime, qui propulse la croissance de l’investissement cotonois à 127,15% en un an, à un niveau que les transferts publics seuls n’auraient jamais pu soutenir.
L’opération impose en contrepartie une discipline budgétaire renforcée : la commune devra intensifier la mobilisation de ses recettes propres pour assurer le service de la dette sans compromettre ses capacités de fonctionnement futures.
Les piliers de l’équilibre
Derrière la capitale économique, deux communes confirment leur rôle de relais dans cette dynamique nationale. Djougou se hisse à la deuxième place avec 2,29 milliards FCFA d’investissements, soit 4% du total agrégé. Sa position dans ce classement est en elle-même un signal politique car elle démontre que des collectivités septentrionales peuvent maintenir une dynamique d’investissement robuste malgré l’éloignement des grands centres économiques côtiers et la faiblesse relative de leur assiette fiscale propre. Dans un pays où le Nord dépend structurellement des transferts de l’État, Djougou fait figure d’exception qui mérite d’être analysée.
Abomey-Calavi complète ce podium avec 1,96 milliard FCFA. Voisine immédiate et débordement naturel de Cotonou, la commune bénéficie de l’expansion économique et démographique de l’agglomération du Grand Nokoué. Elle illustre comment la proximité géographique avec le pôle dominant peut constituer un levier de développement autonome, indépendamment des mécanismes de péréquation nationale.
Une concentration qui interroge
L’émergence de cet axe est cependant le revers d’une concentration qui s’accentue d’exercice en exercice. En 2025, les dix premières communes captent 61,2% des dépenses d’investissement locales totales, contre 46,9% l’année précédente. L’essoufflement est visible parmi les villes intermédiaires : Dassa-Zoumè, Bohicon et Bassila, qui figuraient dans le Top 10 en 2024, en ont été éjectées cette année.
L’écart par habitant cristallise cette inégalité dans sa dimension la plus concrète. Un résident de Cotonou bénéficie de 19 047 FCFA d’investissement par tête. Celui de Djougou dispose de 4 167 FCFA. Celui de Savè, commune des Collines, ne reçoit que 343 FCFA, cinquante-cinq fois moins que son compatriote du Littoral. Ces chiffres ne mesurent pas seulement des écarts de dépense publique ; ils mesurent des écarts d’opportunité économique et d’accès aux services pour les populations concernées.
Ce déséquilibre que la DGTCP qualifie de « finances locales à deux vitesses » appelle, selon les analystes, à une révision profonde des mécanismes de péréquation entre collectivités. Car si le triangle d’or produit de la croissance locale, il le fait au prix d’une marginalisation croissante des 77 communes qui composent le reste du territoire. L’enjeu pour la cinquième mandature qui s’ouvrait en fevrier dernier sera précisément de transformer cet élan concentré en dynamique partagée.
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