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Extradition de Kemi Seba : le dispositif judiciaire béninois s’enclenche, Pretoria fixe le 14 juillet

Justice, La Marina BJ -(Modifié le 23/05/2026 à 10H55) La procédure d’extradition de Kemi Seba vers le Bénin a franchi une étape décisive ce vendredi 22 mai devant le tribunal de Pretoria. Sur la base des mandats béninois transmis par les canaux judiciaires, un magistrat sud-africain a délivré un mandat local, aussitôt notifié à l’activiste par un agent d’Interpol. L’audience consacrée à l’examen de cette procédure d’extradition est fixée au 14 juillet, tandis que la décision sur la liberté sous caution reste attendue pour le 8 juin. Loin d’un ultimatum imposé à Cotonou, c’est bien la mécanique judiciaire béninoise qui avance.

C’est la cinquième fois en six semaines que Stellio Gilles Robert Capo Chichi, alias Kemi Seba comparaît devant la justice sud-africaine depuis son arrestation spectaculaire dans un centre commercial du quartier Brooklyn à Pretoria, le 13 avril 2026. L’activiste avait été interpellé par les Hawks, l’unité d’élite de la police sud-africaine, en compagnie de son fils Khonsou, 18 ans, et d’un ressortissant sud-africain, François Van der Merwe, présenté comme le facilitateur logistique du groupe. Les enquêteurs avaient saisi à cette occasion plus de 318 000 rands en espèces, soit environ 16 000 euros, somme destinée selon le parquet à financer une traversée clandestine du fleuve Limpopo vers le Zimbabwe, avant un départ présumé vers l’Europe.

Depuis lors, les renvois successifs, le 20 avril, le 29 avril, le 11 mai, le 19 mai, puis ce 22 mai, ont rythmé une procédure complexe, à double entrée : d’un côté, des charges locales d’immigration et de conspiration ; de l’autre, une demande d’extradition portée par la justice béninoise au nom de la lutte contre la déstabilisation institutionnelle du Bénin.

La mécanique judiciaire béninoise s’enclenche

Sur la base des mandats d’arrêt internationaux transmis par Cotonou via les canaux judiciaires, un magistrat sud-africain a délivré ce vendredi un mandat local d’arrestation visant Kemi Seba. Ce mandat a été notifié à l’activiste en audience par un agent d’Interpol, étape formelle qui marque l’enclenchement officiel de la procédure d’extradition sur le sol sud-africain. Le juge a fixé au 14 juillet 2026 la prochaine audience consacrée à l’examen de cette procédure. Parallèlement, la demande de liberté sous caution fait l’objet d’une procédure distincte, avec une décision attendue le 8 juin. Selon l’avocat de la défense Bill Kobras, dont RFI cite les déclarations depuis la salle d’audience, « les mandats d’arrêt émis par le Bénin ne sont pas valables en Afrique du Sud » : les pièces transmises par Cotonou ont donc été soumises à un magistrat local qui a délivré un mandat sud-africain, fondant juridiquement la détention de l’activiste en vue de son extradition.

Pour rappel, du côté béninois, la procédure avait été engagée dès le lendemain de l’arrestation. Le Procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), Mario Mètonou, avait alors précisé qu’il procédait « à la préparation de la demande d’extradition », ajoutant que les autorités politiques n’intervenaient « qu’aux fins de la transmission par les canaux diplomatiques ». Kemi Seba fait l’objet de deux mandats d’arrêt internationaux émis par la commission d’instruction de la CRIET : le premier, daté du 13 juin 2025, pour des faits de blanchiment de capitaux ; le second, du 12 décembre 2025, pour apologie de crime, incitation à la haine et à la violence, en lien direct avec le putsch manqué du 7 décembre 2025.

« Il se battra jusqu’à la fin »

Face à cette offensive judiciaire, la défense maintient une posture de résistance totale. Selon les déclarations faites toujours à Sputnik Africa, l’avocat Bill Kobras a indiqué que son client « a informé qu’il tiendra bon et est prêt à se battre jusqu’à la fin », avec des recours prévus si le dossier tourne en sa défaveur.

La stratégie de la défense repose sur deux piliers. Le premier est la demande d’asile politique déposée auprès du Département sud-africain des Affaires intérieures le 28 avril 2026, une démarche qui, si elle aboutit, rendrait juridiquement très difficile toute extradition. Le second est l’argument du risque vital : dans une déclaration sous serment lue en audience le 11 mai, Kemi Seba avait affirmé avoir « une crainte fondée, non seulement perçue mais réelle, que sa vie serait en danger s’il retournait au Bénin sous son administration actuelle ». Il n’y avait pas mis les pieds, selon ses propres déclarations, depuis mai 2024.

La junte nigérienne, dont Kemi Seba est conseiller spécial, titulaire d’un passeport diplomatique délivré par Niamey après la déchéance de sa nationalité française en juillet 2024, aurait officiellement offert de lui fournir un hébergement en Afrique du Sud dans l’hypothèse d’une libération sous caution. L’avocat Kobras a par ailleurs exprimé ce vendredi une préoccupation particulière pour Khonsou Seba Capo Chichi, le fils de 18 ans de l’activiste, lui aussi maintenu en détention depuis le 13 avril. La défense entend désormais solliciter sa libération, assortie d’une expulsion volontaire vers la France, pays de naissance du jeune homme. Ce volet humanitaire pourrait constituer un point de négociation dans les semaines à venir.

Un dossier à fort enjeu géopolitique

Au-delà de la mécanique judiciaire, l’affaire Kemi Seba cristallise des tensions qui dépassent largement le prétoire de Pretoria. L’activiste, fondateur de l’ONG Urgences panafricanistes et figure de proue du panafricanisme radical en Afrique francophone, incarne aux yeux de ses soutiens la résistance à l’influence occidentale sur le continent. Ses détracteurs, eux, pointent ses liens documentés avec des réseaux russes, des enquêtes journalistiques ont établi l’existence de versements en provenance de Moscou entre 2018 et 2019, ainsi que la troublante proximité révélée par son arrestation avec François Van der Merwe, figure du suprémacisme blanc afrikaner.

Son arrestation à Pretoria intervient dans un contexte béninois lui-même sous tension; après le putsch manqué du 7 décembre 2025, mené par le lieutenant-colonel Pascal Tigri avant d’être rapidement déjoué par les forces armées béninoises avec l’appui du Nigeria et du renseignement français, les autorités de Cotonou ont engagé une traque judiciaire méthodique contre les figures ayant soutenu publiquement l’opération. Kemi Seba en est la prise la plus emblématique.

L’Afrique du Sud se retrouve ainsi en position d’arbitre involontaire d’un contentieux géopolitique qui met en jeu ses relations avec le Bénin, ses obligations envers les conventions multilatérales, et la pression informelle exercée par les juntes sahéliennes, Niger en tête, qui voient dans cet activiste un allié stratégique.

Note de la rédaction — 23 mai 2026
Contrairement à l’angle initial de cet article publié le vendredi 22/05/2026 dans l’après midi, le Bénin n’était pas en position de devoir produire ses preuves sous délai imposé par Pretoria. C’est la procédure béninoise elle-même qui a avancé : les mandats transmis via Interpol ont conduit un magistrat sud-africain à délivrer un mandat local, notifié le jour à Kemi Seba. Le 14 juillet est la date d’examen de cette procédure désormais enclenchée.

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