Votre portail vers l'information stratégique au Bénin, en Afrique et au-delà
Votre portail vers l'information stratégique au Bénin, en Afrique et au-delà

Après l’ex-hôtel Marriott, neuf villas du groupe SHRL menacées de saisie par NSIA Banque Bénin

Litige bancaire, La Marina BJ C’est un nouveau coup de massue pour l’homme d’affaires libano-béninois Ghaby Kodeih, figure bien connue du secteur de la promotion immobilière et hôtelière à Cotonou. Déjà dépossédé de la carcasse inachevée de son complexe hôtelier Marriott sous la pression des autorités et d’un premier consortium bancaire, le patron de la Société d’Hôtellerie, de Restauration et de Loisirs (SHRL) SA voit désormais son second fleuron foncier lui échapper.

Selon nos informations, la Première Chambre des Procédures de Saisie Immobilière du Tribunal de Commerce de Cotonou a rendu, le 4 juin 2026, un jugement capital qui balaie les derniers recours de la SHRL. En ligne de mire : la vente forcée aux enchères de neuf villas de grand standing situées dans le quartier huppé de « CEN-SAD Agblangandan », programmée pour le 2 juillet prochain. Pour Ghaby Kodeih, le scénario catastrophe se répète, mais les visages des créanciers changent. Si la chute du projet Marriott de Cotonou s’était premièrement jouée face à un consortium mené par la Société Générale, c’est cette fois la NSIA Banque Bénin (ex Diamond Bank) qui mène l’offensive à Sèmè-Podji.

L’origine de ce bras de fer financier remonte à près de deux décennies. En 2008, Mahmoud Kodeih, alors président de la SHRL, consent au profit de l’institution bancaire une hypothèque de premier rang à hauteur de 1 milliard de FCFA sur un vaste domaine de l’ex-Champ de tir d’Agblangandan, destiné à accueillir un lotissement résidentiel de luxe. Après des années d’enquêtes judiciaires, d’annulations de forme en appels et de recours devant la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA) de l’Ohada, la banque a fini par régulariser sa procédure en janvier 2025. Réclamant une créance actualisée de 951 450 944 FCFA, NSIA Banque a lancé la saisie de neuf villas (les lots 11, 14, 15, 16, 17, 19, 21, 22 et 23).

L’implacable logique du « droit de suite »

Face à l’assaut, la stratégie de défense de la SHRL et des résidents s’est révélée particulièrement agressive. Devant le tribunal, les avocats ont soulevé une série d’exceptions techniques : incompétence géographique du tribunal de commerce, prescription quinquennale de la dette commerciale, et même contestation de l’évaluation foncière des bâtisses. Le dossier a également pris une tournure humaine et sociale à travers le cas de la propriétaire de la villa n°23, acquise de bonne foi en l’état futur d’achèvement (VEFA) en avril 2016 auprès du promoteur. Cette dernière réclamait au tribunal la « distraction » (l’exclusion) de son bien de la saisie, s’estimant victime d’un contentieux qui ne la concernait pas. Mais la décision du juge commercial, Codjo Jonas Konon assisté des juges consulaires Irène A. F. Assogba et Amoudath O. Bello., s’est révélée d’une froideur toute technique.

Le tribunal a opposé l’implacable rigueur du droit foncier ouest-africain : l’hypothèque de la banque ayant été inscrite en janvier 2009, soit sept ans avant la transaction immobilière de la résidente, la sûreté demeure parfaitement opposable. En vertu du « droit de suite », la banque est fondée à saisir le bien en quelques mains qu’il se trouve. La demande de distraction a été rejetée, et la dette jugée « certaine, liquide et exigible », la SHRL ayant formellement reconnu ses engagements dans des courriers de conciliation en 2019 et 2020.

Des fastes de l’ère Yayi

Cette nouvelle déconvenue sonne le glas d’un modèle d’affaires qui avait pourtant les faveurs du pouvoir au début des années 2010. En mai 2014, sous la présidence de l’ex Chef d’État Boni Yayi, Ghaby Kodeih décrochait un décret d’agrément exceptionnel (N° 2014-316) hors codes douaniers et fiscaux pour son projet hôtelier Marriott. Le texte, que nous avons pu consulter à nouveau, listait une avalanche d’exonérations (allant de 612 climatiseurs à des équipements de discothèque) destinées à faire de Cotonou la vitrine touristique de l’Afrique francophone. Un projet colossal de 50 milliards de FCFA, soutenu par un prêt de 7,4 milliards de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD). Dix ans plus tard, le réveil est brutal. La carcasse inachevée du Marriott, saisie par ses créanciers puis adjugée en 2020, est définitivement sortie du giron du groupe. En Conseil des ministres le 11 septembre 2024, le gouvernement du Président Patrice Talon a acté la reprise en main politique du dossier, signant la fin des concessions privées et lançant une maîtrise d’ouvrage déléguée publique pour achever le complexe hôtelier.

Privé de son ancrage côtier à Cotonou, l’empire Kodeih voit son dernier bastion d’Agblangandan s’effondrer. Les regards se tournent désormais vers l’audience d’adjudication du 2 juillet 2026 au Tribunal de Commerce. Sur un marché local où ces villas de standing se négocient couramment entre 280 et 370 millions de FCFA l’unité, les enchères s’annoncent particulièrement suivies par le microcosme des affaires béninois. Pour la SHRL, c’est l’heure des comptes.

Restez connectés à l’actualité en temps réel en rejoignant notre chaîne WhatsApp pour ne rien manquer : actus exclusives, alertes, et bien plus encore.

Partager cet article
Lien partageable
Précédent

Bénin : Le Port de Cotonou officialise le transfert de sa distribution électrique à la SDEPAC

Suivant

Bénin : Face au Collège des ministres conseillers, Romuald Wadagni exige la neutralité républicaine

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Lire article suivant