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Porto-Novo : un an après sa réception, la promenade lagunaire déjà égratignée par un rapport d’évaluation

Infrastructures, La Marina BJUn rapport d’évaluation final du cabinet INSUCO, validé en avril 2026 et que La Marina BJ s’est procuré, dresse un bilan alarmant de la promenade lagunaire de Porto-Novo. Inauguré en grande pompe en janvier 2024, cet ouvrage phare présente déjà des dégradations avancées, révélant de graves failles de maintenance et une transition institutionnelle manquée après un investissement global de 6,232 milliards de FCFA.

C’est l’histoire d’une ambition écologique qui se heurte prématurément à la réalité de la gestion locale. Financé à 99 % sur une enveloppe globale de 9,5 millions d’euros, portée principalement par l’Agence française de développement (AFD) à hauteur de 8 millions d’euros et le FFEM pour 1,2 million —, le projet « Porto-Novo Ville Verte » (PNVV) devait transformer la capitale béninoise. Si la première phase de la promenade lagunaire a permis l’aménagement de 51 750 m² d’espaces verts, un an et demi après la fin des travaux, le fleuron physique de la Composante 2 du projet (budgétisée à 6,45 millions d’euros) tangue dangereusement. Entre lames de bois cassées, affaissements et insécurité, le rapport d’INSUCO met à nu les fragilités techniques et structurelles d’un investissement d’envergure.

L’origine des dégradations

Le ver était dans le fruit avant même la réception officielle de l’infrastructure. Selon les évaluateurs, la promenade a été ouverte au public dès la seconde moitié de 2023, soit près d’un an et demi avant sa réception provisoire intervenue tardivement en mars 2025. Dans cet interstice critique, un vide juridique et opérationnel s’est installé : les entreprises constructrices n’étaient plus pleinement responsables de leurs obligations contractuelles, tandis que la municipalité n’avait pas encore formellement réceptionné l’ouvrage. Sans aucun cadre de maintenance actif pour réguler l’humidité, les variations hydrologiques et surtout la circulation anarchique des motos, les matériaux biosourcés du platelage ont subi une usure accélérée que les services techniques peinent désormais à endiguer.

La mairie de Porto-Novo dispose-t-elle des moyens de ses ambitions ? Selon les informations recueillies par notre journaliste contributeur Noé William HOUNKANRIN, le rapport lève un coin de voile sur l’impréparation financière locale. Bien que 35 millions de francs CFA soient inscrits au budget communal pour l’entretien, cette somme, mobilisable uniquement après la réception définitive, s’apparente à une estimation de fortune. Elle ne repose sur aucune évaluation technique détaillée et les services municipaux eux-mêmes jugent les coûts réels totalement incertains. Pour ne rien arranger, l’Unité de Gestion de Projet (UGP), qui a piloté le PNVV pendant neuf ans en totale autonomie, a été dissoute à la clôture. L’ingénieur et le comptable ne sont plus en poste, et l’internalisation des compétences au sein de la Direction des Affaires Domaniales et de l’Environnement (DADE) reste « partielle et peu structurée ».

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L’illusion d’un modèle prêt à l’essaimage

Sur le plan social, le bilan du projet est à double tranchant. Si les focus groups témoignent d’une réelle fierté des habitants face à l’amélioration de leur cadre de vie, l’usage quotidien de la promenade charrie son lot de désillusions. L’état dégradé de certaines sections génère une insécurité ponctuelle en soirée (vols, agressions). De plus, l’inclusivité prônée à l’origine a été sacrifiée : les associations de personnes en situation de handicap déplorent l’absence de dispositifs podotactiles et n’ont jamais été consultées, malgré le partenariat avec Handicap International. Enfin, le Plan d’Action de Réinstallation (PAR), qui a indemnisé les personnes affectées, majoritairement des femmes commerçantes, n’a bénéficié d’aucun suivi post-projet, laissant plusieurs exploitantes sur le carreau après des pertes sèches de clientèle.

Alors que les autorités béninoises aiment à présenter Porto-Novo comme le laboratoire de l’expérience « villes et climat », notamment pour justifier le déploiement du PAVICC (58 millions d’euros d’engagements AFD à Cotonou, Sèmè-Podji, Comè et Bohicon), le cabinet INSUCO appelle à la lucidité. L’évaluation indique qu’il n’existe aucun lien direct, structuré ou documenté prouvant que le modèle de Porto-Novo a techniquement nourri les programmes subséquents, pas plus que le projet BRIC de la Banque mondiale destiné à sept autres communes secondaires. Le PNVV aura tout au plus servi « d’effet d’inspiration ». Pour l’avenir, l’AFD retient cinq recommandations urgentes, dont deux prioritaires : anticiper la reprise institutionnelle des projets et exiger une analyse rigoureuse de la viabilité financière de l’entretien dès la phase d’instruction.

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