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Secteur bancaire au Bénin : qui monte, qui recule, qui résiste dans l’UMOA ?

Banque, La Marina BJSur les 135 banques que compte désormais l’Union Monétaire Ouest Africaine, les 14 établissements bancaires béninois affichent en 2025 des trajectoires loin d’être uniformes, et cette hétérogénéité prend tout son relief lorsqu’on la met en perspective avec les performances des banques ivoiriennes, burkinabè, sénégalaises ou maliennes qui occupent le haut du classement régional. Portée par une locomotive unique, la BIIC, la place bancaire du Bénin progresse globalement moins vite que la moyenne régionale, mais compte aussi un champion capable de rivaliser avec les plus grands groupes de l’Union.

À fin décembre 2025, le total de bilan cumulé des banques béninoises s’établit à 7 598,8 milliards de FCFA, contre 6 952,0 milliards un an plus tôt, soit une progression de 9,3%. Un chiffre honorable en valeur absolue, mais inférieur à la dynamique d’ensemble de l’UMOA, dont les établissements de crédit ont vu leur bilan croître de 14,1% sur la même période, selon le Rapport Annuel 2025 de la Commission Bancaire de l’UMOA. Ce différentiel de croissance interroge sur la capacité du système bancaire national à suivre le rythme imposé par les places les plus dynamiques de la sous-région, à commencer par la Côte d’Ivoire, qui concentre à elle seule six des dix premières banques de l’Union.

La BIIC dans le top 10 Uemoa

La Banque Internationale pour l’Industrie et le Commerce (BIIC) est l’unique établissement béninois à intégrer le top 10 de l’UMOA, un cercle très largement dominé par les banques ivoiriennes. Son total de bilan bondit de 1 511,9 à 1 886,8 milliards de FCFA, une progression de 24,8% qui lui permet de passer du 12ᵉ au 8ᵉ rang régional. Ce taux de croissance dépasse largement celui des mastodontes qui la précèdent au classement : Société Générale Côte d’Ivoire, toujours numéro un de l’Union avec 3 783,420milliards de bilan, ne progresse que de 4,7% sur la période, tandis qu’Ecobank Côte d’Ivoire stagne quasiment (+0,04%).

Seule NSIA Banque Côte d’Ivoire avec 3 076,121 milliards de FCFA (+21,4%) et Coris Bank International, filiale burkinabè avec 2 807,628 milliards de FCFA classée au 4ᵉ rang régional (+11,1%), affichent une dynamique comparable à celle de la BIIC Bénin. Autrement dit, la première banque béninoise grandit plus vite que la plupart des géants ivoiriens et burkinabè, même si l’écart de taille reste considérable, aucune banque béninoise ne franchit encore le seuil des 2 000 milliards de bilan, quand cinq établissements ivoiriens (Société Générale, Banque Nationale de l’investissement, NSIA Banque, Banque Atlantique), malien (Banque Malienne de Solidarité) et un burkinabè (Coris Bank International) le dépassent.

Dans son sillage, Société Générale Bénin (76ème) enregistre l’une des meilleures progressions du marché béninois, avec un bilan passant de 278,1 en 2024 à 337,6 milliards (+21,4%) en 2025, une performance à mettre en regard des +0,5% seulement affichés par sa maison-mère régionale, Société Générale Sénégal. BSIC Bénin progresse dans des proportions similaires (+21,5%), et BANGE Bank Bénin réalise, en partant d’une base modeste, la meilleure performance proportionnelle de tout le marché avec un bilan en hausse de 49,3%, passant de 45,0 à 67,17 milliards.

Trois enseignes historiques cèdent du terrain

À l’inverse, plusieurs filiales de groupes panafricains bien implantées au Bénin reculent en valeur absolue, alors que leurs consœurs installées dans d’autres pays de l’Union progressent nettement. Ecobank Bénin voit son total de bilan diminuer de 751,6 à 720,8 milliards (-4,1%), chutant du 28ᵉ au 35ᵉ rang UMOA, quand Ecobank Burkina, elle, croît de 9,35% et Ecobank Sénégal bondit même de 15,1% sur la même période. La Banque Atlantique Bénin accuse un recul plus marqué encore, de 317,3 à 296,1 milliards (-6,7%), glissant du 72ᵉ au 84ᵉ rang, alors que la Banque Atlantique Côte d’Ivoire, elle, progresse de 5,6% et reste solidement installée dans le top 5 régional. Orabank Bénin suit une trajectoire tout aussi défavorable, avec un bilan en baisse de 2,8%, quand Orabank Côte d’Ivoire affiche, elle, une croissance de 15,85% sur la période. Ce contraste suggère que les difficultés relevées au Bénin tiennent moins à une conjoncture propre au groupe qu’à des dynamiques spécifiquement nationales.

Les deux plus petites succursales béninoises ne sont pas épargnées : CBAO (groupe Attijariwafa bank) recule de 7,5% au Bénin, alors que la maison-mère sénégalaise du groupe progresse de 9,7% sur la période, et la Société Nigérienne de Banque recule de 6,7%, deux structures qui, en dessous de 40 milliards de bilan, restent en marge du paysage bancaire national mais illustrent la même tendance au tassement.

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Les plus ou moins dynamiques

Entre ces deux pôles, plusieurs banques béninoises progressent en valeur mais perdent néanmoins des positions dans la hiérarchie régionale, signe que la croissance moyenne de l’UMOA s’accélère plus vite que la leur. Bank Of Africa Bénin, deuxième banque du pays par la taille, ne croît que de 2,9% (939,2 à 966,6 milliards) et recule du 22ᵉ au 24ᵉ rang, une performance en retrait par rapport à la Banque de Développement du Mali (+11,1%) ou à la Banque Malienne de Solidarité (+18,9%), deux établissements maliens qui gravitent dans une fourchette de bilan comparable. NSIA Banque Bénin progresse de 5,4% mais perd trois places, du 25ᵉ au 28ᵉ rang, quand sa filiale ivoirienne NSIA Banque Côte d’Ivoire, elle, bondit de plus de 21%. UBA Bénin affiche une croissance modeste de 2,7%, se maintenant dans le dernier tiers du classement des banques béninoises.

Seule Coris Bank International Bénin parvient à conserver son rang exact (27ᵉ) tout en affichant une croissance solide de 10,2%, proche à la fois de la moyenne régionale et de celle de sa maison-mère burkinabè, un cas d’équilibre rare dans ce paysage contrasté. BGFIBank Bénin, avec une progression de 4,0%, se maintient également dans une zone de stabilité relative.

Cette photographie confirme et nuance à la fois le narratif macroéconomique porté par les autorités monétaires régionales. Le Gouverneur de la BCEAO et Président de la Commission Bancaire de l’UMOA, Jean-Claude Kassi Brou, a salué dans dans le rapport consulté par La Marina BJ une croissance du PIB réel de l’Union de 6,6% en 2025 et une progression de 14,1% du total de bilan des établissements de crédit à l’échelle régionale. Rapportée au Bénin et comparée aux autres pôles bancaires de l’Union, cette dynamique se révèle inégale : la Côte d’Ivoire conserve une avance structurelle écrasante, avec des établissements dont la taille dépasse largement tout ce que compte le marché béninois, tandis que le Mali, le Burkina Faso et le Sénégal affichent des taux de croissance souvent supérieurs à ceux observés au Bénin sur des établissements de taille comparable. Seule la BIIC parvient à s’extraire de ce constat, en devançant en croissance plusieurs des plus grands noms de la région.

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