Économie, La Marina BJ – Deux mois après l’annonce du relèvement spectaculaire de 25,2 % du Produit intérieur brut (PIB) béninois pour l’année de référence 2023, La Marina BJ s’est procuré la note de synthèse complète. Au-delà du saut comptable qui porte la richesse nationale à 14 020,2 milliards de FCFA, le document de 41 pages de l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INStaD) lève le voile sur l’ingénierie méthodologique déployée pour traquer l’économie non observee. Des conducteurs de taxis-motos aux vendeurs de carburant frelaté, en passant par les cambistes de rue et la restauration informelle, immersion dans les coulisses d’un recalcul qui réécrit la réalité économique du pays.
L’exercice aurait pu s’apparenter à une simple alchimie statistique réservée aux initiés de la comptabilité nationale. Il s’agit en réalité d’un véritable travail d’archéologie économique. Le 17 juin dernier, l’INStaD officialisait le passage de la base 2015 à la base 2023, révélant un PIB réévalué de 11 200,7 milliards à 14 020,2 milliards de FCFA. Si cette hausse de +25,2 % a un temps interrogé, la note d’analyse détaillée apporte une réponse scientifique catégorique : cette création de valeur n’a rien de magique. Elle découle d’une meilleure couverture statistique des activités réelles qui irriguaient déjà le quotidien des Béninois sans jamais apparaître dans les radars officiels.
2 211 milliards de FCFA tirés de l’ombre
Pour mesurer la portée de ce rattrapage statistique, il convient d’observer la ventilation de cette valeur ajoutée par secteur institutionnel. Le secteur des ménages — qui regroupe l’ensemble des entreprises individuelles et des unités économiques informelles — enregistre une progression spectaculaire de 35,3 %, passant de 6 259,2 milliards à 8 470,7 milliards de FCFA.
À lui seul, ce segment explique près de 78 % de l’écart total de réévaluation du PIB, apportant 0,197 point sur les 0,252 point de hausse globale. Désormais, le poids des ménages et du tissu informel représente 65,8 % de la valeur ajoutée totale du pays. Cette capture massive a été rendue possible par la croisée de plusieurs grandes opérations censitaires : le troisième Recensement Général des Entreprises (RGE3) qui a dénombré 252 155 unités économiques, l’Enquête Harmonisée sur les Conditions de Vie des Ménages (EHCVM 2021/2022), et le Recensement National de l’Agriculture (RNA).
L’imagerie fine des transports et des services de rue
L’une des avancées méthodologiques les plus marquantes réside dans l’approche du secteur des transports, historiquement sous-évalué. Lors du rebasage de 2015, la mesure du Transport Routier Informel de Passagers (TRIP) reposait quasi exclusivement sur une enquête ciblant les conducteurs de taxis-motos (zémidjans), laissant de côté le transport informel par automobile.
Pour la base 2023, l’INStaD a mené une étude spécifique combinant les données des enquêtes ménages, le recensement démographique RGPH-4 et la modélisation des variations de prix de l’essence de contrebande (« kpayô »). Parallèlement, l’impact de la modernisation du réseau routier — dont l’index général est passé de 46 % en 2016 à 63 % en 2020 — a été intégré pour calibrer l’activité réelle du secteur. Le secteur de l’hébergement et de la restauration a connu un ajustement encore plus impressionnant, avec un bond de sa valeur ajoutée de +229,5 % (653,1 milliards FCFA en base 2023 contre 198,2 milliards auparavant). Une enquête dédiée auprès de 2 079 établissements sur l’ensemble du territoire national a permis de mesurer la consommation alimentaire hors-ménage et la dynamique touristique locale, restituant à ce secteur son juste poids économique.
⚠️ Toute reproduction, même partielle de nos articles, sans mention explicite de la source lamarina.bj est strictement interdite et constitue une violation du droit d'auteur.
L’intégration assumée de l’économie non observée
Conformément aux directives du Système de Comptabilité Nationale (SCN 2008) des Nations Unies, l’INStaD ne s’est pas arrêté aux activités informelles licites. L’institut a poussé la démarche en intégrant des segments de « l’économie non observée » afin de refléter la totalité des flux monétaires en circulation. La branche des banques et organismes financiers (+21,1 %) dissimule ainsi une finesse d’affectation : la valeur ajoutée issue des opérations de change informel, réalisées par les cambistes de rue, a été soigneusement évaluée et réaffectée au secteur des entreprises individuelles (ménages) plutôt qu’aux sociétés financières formelles.
Plus atypique encore, l’INStaD a exploité une cartographie nationale et une étude sectorielle réalisées en collaboration avec le ministère de la Santé pour estimer la taille de la population concernée, les volumes de transactions et les investissements liés aux activités des professionnelles du sexe. L’intégration de ces flux, aux côtés des Institutions Sans But Lucratif (ISBLSM, dont la valeur ajoutée bondit de 89,7 %) et des travaux sur la Recherche & Développement (R&D) valorisée en Capital Fixe, garantit une couverture exhaustive du tissu social et économique.
Outre la capture du secteur informel, le rebasage reflète les mutations industrielles engagées depuis une décennie. Côté offre, le secteur secondaire affiche la plus forte progression sectorielle (+56,1 %). Il est propulsé par la branche des Bâtiments et Travaux Publics (BTP) qui explose de +111,8 %, sa valeur ajoutée doublant pour atteindre 1 074,6 milliards de FCFA. Cette dynamique traduit l’effort d’investissement public à travers les Programmes d’Action du Gouvernement (PAG 1 et PAG 2). En parallèle, l’agroalimentaire (+41,6 %) enregistre l’entrée en production des premières chaînes de transformation locale de coton, de cajou et de soja, portées notamment par les infrastructures de la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ). Côté demande, la Formation Brute de Capital Fixe (FBCF/Investissements) progresse de +36,6 %, faisant grimper le taux d’investissement global à 26,6 % du PIB.
Restez connectés à l’actualité en temps réel en rejoignant notre chaîne WhatsApp pour ne rien manquer : actus exclusives, alertes, et bien plus encore.