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Dédoublement Ouidah-Hillacondji : Derrière les 58,5 km de bitume, les doléances silencieuses des riverains

Infrastructures, La Marina BJAlors que le Bénin s’apprête à moderniser l’un de ses axes transfrontaliers les plus stratégiques vers le Togo, un document technique resté loin des projecteurs, le Plan de Participation des Parties Prenantes (P3P), consulté par La Marina BJ, dévoile une face du chantier : une vaste démarche d’écoute communautaire qui fait remonter les craintes des riverains sur le foncier, la sécurité et la préservation des sites sacrés.

Le dédoublement en 2×2 voies de la route Ouidah-Hillacondji (58,5 km), couplé à l’aménagement des contre-allées entre Godomey et Ouidah (35,5 km) et à la voirie touristique, s’inscrit au cœur du corridor Abidjan-Lagos. Financé avec l’appui de la Banque Africaine de Développement (BAD) et exécuté sous la maîtrise d’ouvrage déléguée de la SIRAT, ce projet vise à désenclaver les zones côtières et à fluidifier le transit régional. Un premier signal fort vient d’être donné pour une première contractualisation en vue de la concrétisation sur le terrain; selon des informations recueillies par notre rédaction, le coup d’envoi opérationnel cible un tronçon clé de 14 km entre Ouidah, Agonkanmè et Guézin, soutenu par une enveloppe validée de 50,587 milliards de FCFA sur une période d’exécution fixée à 24 mois.

Cependant, derrière cette impulsion financière et cette promesse de modernisation, les vagues de concertations menées auprès des populations riveraines, avec plus de 2 000 personnes touchées lors des premières études, puis des réunions ciblées dans dix arrondissements en avril 2026, mettent en lumière une réalité sociale complexe : celle de communautés favorables au progrès, mais inquiètes pour leur cadre de vie et leurs moyens de subsistance.

L’angoisse du quotidien

Au fil des assemblées communautaires menées à Pahou, Ouidah, Comè, Sègbohouè ou Grand-Popo, le premier sujet de préoccupation demeure l’impact direct des travaux sur l’économie locale. Les commerçantes installées le long de la chaussée et les pêcheurs dépendant des lacs Ahémé, Toho ou de la lagune redoutent des pertes de revenus. À cela s’ajoute la hantise des inondations; dans plusieurs localités, les riverains craignent que la surélévation de la chaussée ne transforme leurs habitations et marchés en cuvettes de ruissellement lors des pluies. Si le Plan d’Action de Réinstallation (PAR) prévoit des indemnisations et des recasements, les attentes exprimées exigent une transparence absolue sur les barèmes et la priorité effective accordée au recrutement de la main-d’œuvre locale sur les chantiers.

L’une des particularités majeures de ce corridor réside dans son ancrage spirituel et culturel. Le tracé intercepte plusieurs sites sensibles : des divinités Vodun, des couvents, des tombes et des cimetières familiaux, notamment à Agatogbo et Agonkanmè. Pour les dignitaires locaux et les gardiens de la tradition, il ne s’agit pas de simples obstacles techniques, mais de piliers identitaires. Le document officiel souligne que tout déplacement ou contournement devra impérativement faire l’objet de cérémonies de désacralisation menées en concertation étroite avec les autorités coutumières. De plus, dans la ville historique de Ouidah, l’organisation des chantiers devra composer avec les restrictions d’accès et de circulation liées aux cérémonies des cultes masqués ORO et Égoungoun afin d’éviter tout choc culturel.

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Un mécanisme d’écoute et de gestion des griefs sur mesure

Pour répondre à ces doléances et prévenir les blocages, le projet approuve le déploiement un Mécanisme de Gestion des Plaintes (MGP) structuré en quatre niveaux, allant du Comité de Proximité au village (CPVQ) jusqu’au niveau national à la SIRAT. L’objectif affiché est d’apporter une réponse aux réclamations non sensibles dans des délais stricts variant de 3 à 30 jours ouvrés.

Parallèlement, pour faire face aux risques liés à l’afflux de travailleurs extérieurs, un canal confidentiel entièrement étanche est dédié aux signalements d’Exploitation et Abus Sexuels (EAS), de Harcèlement Sexuel (HS) et de Violences Basées sur le Genre (VBG). Relié directement aux centres de prise en charge et aux services sociaux locaux, ce dispositif vise à protéger la dignité des femmes et des jeunes filles riveraines tout au long des quatre à cinq années que couvrira le cycle global de réalisation et de suivi du projet.

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