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Au Bénin, la tuberculose bovine coûterait près de 1,5 milliard de FCFA par an à la filière laitière

Santé animale, La Marina BJ Au Bénin, la tuberculose bovine ne constitue pas uniquement une menace pour la santé publique, mais inflige également un préjudice économique considérable au secteur agricole. Publiée le 12 septembre 2026 dans la revue scientifique internationale One Health, une vaste étude pluridisciplinaire menée au cœur du quatrième Pôle de Développement Agricole du Bénin (PDA4) énumère les failles de prévention, les blocages vétérinaires et les contraintes financières qui pèsent sur le pastoralisme béninois.

Conduite par une équipe d’enseignants-chercheurs et d’experts en santé animale dirigée par le Dr Nongande Pioulasse Bernice Houecande , cette enquête a passé au crible ce territoire qui regroupe des communes des départements du Borgou, de la Donga, des Collines et du Zou, et qui abrite plus de 34 % du cheptel national. Alors que le pays cherche à consolider sa souveraineté alimentaire, la maladie agit comme un frein structurel à la productivité et à la rentabilité des exploitations. En savoir plus.

Selon les données de la Direction des Statistiques Agricoles (DSA) du Bénin, citées en introduction de l’étude, la tuberculose bovine entraînerait des pertes estimées à environ 2,5 millions de dollars US par an pour le secteur laitier béninois, soit près de 1,5 milliard de francs CFA, une baisse de valeur ajoutée liée à la diminution de la production laitière des vaches infectées, à l’accroissement de la mortalité animale et aux restrictions sur le commerce. Toujours selon ces mêmes données rapportées par notre journaliste contributeur Gabin Tovonon, le traitement d’une seule tête atteinte s’élèverait à environ 120 dollars (près de 72 000 FCFA), une somme qui représente l’équivalent de près de trois mois de revenus pour les petites exploitations familiales. Ce chiffre de contexte, s’il n’est pas issu de l’enquête de terrain proprement dite, éclaire directement ce que celle-ci est allée mesurer, comment les acteurs de la filière perçoivent et gèrent, au quotidien, ce risque à la fois sanitaire et financier.

L’une des conclusions centrales de cette enquête, menée auprès de 211 éleveurs, vétérinaires et bouchers du PDA4, réside dans la dissociation entre le niveau d’information et les comportements préventifs. Chez les éleveurs, majoritairement issus de la communauté peule et peu scolarisés (76,2 % sans instruction formelle), le score global de connaissances scientifiques de la maladie reste faible (41,6 %). Bien que la maladie soit identifiée par des symptômes physiques sous des noms peuls comme Èrè ou Tokotoko, son caractère zoonotique demeure flou pour beaucoup. Plus révélateur encore , l’analyse statistique ne montre aucun lien significatif entre le niveau de connaissance et l’adoption de pratiques préventives.

La consommation de lait cru non bouilli, le recours prioritaire aux plantes médicinales avant l’appel au vétérinaire, ou la vente et l’abattage informels d’animaux malades restent largement répandus. Les chercheurs, à travers leurs entretiens qualitatifs, y voient moins une négligence délibérée qu’un ensemble de stratégies dictées par des contraintes économiques réelles, près de la moitié des éleveurs enquêtés déclarant un revenu mensuel instable et par des traditions pastorales profondément ancrées.

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Les failles de l’interface environnementale

Sur la chaîne de réponse sanitaire, le corps vétérinaire affiche lui aussi un profil paradoxal. Bien qu’il détienne le niveau de connaissance théorique le plus élevé du panel enquêté (80 %), ses scores d’attitudes préventives et de pratiques restent décevants (42,2 % et 44,8 % respectivement), avec une corrélation négative entre savoir et attitude. Les auteurs y lisent moins un désengagement professionnel qu’un réalisme né de la confrontation quotidienne aux contraintes logistiques et au manque de soutien institutionnel dans le suivi sanitaire en zone pastorale. Ce blocage est amplifié par des vulnérabilités environnementales : 71 % des éleveurs interrogés utilisent les rivières et points d’eau naturels pour abreuver leur bétail. En saison sèche, la raréfaction de la ressource concentre plusieurs troupeaux autour des mêmes points d’eau, transformant ces lieux en foyers potentiels de contamination inter-troupeaux.

Face à ces constatations, les auteurs préconisent d’abandonner les approches de sensibilisation purement descendantes au profit de stratégies adaptées aux réalités socioculturelles, intégrant les acteurs locaux et les radios communautaires dans le cadre d’un modèle One Health (Une seule santé). Les chercheurs invitent toutefois à interpréter ces résultats à la lumière des limites de l’étude, notamment son devis transversal ne permettant pas d’établir de lien de causalité stricte et la taille réduite de l’échantillon de bouchers interrogés (11 personnes).

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