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Des chercheurs béninois appellent à réguler les mobilités agricoles

Sécurité alimentaire, La Marina BJ Une étude économétrique menée par trois universitaires de Parakou met en lumière les effets ambivalents de la migration sur la sécurité alimentaire en milieu rural. Si le départ d’un premier membre soulage le foyer, la multiplication des départs au sein d’un même ménage tend à accroître les risques d’insécurité alimentaire.

Dans les campagnes béninoises, la migration agricole s’impose largement comme une stratégie d’adaptation face aux chocs environnementaux et économiques. Pourtant, une étude conduite par Ichaou Mounirou, Mahuna Nicanor Sinhou et Josué Rémi Rodrigue Kpogle, enseignants-chercheurs à l’Université de Parakou, invite à porter un regard plus nuancé sur ce phénomène. En s’appuyant sur des données primaires recueillies auprès de 704 ménages ruraux répartis dans les huit zones agroécologiques du Bénin, les auteurs analysent l’impact de ces mobilités sur l’accès et la disponibilité alimentaires des foyers d’origine. Leur constat, selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Noé William HOUNKANRIN, appelle à un encadrement politique des flux pour en maximiser les bénéfices et en atténuer les vulnérabilités.

L’enquête confirme que la mobilité est ancrée dans les pratiques; 71 % des ménages comptent au moins un migrant, principalement engagé dans des déplacements saisonniers de 4 à 7 mois (69 %) vers d’autres zones rurales (51 %). Les aléas climatiques constituent le premier motif cité (44 %), devant les raisons économiques (23 %). Sur le plan économétrique, le modèle probit ordonné simultané révèle un effet de seuil remarquable. La présence d’au moins un migrant dans le foyer réduit de façon significative l’adoption de stratégies alimentaires négatives (coefficient = -0,45). En revanche, lorsque le nombre de migrants augmente au sein du ménage, le risque d’insécurité alimentaire s’accroît (coefficient = 0,50), ce qui pourrait être compatible avec l’hypothèse d’une réduction de la main-d’œuvre disponible durant les périodes critiques de production.

L’effet limité des remises financières

L’autre résultat marquant concerne les transferts financiers issus de la migration. L’analyse montre que les remises migratoires ne présentent aucun effet statistiquement significatif sur l’accès des ménages à une nourriture suffisante. Les auteurs suggèrent que ces ressources monétaires sont soit insuffisantes, soit réorientées vers d’autres postes de dépenses prioritaires comme la santé, le logement ou l’éducation. Par ailleurs, plus la destination du migrant s’éloigne du ménage d’origine, plus la capacité à satisfaire les besoins alimentaires quotidiens tend à diminuer, possiblement en raison de coûts de transfert élevés ou d’une baisse de l’aide apportée.

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Face à ces constats, l’équipe de recherche préconise d’articuler plus étroitement les politiques de développement rural et de gestion migratoire. Les résultats indiquent notamment que les dépenses alimentaires et l’adoption d’innovations agricoles améliorent significativement la disponibilité alimentaire (coefficients de 0,003 et 0,19). Les universitaires recommandent ainsi de renforcer les investissements dans l’agriculture locale et de mieux canaliser les transferts financiers. Les auteurs rappellent toutefois la portée causale restreinte de ces conclusions, établies sur des données observationnelles transversales. Des risques d’endogénéité ou de causalité inverse ( un ménage déjà vulnérable étant plus enclin à envoyer ses membres en migration ) nécessiteront des études longitudinales futures pour consolider ces résultats.

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