Gouvernance, La Marina BJ — Trois ans après la refonte de 2023, le cadre d’attributions, d’organisation et de fonctionnement (AOF) du ministère des Affaires étrangères fait l’objet d’un réajustement de fond. Entre restructuration de la diplomatie économique, autonomisation de la prospective stratégique, formalisation d’une doctrine protocolaire et redéploiement des relais locaux, la nouvelle disposition réglementaire, consultée par La Marina BJ, redistribue les cartes administratives pour offrir une chaîne de commandement plus lisible et resserrée.
Le visage institutionnel de la diplomatie béninoise s’offre une mise à jour d’envergure. En abrogeant le décret n° 2023-508 du 11 octobre 2023, la nouvelle architecture fixée par le gouvernement réordonne les flux de travail et les compétences au sein du département des Affaires étrangères piloté depuis le 26 mai 2026 par la ministre Corinne Amori Brunet. Cette réorganisation ne relève pas d’une simple mise en conformité réglementaire mais consacre une volonté de rationaliser le sommet de la pyramide administrative tout en renforçant l’efficacité opérationnelle des directions techniques et l’ancrage de la diplomatie sur le territoire national.
Une diplomatie économique réintégrée
La mutation la plus apparente du nouvel AOF (décret n° 2026-383) réside dans la simplification de l’appareil exécutif central et la redéfinition du pilotage économique. Alors que le schéma de 2023 de l’ex-ministre des Affaires étrangères Olushegun Bakari s’appuyait sur une Direction générale de l’Attractivité et de la Diplomatie économique distincte, le dispositif adopté début juillet dernier et signé par le président de la République SEM Romuald Wadagni et la nouvelle ministre des Affaires étrangères intègre directement ce portefeuille au cœur des affaires politiques.
C’est désormais la Direction générale des Relations extérieures qui reprend sous sa coupe la promotion des intérêts économiques, commerciaux et touristiques du Bénin, notamment à travers la création d’un Département de la Diplomatie économique et des Partenariats stratégiques. Parallèlement, et comme c’est le cas désormais dans tous les ministères depuis l’arrivée du nouveau régime, l’exécutif simplifie sa chaîne de coordination administrative au Secrétariat général; la fonction de Secrétaire général adjoint est supprimée, laissant au seul Secrétaire général la pleine conduite administrative des directions.
Le virage de la prospective
Autre évolution notable par rapport à la mouture de 2023 c’est le repositionnement institutionnel de la veille stratégique. Autrefois confinée au rang de simple Cellule d’appui et d’analyse stratégique rattachée directement au Cabinet du ministre, la prospective accède désormais au rang de direction technique de plein exercice sous le nom de Direction de l’Analyse stratégique et de la Politique internationale. Placé sous l’autorité d’un directeur assisté d’un adjoint, ce service est officiellement investi de la mission d’étudier les grandes évolutions géopolitiques mondiales et de dégager leurs implications directes sur la politique étrangère du Bénin, conférant ainsi un ancrage institutionnel permanent à l’intelligence diplomatique.
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Sur le plan de l’explication procédurale et du maillage local, le texte adopté en Conseil des ministres le 1er juillet 2026 apporte deux innovations structurales majeures. D’une part, la Direction générale du Protocole d’État et des Conférences voit ses attributions élargies pour ne plus se limiter à la seule logistique des cérémonies et réceptions officielles. Cette dernière se voit formellement confier l’élaboration et l’actualisation d’une véritable « doctrine protocolaire de l’État ». D’autre part, la déconcentration du ministère fait sa mue. Les anciens « Bureaux départementaux » installés auprès des préfectures cèdent la place aux « Bureaux territoriaux des Affaires étrangères ». En plus de cette requalification, le mode de désignation de leurs animateurs gagne en souplesse. Les conseillers diplomatiques territoriaux, qui autrefois devaient être nommés par décret pris en Conseil des ministres, relèvent désormais d’un arrêté direct du ministre des Affaires étrangères, accélérant ainsi le déploiement de l’expertise diplomatique au service du développement local.
À l’échelle du fonctionnement institutionnel, cette refonte réglementaire traduit davantage la volonté de l’exécutif actuel de doter le pays d’un outil d’action extérieure plus réactif et en phase avec ses ambitions géopolitiques. En agençant au sein d’un même cadre fonctionnel le pilotage économique, la rigueur prospective et l’ancrage territorial, le chef de l’État modernise son appareil d’État pour assurer la continuité administrative et la lisibilité de la parole du gouvernement sur la scène internationale.
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