Investissement, La Marina BJ — Dans son rapport 2026 sur le climat des investissements au Bénin (2026 Benin Investment Climate Statement), le Département d’État américain dresse un bilan nuancé de l’économie béninoise. Entre une croissance soutenue à 7,3 %, l’accélération industrielle de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) et la publication régulière de rapports budgétaires, les États-Unis saluent les réformes engagées par le gouvernement béninois. Toutefois, Washington pointe des vulnérabilités persistantes comme la gestion des litiges commerciaux internationaux, la corruption, la sécurité dans le nord du pays et le poids de l’économie informelle. Décryptage.
Le Département d’État américain a récemment rendu publique son évaluation annuelle de l’environnement des affaires au Bénin pour 2026. Rédigé à l’attention des investisseurs internationaux et des décideurs économiques, ce document de cadrage passe au crible les performances macroéconomiques, la gouvernance financière, le cadre juridique et les facteurs de risque politique. L’analyse décrit un pays en pleine mutation industrielle et logistique, mais confronté aux exigences de prévisibilité juridique et de sécurité territoriale dont dépend l’arrivée durable des capitaux étrangers.
Sur le plan économique, le rapport souligne la résilience de la croissance béninoise, qui a atteint 7,3 % en 2025, tirée par les grands travaux d’infrastructures et la montée en puissance de la GDIZ. Ce pôle de 1 640 hectares est présenté comme le cœur de la stratégie nationale de transformation locale des produits agricoles (coton, cajou, soja, ananas). Le document salue également la numérisation des procédures de création d’entreprises, qui permet d’immatriculer une société en deux heures. Dans le secteur financier, le taux de créances douteuses s’établit à 4,3 % en septembre 2025. Côté entreprises publiques, le rapport en recense 25 au 31 décembre 2024 et relève que, pour les 21 dont les données étaient disponibles, le chiffre d’affaires cumulé atteint 704,1 milliards de FCFA. Il note toutefois que la publication des engagements conditionnels de l’État reste incomplète.
Selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Noé William HOUNKANRIN, le rapport prend aussi acte de la prise de fonctions du président Romuald Wadagni en mai 2026, de la libération de 369 prisonniers en août et de ses visites aux dirigeants du Niger, du Burkina Faso et du Mali. D’après le document, des discussions sont en cours avec Niamey sur la réouverture de la frontière, importante pour les flux commerciaux depuis le port de Cotonou. Washington rappelle toutefois que la principale menace pour la stabilité des investissements réside dans l’activité des groupes armés extrémistes dans le nord. La capacité des autorités à contenir ce risque tout en poursuivant les réformes sera, selon le Département d’État, un indicateur clé de la confiance des investisseurs.
Le dossier SGS parmi les réserves
Malgré ces avancées, le gouvernement américain formule plusieurs avertissements. Le rapport met l’accent sur les faiblesses du système judiciaire : si l’indépendance de la justice est garantie par la Constitution, son effectivité est contestée, et la CRIET est critiquée pour son manque d’indépendance et un possible usage politique. La corruption est également citée comme un frein à l’investissement, en particulier dans les marchés publics, les douanes, la fiscalité et l’attribution de licences.
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Pour illustrer ces difficultés, le rapport revient sur le long contentieux opposant l’État béninois à la société suisse SGS au sujet d’un contrat de certification des valeurs en douane signé en décembre 2014. Engagée en 2017, la procédure arbitrale a donné lieu à une sentence finale rendue le 31 mars 2019. Malgré les recours engagés au sein de l’espace OHADA, la Cour d’appel de Paris a confirmé, le 11 janvier 2022, l’exequatur de cette sentence en France. SGS a ensuite poursuivi des procédures de saisie immobilière sur des biens appartenant à l’État béninois à Paris, pour le recouvrement d’une créance évaluée à plus de 8,12 millions d’euros au 25 juin 2020. Cette affaire illustre les enjeux liés à la reconnaissance et à l’exécution des sentences arbitrales internationales.
Par ailleurs, l’interdiction faite aux ressortissants étrangers de détenir directement un titre de propriété foncière, qui les contraint notamment à recourir à des baux de longue durée, jusqu’à 50 ans et non renouvelables dans certaines conditions, demeure une contrainte pour les investisseurs. À cela s’ajoute la prédominance du secteur informel, qui emploierait entre 80 et 90 % de la main-d’œuvre. Ces facteurs constituent, selon le document, des sources d’incertitude pour les acteurs économiques formels.
En somme, le rapport 2026 dessine un Bénin attractif sur le terrain industriel, mais appelé à offrir des garanties renforcées de sécurité juridique et territoriale. Pour le nouveau régime, l’enjeu sera de transformer ces éloges économiques en une confiance durable auprès des chancelleries et des investisseurs du monde entier.
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