Gouvernance, La Marina BJ – Rendu public en septembre 2026 par l’Autorité de Régulation des Marchés Publics (ARMP) soit neuf mois après l’atelier de validation du 26 décembre 2025, le rapport de synthèse de l’audit technique de la gestion budgétaire 2023 conclut à un taux de conformité de 91 % sur 512 marchés. Réalisé par le groupement BELMAG Sarl / EVEREST Expertises Associées, il relève des procédures bien tenues dans l’ensemble, mais aussi des délais peu respectés et des écarts marqués entre autorités contractantes.
Conduit selon le Référentiel ARMP 2025, cet audit indépendant a vérifié la régularité des acquisitions, la matérialité des livrables et la transparence des procédures d’attribution. Il porte sur 512 marchés (125,37 milliards de FCFA), sélectionnés parmi les 1 004 contrats passés en 2023 par 32 autorités contractantes, pour 214 milliards de FCFA. Les auditeurs retiennent un taux moyen de performance de 96,17 % en passation et de 93,16 % en exécution administrative. Ils notent toutefois des lenteurs dans la chaîne de validation et des disparités de résultats d’une autorité à l’autre.
Des acquis réels, des lourdeurs récurrentes
Sur les 512 marchés échantillonnés, 488 sont jugés auditables (95 %). Au final, 464 sont déclarés conformes au cadre fixé par la loi n°2020-26 du 29 septembre 2020 portant code des marchés publics. Parmi les acquis relevés figurent l’alignement des textes de création des organes de passation sur la réglementation, la clarté des dates de dépôt des plis, le respect des délais de préparation des offres et l’absence d’indices de collusion ou de conflits d’intérêts.
Les auditeurs relèvent aussi des insuffisances récurrentes. Elles concernent le défaut de traçabilité des réunions statutaires des Personnes Responsables des Marchés Publics (PRMP) et des Cellules de Contrôle (CCMP), l’absence des méthodes de sélection et des lignes d’imputation budgétaire dans les plans de passation, ainsi que celle des références SIGMAP dans plusieurs Dossiers d’Appel à Concurrence (DAC). La publicité des avis d’attribution définitive n’est pas toujours respectée.
Le point faible reste le respect des délais, noté à 65,06 %, soit la plus basse des notes de passation, et qualifié de « moyen ». Le rapport, consulté par La Marina BJ, signale des lenteurs dans l’évaluation des offres et la publication des résultats, des approbations intervenues hors délai et un contrôle a priori défaillant, des CCMP ayant validé des DAC comportant des insuffisances.
Huit autorités contractantes en retrait
La cartographie des performances partage les 32 autorités en deux groupes. Vingt-quatre atteignent 100 % de conformité, parmi lesquelles les ministères de l’Économie et des Finances, de l’Agriculture et de l’Énergie, des agences comme l’ANDF et l’ACISE, des sociétés d’État comme le Port Autonome de Cotonou, la SONEB et la SBEE, les universités d’Abomey-Calavi et de Parakou, ainsi que huit communes dont Parakou, Kandi, Dassa-Zoumè et Savè.
⚠️ Toute reproduction, même partielle de nos articles, sans mention explicite de la source lamarina.bj est strictement interdite et constitue une violation du droit d'auteur.
Les huit autres sont, par ordre décroissant, la municipalité de Cotonou (94,44 %), la commune de Lokossa (92,30 %), la municipalité de Porto-Novo (80,00 %), le Ministère du Cadre de Vie et des Transports (74,35 %), le Ministère de la Santé (66,66 %), la commune de Bohicon (52,94 %), le Centre des Œuvres Universitaires et Sociales d’Abomey-Calavi (38,46 %) et la commune d’Ifangni, dernière avec 0 % sur 11 marchés auditables. Le rapport de synthèse n’explique pas les causes de ce dernier résultat (À suivre dans notre prochaine édition).
À partir des tableaux du rapport, la moitié des 48 marchés non conformes, soit 24, sont des marchés non auditables, faute de pièces suffisantes. Ils se concentrent à Bohicon, au Ministère du Cadre de Vie et des Transports (MCVT), à la Santé, au COUS-AC et à la municipalité de Cotonou. Les auditeurs précisent d’ailleurs que les non-conformités s’apparentent davantage à des omissions documentaires qu’à une fraude systémique.
Le cap de la dématérialisation
Au-delà du contrôle formel des dossiers sur papier, l’audit a vérifié la matérialité des prestations, avec un taux de conformité de 89 % sur 361 marchés contrôlés. Les écarts ne traduisent pas des chantiers fictifs mais correspondent pour l’essentiel, d’après le rapport de synthèse, à des marchés encore en cours d’exécution, notamment au Ministère du Cadre de Vie et des Transports (2 marchés conformes sur 8), à la SONEB (9 sur 21) et à l’ANaTT (8 sur 13, avec un marché résilié). Deux marchés de fournitures de la SONEB n’ont pas pu être vérifiés. Le contrôle reste partiel, un seul marché vérifié pour le ministère de l’Agriculture, aucun pour celui de l’Énergie.
Les auditeurs jugent le système « mature, transparent et résilient », avec un taux moyen de 94,66 %. Pour résorber les zones d’ombre, ils recommandent l’application des décrets de 2025 sur la numérisation des phases de planification, de passation et de contrôle, ainsi que sur la sécurité des documents numérisés. Ils préconisent aussi le suivi informatisé des délais, l’archivage électronique et la publication systématique des avis et décisions d’attribution. À leurs yeux, ces mesures sont les conditions d’une transparence accrue et d’une véritable culture de la redevabilité.
Restez connectés à l’actualité en temps réel en rejoignant notre chaîne WhatsApp pour ne rien manquer : actus exclusives, alertes, et bien plus encore.