Culture, La Marina BJ – Le 03 février 2026, la promulgation de la Loi nº 2026-01 a marqué l’acte de naissance d’une véritable filière industrielle au Bénin. En balayant des textes vieux de soixante ans, l’exécutif béninois installe un cadre ultra-moderne qui veut faire du septième art un levier de croissance économique tout en protégeant son identité nationale. Décryptage d’une réforme qui bouscule les lignes.
Longtemps resté dans l’ombre de ses voisins nigérian et ivoirien, le cinéma béninois vient de se doter d’une arme de construction massive. La nouvelle loi portant industrie du cinéma et de l’image animée n’est pas qu’une simple mise à jour technique, c’est une stratégie de rupture. Entre incitations fiscales agressives et régulation éthique, le Bénin tente un pari audacieux : devenir le nouveau hub de l’image en Afrique de l’Ouest.
L’attractivité financière comme carburant
Le premier pilier de ce « big bang » est économique. Pour attirer les productions internationales et stimuler l’investissement local, l’État actionne deux leviers majeurs. D’une part, la création d’un Fonds de soutien au développement du cinéma, conçu comme un compte d’affectation spéciale. Ce fonds ne se contente pas de subventionner la création ; il accompagne toute la chaîne de valeur, de l’écriture à la modernisation des salles de spectacle.
D’autre part, la loi introduit un avantage compétitif de taille à savoir l’exonération des droits de douane pour le matériel de tournage et de postproduction. En réduisant drastiquement les coûts d’entrée pour les techniciens et les producteurs, le Bénin espère transformer son territoire en un plateau de tournage géant et compétitif.
Un cadre de régulation de « poigne »
Mais cette ouverture au marché ne se fait pas à n’importe quel prix. La loi 2026-01 est une loi de souveraineté. Elle sanctuarise le patrimoine national par la création de la Cinémathèque nationale, chargée de collecter et de restaurer les images d’intérêt historique. La protection des talents locaux est également au cœur du texte. Selon notre spécialiste à la rédaction, « l’instauration d’une carte professionnelle obligatoire vise à sortir les métiers de l’image de l’informel. » Désormais, tout producteur étranger ou national devra prioritairement solliciter les professionnels béninois reconnus par l’État. C’est une reconnaissance statutaire sans précédent pour les acteurs, réalisateurs et techniciens du pays.
Pour garantir la qualité et l’éthique des contenus, le législateur a durci les règles du jeu. La diffusion d’œuvres est désormais conditionnée à l’obtention d’un visa d’exploitation, outil de régulation visant notamment à protéger les mineurs contre les contenus inadaptés. La sécurité juridique des investissements est, elle aussi, renforcée par la mise en place d’un Registre public de la cinématographie. Ce registre permet l’immatriculation des œuvres et l’inscription des contrats, offrant ainsi aux institutions financières les garanties nécessaires pour prêter aux producteurs.
Si le cadre législatif est aujourd’hui complet, le succès de ce « big bang » dépendra de sa mise en œuvre. Avec un régime de sanctions allant de fortes amendes à des peines de prison pour les contrevenants (notamment pour les tournages sans autorisation), l’État affiche sa fermeté. Le Bénin ne se contente plus de rêver de cinéma ; il l’organise, le finance et le protège. Dans un continent où le soft power passe de plus en plus par l’écran, Cotonou vient de poser les rails d’une industrie qui entend bien faire entendre sa voix, bien au-delà de ses frontières.
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