Marchés financiers, La Marina BJ – Sur le marché financier régional, les investisseurs béninois ont sorti l’artillerie lourde lors de la première semaine de mars. Pourtant, malgré une offre dépassant les 180 milliards de FCFA, les Trésors publics n’ont mordu à l’hameçon qu’à hauteur de 8,6 milliards. Décryptage d’un bras de fer silencieux entre banquiers surliquides et États sourcilleux sur le coût de leur dette.
L’état de la liquidité au sein de l’espace UMOA ne trompe pas. Au cours des adjudications successives tenues entre le 3 et le 6 mars 2026, la place financière de Cotonou a affiché un appétit féroce, mobilisant pas moins de 180,065 milliards de FCFA d’intentions de financement. Mais dans cet océan de liquidités, le filet des émetteurs est resté étonnamment sélectif : seuls 8,674 milliards de FCFA ont été effectivement retenus.
La douche froide nationale
Le spectacle le plus frappant s’est joué à domicile, le 5 mars 2026. Le Trésor béninois, en quête de 30 milliards de FCFA, a vu les banques locales lui proposer la bagatelle de 103,517 milliards (LMBJ du 05/03/2025) . Une preuve de confiance, certes, mais surtout le signe d’un secteur bancaire qui déborde de liquidités.
Pourtant, la Direction générale du Trésor n’a validé que 4,755 milliards provenant de ses propres investisseurs, et ce, exclusivement sur la maturité de 91 jours. Sur le segment de 182 jours, malgré 39,8 milliards mis sur la table, l’État a préféré faire l’impasse totale. Pour notre spécialiste à la rédaction, « L’État béninois refuse de voir ses taux s’envoler au-delà de 5,13 %, même face à une telle abondance. »
Le Togo en profite, le Mali reste prudent
Faute de pouvoir placer leurs ressources sur le marché domestique, les investisseurs béninois ont tenté des incursions chez leurs voisins. Le Togo a été la cible privilégiée lors de la séance du 6 mars 2026, avec 47,975 milliards de propositions pour 20 milliards mis en adjudication. Là encore, la discipline budgétaire a prévalu : Lomé n’a capté que 3,207 milliards de l’épargne béninoise, se concentrant majoritairement sur les obligations à 3 ans rémunérées à 7,18 %.
Plus tôt dans la semaine, le 4 mars 2026, du côté de Bamako, la prudence a été encore plus marquée. Sur les 28,573 milliards proposés par les investisseurs béninois sur les Bons du Trésor maliens à 364 jours, seuls 712 millions ont été retenus. Une sélectivité qui s’explique par la volonté du Mali de contenir son coût moyen pondéré à 6,65 % sur le court terme.
Plus surprenant encore, le géant ivoirien, qui a ouvert le bal le 3 mars 2026, a été le grand oublié de cette offensive béninoise. Alors que la Côte d’Ivoire sollicitait le marché pour 60 milliards de FCFA, les investisseurs basés au Bénin n’ont formulé aucune offre. Un arbitrage géographique qui interroge, alors que les titres ivoiriens offraient pourtant des rendements stables autour de 7 %. Est-ce une réponse au Trésor ivoirien ? Ce dernier avait en effet refusé l’intégralité des 2 milliards proposés par les investisseurs béninois sur son OAT à 3 ans, le 24 février dernier.
Un nouveau rapport de force
Cette semaine d’activité met en exergue un nouveau paradigme. Les investisseurs béninois, bien que dotés d’une puissance de frappe impressionnante, se heurtent à des États qui ont repris la main sur le calendrier et les conditions de taux. Avec des taux de couverture globaux frôlant parfois les 800 %, les Trésors publics ne sont plus aux abois.
Pour les banquiers de la place de Cotonou, le défi est désormais de trouver un débouché pour ces 171 milliards de FCFA rejetés, dans un marché où la qualité de la signature prime désormais sur la quantité de l’offre. Ces débouchés pourraient se trouver dans les prochaines émissions du marché régional avec le Sénégal qui compte lever 50 milliards de FCFA le 9 mars, suivi de la Guinée-Bissau (20 milliards le 10 mars) et du Burkina Faso (60 milliards le 11 mars).
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