Politique, La Marina BJ — À peine les grandes tendances de la CENA publiées, le désormais président élu du Bénin, Romuald Wadagni, s’attèle déjà à une tâche plus complexe que la conquête des urnes : la mue d’un plébiscite électoral en un projet de cohésion sociale. Entre héritage assumé et promesse d’inclusivité, le Grand Argentier de Patrice Talon pose les jalons de ce qu’il nomme le « consensus national ».
C’est une victoire qui, par son ampleur (94,05 %), aurait pu susciter l’arrogance. Pourtant, c’est une tout autre partition que Romuald Wadagni a choisi de jouer dès sa première adresse post-électorale. Exit le triomphalisme, place à « l’humilité ». Pour celui qui s’apprête à inaugurer le premier mandat de sept ans de l’histoire du pays, ce score n’est pas une fin en soi, mais un outil politique destiné à cimenter une nation en quête de stabilité.
Le « Consensus » contre le clivage
Dans les chancelleries comme dans les rédactions internationales, les chiffres fleuves interrogent souvent. Mais à Cotonou, le camp du président élu Romuald Wadagni a déjà préparé la parade sémantique. Ce score n’est pas le signe d’un désert politique, mais celui d’un « besoin d’unité nationale face aux défis qui sont les nôtres ».
En intégrant dans ses remerciements les centrales syndicales et la diaspora, le chef de l’État élu tente de transformer une élection de continuité en un « pacte national » de rupture par la forme. Le message est limpide : le septennat sera celui de l’apaisement ou ne sera pas. Cette posture est d’ailleurs confortée par le fair-play inédit de son challenger, Paul Hounkpè, dont les félicitations précoces offrent à cette victoire une onction républicaine que même les observateurs de la CEDEAO n’ont pas manqué de saluer.
Le défi de 2033
Si Romuald Wadagni rend un hommage appuyé aux « bases solides » posées par son prédécesseur, il n’en oublie pas de marquer son propre territoire dans son dernier message. Il confirme, comme il l’a maintes fois fait pendant la campagne électorale, que l’enjeu de ce septennat sera de conjuguer la rigueur de la méthode Talon avec une modernité qui « garantit le bien-être à ses enfants ».
En d’autres termes, il s’agit de passer de la reconstruction structurelle du pays à la redistribution sociale. Ce virage, attendu par une partie de la population, est le véritable contrat qui lie désormais le président élu à ses concitoyens. Le futur chef de l’État, Romuald Wadagni, sait que sa légitimité, bien que validée par les urnes et certifiée par la CEDEAO, se jouera sur sa capacité à transformer ce « consensus » de papier en réalités tangibles pour « chaque enfant du pays, quelle que soit sa condition ».
En fixant le cap sur l’unité, Romuald Wadagni s’offre un blanc-seing pour mener des réformes de fond sur le temps long. Le septennat lui permet d’échapper à la dictature de l’urgence électorale immédiate pour se concentrer sur la structure. Mais le plus grand défi du prochain locataire de la Marina reste celui de l’inclusivité. Pour que le pacte national survive à la lune de miel électorale, il devra maintenir ouverte la porte du dialogue avec toutes les forces vives, y compris celles qui ont boudé les urnes. Au Bénin, une nouvelle ère s’apprête à s’ouvrir : celle d’une technocratie qui se veut désormais politique, et d’un pouvoir qui cherche, par le haut, à recréer du lien social.
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