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Bénin : le déficit de financement, un obstacle majeur pour 36 % des grandes entreprises selon le RAEE 2025

Économie, La Marina BJ On les imaginait à l’abri. Dotées de bilans comptables audités, de relations bancaires établies et de garanties réelles suffisantes, les grandes entreprises béninoises semblaient, dans l’imaginaire collectif du secteur privé, épargnées par la lancinante question du financement. Le Rapport Annuel sur l’Environnement de Compétitivité des Entreprises (RAEE 2025), consulté par La Marina BJ, vient fracturer cette certitude.

Avec 36,2 % des grandes entreprises déclarant le déficit de financement comme un obstacle majeur à leurs activités, proportion supérieure à celle enregistrée chez les microentreprises (25,9 %), les petites (23,5 %) et les moyennes (20,6 %), c’est toute la lecture convenue de l’accès au crédit au Bénin qu’il faut réviser.

La logique économique classique voudrait que la contrainte de financement décroisse à mesure que la taille de l’entreprise augmente. Une grande structure dispose, en théorie, d’actifs mobilisables en garantie, d’un historique de crédit documenté et d’une capacité de négociation avec les établissements bancaires que n’ont pas les petits opérateurs. Le marché bancaire béninois, comme l’ensemble de l’espace UEMOA, obéit pourtant à une logique différente. Les grandes entreprises béninoises sont proportionnellement les plus nombreuses à qualifier le financement d’obstacle majeur.

Les conditions du crédit, au cœur du problème

Le RAEE 2025 n’évalue pas seulement l’accès au crédit en termes binaires, obtenu ou non. Il interroge les entreprises sur quatre dimensions complémentaires : la disponibilité effective du crédit, les garanties exigées pour emprunter, le niveau des taux d’intérêt, et la capacité de l’entreprise à se financer sur fonds propres. Ce sont ces quatre indicateurs qui alimentent le sous-indice « financement » du rapport, lequel ressort à 65,5 sur 100 à l’échelle nationale, un score classé « favorable » selon la grille d’interprétation retenue, mais dont la lecture agrégée masque des réalités individuelles nettement plus contraignantes.

Car derrière la moyenne se cache une dispersion significative : l’écart-type de 26,4 points sur ce sous-indice est le deuxième plus élevé après celui du commerce extérieur. Autrement dit, les expériences de financement varient considérablement d’une entreprise à l’autre, selon le secteur, la localisation, la taille et probablement les relations entretenues avec les établissements prêteurs. Cette hétérogénéité structurelle est en elle-même révélatrice d’un marché du crédit segmenté, où l’accès au financement reste davantage tributaire de facteurs relationnels et patrimoniaux que de critères purement économiques.

Selon l’analyse d’un de nos spécialistes à la rédaction, dans l’espace UEMOA, les taux d’intérêt pratiqués par les banques commerciales oscillent généralement entre 7 % et 14 % selon les profils d’emprunteurs et les maturités. Ces niveaux, rapportés aux marges opérationnelles de secteurs comme le commerce ou les services, peuvent rendre l’emprunt bancaire structurellement non rentable pour nombre d’opérateurs, même formellement constitués. La question des garanties est tout aussi déterminante : les établissements bancaires de la zone exigent couramment des nantissements immobiliers ou des cautions personnelles dont beaucoup d’entrepreneurs ne disposent pas, quelle que soit la solidité économique de leur activité.

L’exception géographique

L’analyse par département du rapport réserve une surprise que le rapport documente sans véritablement l’expliquer. Le Borgou, département du nord souvent perçu comme moins intégré aux circuits financiers formels, affiche un sous-indice de financement de 61,6 %, tandis que l’Atlantique, département du grand Sud pourtant plus proche de la capitale économique, ne score qu’à 56,2 %. Le Littoral, qui concentre l’essentiel des sièges bancaires du pays, obtient le meilleur score avec 67,2 %, et l’Ouémé s’établit à 62,6 %.

Le cas du Borgou mérite attention. Il suggère que la perception favorable du financement dans ce département pourrait être liée à une moindre exposition aux besoins de financement sophistiqué : les entreprises du nord, en général plus petites et moins capitalistiques, pourraient exprimer une satisfaction relative à partir de besoins structurellement moins élevés. Selon l’analyse de notre spécialiste à la rédaction, une interprétation alternative pointerait vers l’action de certains dispositifs de microfinance ou de financement agricole actifs dans la région. Quoi qu’il en soit, l’écart avec l’Atlantique invite à une analyse territoriale plus fine des circuits de financement au Bénin.

Des dispositifs insuffisants face à l’ampleur du besoin

Le RAEE 2025 formule des recommandations précises en matière de financement. Il appelle à renforcer les mécanismes de garantie de crédit, à développer des lignes de financement spécialisées pour les micro, petites et moyennes entreprises, et à consolider les dispositifs de microfinance en s’appuyant notamment sur l’Agence de Développement des Petites et Moyennes Entreprises (ADPME) et l’Agence de Promotion des Investissements et des Exportations (APIEx). Ces structures existent. Leur efficacité opérationnelle et leur capacité à irriguer réellement le tissu productif restent cependant sujettes à débat dans les cercles économiques.

Ce que révèle in fine le RAEE 2025 sur la question du financement, c’est moins un dysfonctionnement isolé qu’une inadéquation structurelle entre l’offre de crédit disponible et les besoins réels du tissu productif béninois dans sa diversité. Les grandes entreprises peinent à trouver des financements à la hauteur de leurs ambitions d’investissement. Les petites et moyennes structures se heurtent aux exigences de garantie et aux taux prohibitifs. Les microentreprises, quant à elles, restent pour la plupart en dehors du circuit bancaire formel, dépendantes de tontines, de crédits familiaux ou de fournisseurs consentants.

Tant que cette inadéquation persistera, la promesse d’un secteur privé moteur de la croissance restera partiellement hypothéquée. Car à quoi sert un environnement des affaires « assez favorable », tel que le qualifie le RAEE 2025 avec son score global de 55,3 sur 100, si le carburant qui doit faire tourner les moteurs de l’économie reste rationné ?

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