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Économie numérique : le marché postal béninois franchit la barre des 12,8 milliards de FCFA

Business, La Marina BJDans un contexte mondial où le courrier traditionnel recule sous la pression du numérique, le secteur postal béninois affiche en 2025 une résilience remarquable. Selon le rapport annuel 2025 de l’observatoire des postes de l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (ARCEP Bénin), le marché postal a généré 12,843 milliards de francs CFA de recettes globales au 31 décembre 2025, en progression de 5,08% par rapport à l’exercice précédent. Derrière cette performance d’ensemble se lisent des dynamiques contrastées : un courrier ordinaire en repli structurel, des colis et de l’express en plein essor, et des services financiers postaux qui s’imposent comme le véritable moteur de la valeur sectorielle.

Le volume total des envois postaux traités au Bénin a atteint 1 405 848 unités au 31 décembre 2025, contre 1 184 474 un an plus tôt, soit une progression de 18,69%. Cette croissance globale masque cependant des trajectoires radicalement différentes selon les segments. Les colis postaux enregistrent la progression la plus spectaculaire avec +53,18% sur l’exercice. Les courriers express suivent avec +56,55%, portés par l’essor du commerce électronique et la demande croissante de livraisons rapides dans un Bénin de plus en plus connecté. À l’opposé, les courriers ordinaires poursuivent leur déclin avec une baisse de 4,84%, reflet d’une tendance de fond : les administrations publiques et les entreprises migrent progressivement vers les communications numériques, réduisant mécaniquement leur recours au courrier papier.

Cette dichotomie entre segments en croissance et segments en recul dessine le visage d’un secteur postal en pleine mutation, contraint de réinventer son modèle économique pour survivre à la révolution numérique qui érode ses fondements historiques.

Cinq acteurs captent l’essentiel

Le marché postal béninois est animé par un opérateur désigné chargé du service postal universel qu’est La Poste du Bénin SA et dix-neuf opérateurs intervenant sur les segments non réservés. En pratique, la valeur du marché se concentre entre un nombre très restreint d’acteurs. Cinq opérateurs ont généré 98,78% de la valeur globale du marché en 2025. La Poste du Bénin SA domine avec 67,70% de parts de marché en valeur, loin devant DHL International Bénin SARL qui en capte 23,49%. Baobab Express (2,85%), Les Cars ATT (2,79%) et Top Chrono (1,95%) se partagent le reste du peloton de tête. Les autres opérateurs se contentent collectivement de 1,22% de la valeur totale.

Cette concentration est encore plus marquée sur le segment des services postaux stricto sensu — courriers et colis hors services financiers. Sur ce périmètre, qui représente 5,685 milliards FCFA, six opérateurs captent 99,80% de la valeur, avec une hiérarchie inversée : DHL prend la tête avec 53,08%, devançant La Poste du Bénin (28,94%), Baobab Express (6,28%), Les Cars ATT (5,75%), Top Chrono (4,40%) et Le Coursier SARL (1,35%).

Quand le Bénin reçoit plus qu’il n’expédie

Sur le volet international, 706 607 envois ont été traités en 2025, répartis entre expéditions et réceptions. Le déséquilibre est structurel : les opérateurs nationaux ont expédié 266 413 envois hors du territoire, soit 37,70% du trafic international, tandis qu’ils ont réceptionné 440 194 envois en provenance de l’étranger, représentant 62,30% du flux. Ce déséquilibre, caractéristique des économies importatrices nettes de biens physiques, se retrouve dans tous les segments. Le courrier ordinaire international, dominé exclusivement par La Poste du Bénin SA, affiche 610 475 unités, en hausse de 13,05%, constituant l’écrasante majorité (86,40%) du trafic international.

Sur le segment express international, DHL règne sans partage avec 92,15% du volume global, suivi de très loin par La Poste du Bénin (6,02%). Ce duopole de fait reflète la réalité structurelle du marché express international : la logistique transfrontalière rapide exige des réseaux mondiaux intégrés que les opérateurs locaux ne peuvent reproduire à court terme. Les colis postaux internationaux, en revanche, accusent un recul de 7,85% avec 21 009 unités traitées. Sur ce segment, La Poste du Bénin et DHL se partagent le leadership avec respectivement 50,86% et 45,15% du volume.

Quid du trafic intérieur

Sur le marché intérieur, 699 241 envois ont été traités en 2025 contre 544 930 en 2024, soit une progression de 28,3%. La hiérarchie entre segments y est sensiblement différente de celle observée à l’international. Les colis postaux intérieurs affichent une croissance de +60,79% pour atteindre 294 552 unités, portés par l’essor du commerce en ligne et la multiplication des plateformes de vente à distance. Les Cars ATT et Baobab Express dominent ce segment depuis plusieurs années avec des parts de marché respectives de 48,69% et 39,63%, suivis de La Poste du Bénin (6,8%), Top Chrono (3,11%) et Le Coursier (1,77%).

Le courrier express intérieur enregistre quant à lui la progression la plus spectaculaire de l’ensemble du tableau avec +81,20%, à 330 757 envois. Baobab Express y occupe la position de leader avec 48,87% de parts de marché en volume, devant Top Chrono (25,65%), La Poste du Bénin (13,37%), Les Cars ATT (7,34%) et Le Coursier (2,11%). À rebours de ces dynamiques positives, le courrier ordinaire intérieur s’effondre littéralement, passant de 179 187 envois en 2024 à 73 932 envois en 2025.

Le rapport de l’observatoire attribue sans ambiguïté cette chute à « la transition vers les communications numériques » et au fait que « les administrations utilisent de moins en moins de courriers papiers pour communiquer ». Une tendance que rien, dans les perspectives sectorielles, ne laisse entrevoir comme réversible.

Le vrai moteur

L’enseignement le plus significatif de ce rapport consulté par notre journaliste contributeur Hubert Sena pour le compte de La Marina BJ réside peut-être dans la structure des recettes du marché postal. Sur les 12,843 milliards FCFA générés en 2025, les services financiers postaux représentent 51,90% de la valeur totale, soit 6,665 milliards FCFA, en progression par rapport aux 6,393 milliards de 2024.

Cette part majoritaire des services financiers dans les recettes postales totales n’est pas une anomalie béninoise, elle reflète une réalité commune à de nombreux opérateurs postaux africains, dont La Poste constitue souvent le premier réseau de services financiers de proximité dans les zones mal desservies par les banques classiques. Comptes d’épargne, comptes chèques postaux, transferts d’argent : ces services constituent pour La Poste du Bénin SA une rente de position géographique que les opérateurs privés de courrier express ne peuvent concurrencer directement. Les services postaux stricto sensu — courriers et colis — représentent 44,27% des recettes, soit 5,685 milliards FCFA. Les services connexes et logistiques complètent le tableau avec 3,83%, une part certes modeste mais en progression, portée notamment par le service logistique qui passe de 24 millions FCFA en 2024 à 33 millions FCFA en 2025.

Les perspectives pour le secteur postal béninois en 2026 s’annoncent chargées sur le plan institutionnel. L’ARCEP a achevé en 2025, avec l’appui de l’Union Postale Universelle (UPU), l’élaboration d’un Document de Politique Sectorielle (DPS) pour le secteur postal — un exercice inédit qui trace les orientations stratégiques et les priorités pour un développement harmonieux du secteur. Ce document constituera en 2026 la base d’un avant-projet de loi postale, visant à mettre à jour le cadre juridique en vigueur pour l’aligner sur les évolutions récentes du secteur et tirer pleinement parti des opportunités offertes par le numérique. L’ARCEP entend également encadrer l’essor des services de livraison urbaine — portés par la croissance du e-commerce — à travers un mécanisme spécifique de formalisation et de surveillance garantissant qualité et fiabilité des services.

Le marché postal béninois de 2025 présente le visage d’un secteur qui a su résister là où d’autres ont décliné, en diversifiant ses sources de revenus vers les services financiers et en capitalisant sur l’essor des colis et de l’express. Mais cette résistance repose sur des fondations fragiles : un courrier ordinaire structurellement condamné, une concentration excessive de la valeur entre deux acteurs dominants, et une régulation encore en construction. La véritable réinvention du secteur postal béninois passera par sa capacité à s’intégrer pleinement dans l’écosystème numérique qui le bouscule, non plus comme un concurrent du digital, mais comme son complément physique indispensable, dans un pays où la livraison du dernier kilomètre reste un défi quotidien pour des millions de Béninois.

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