Marchés financiers, La Marina BJ – La dernière adjudication de Bons du Trésor organisée sous le régime de Patrice Talon s’est tenue le 14 mai 2026. Dans un marché en surchauffe avec des investisseurs Ivoiriens finançant l’essentiel de l’opération, le Trésor béninois a levé 22 milliards de FCFA à des conditions maîtrisées, refusant les trois quarts des offres reçues.
Le 14 mai 2026, à moins de deux semaines de la passation de pouvoir avec son successeur Romuald Wadagni, le Trésor béninois a conduit sa dernière adjudication de Bons du Trésor sous le régime sortant. Résultat : 22 milliards de FCFA levés sur le marché régional de l’UEMOA, dans des conditions que peu d’États de la zone peuvent s’offrir.
La solidité de la signature béninoise
La séance du 14 mai restera dans les annales comme une démonstration de confiance des investisseurs envers la signature souveraine béninoise. Le Trésor avait mis en adjudication 20 milliards de FCFA, répartis sur deux instruments à court terme : un Bon du Trésor à 91 jours, échéant le 13 août 2026, et un second à 182 jours, échéant le 12 novembre 2026. En réponse, les établissements financiers de la zone UEMOA ont soumis 95,673 milliards de FCFA, soit près de cinq fois le montant initialement recherché. Le taux de couverture global atteint 478,37%, un niveau qui traduit moins l’urgence des emprunteurs que l’abondance de liquidités en quête de placement sécurisé dans une zone où les titres souverains de qualité font prime. En clair, le marché voulait du Bénin, massivement.
Face à cet afflux, le Trésor béninois a exercé sa prérogative de sélectivité avec une rigueur certaine. Sur les 95 milliards proposés, seuls 22 milliards ont été retenus, soit un taux d’absorption global de 22,99%. Plus de 73 milliards de soumissions ont été purement et simplement rejetées, jugées sûrement trop coûteuses au regard des conditions que l’État béninois entendait s’imposer. Les conditions obtenues reflètent cette position de force. Selon les informations rapportées par notre journaliste contributeur Hubert Sena, sur le BAT à 91 jours, le taux marginal, c’est-à-dire le taux plafond accepté par le Trésor, s’est établi à 3,2499%, pour un taux moyen pondéré de 3,1784% et un rendement effectif de 3,20%. Sur le BAT à 182 jours, le taux marginal ressort à 3,4998%, le taux moyen pondéré à 3,4994% et le rendement à 3,56%.
Selon notre pool de spécialistes à la rédaction, l’écart de 36 points de base entre les deux maturités est dans la norme de la courbe des taux courts de la zone UEMOA : emprunter plus long coûte logiquement un peu plus cher, mais la prime reste modeste, signe que les investisseurs ne perçoivent pas de risque particulier à s’exposer au Bénin sur six mois plutôt que sur trois. D’après le pool, ces niveaux de taux, inférieurs à ceux que d’autres souverains de la zone doivent consentir pour des durées comparables, constituent en eux-mêmes un bilan, celui d’une décennie de gestion qui a, quoi qu’on en pense sur le plan politique, consolidé la crédibilité financière de l’État béninois sur les marchés régionaux.
Abidjanais, bailleur discret de la sortie de Talon
Le tableau de répartition géographique des soumissions constitue sans doute l’enseignement le plus structurant de cette adjudication. Sur les 22 milliards finalement retenus, les investisseurs domiciliés en Côte d’Ivoire en ont financé 13,530 milliards, soit 61,5% du total. Ceux du Bénin lui-même, avec 8,470 milliards retenus, ne couvre que 38,5% de sa propre levée.
Ce n’est pas une anomalie ponctuelle juge l’un de nos spécialistes à la rédaction mais c’est le reflet d’une structure de marché dans laquelle la place d’Abidjan, la plus profonde et la plus liquide de l’UEMOA, oriente massivement les flux vers les titres souverains sous-régionaux. Selon le compte rendu d’adjudication, les investisseurs ivoiriens ont proposé 26,075 milliards sur le BAT 91 jours et 22,020 milliards sur le BAT 182 jours, les montants les plus élevés de toutes les places participantes. Et leurs offres ont été soumises à des taux suffisamment compétitifs pour que le Trésor béninois les retienne en priorité.
Le Sénégal, autre place active de la zone, avait soumis 10 milliards sur le BAT semestriel. Aucune de ses offres n’a été retenue, vraisemblablement parce que les taux proposés dépassaient le seuil marginal accepté par le Trésor. Burkina Faso et Mali ont participé symboliquement, sans obtenir d’allocation. La prochaine adjudication, quelle qu’en soit la date, sera conduite sous le sceau d’un autre régime. Les marchés, eux, ne changent pas de gouvernement.
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