Votre portail vers l'information stratégique au Bénin, en Afrique et au-delà
Votre portail vers l'information stratégique au Bénin, en Afrique et au-delà

Bénin : À quoi s’attendre lors de la grande valse des charges du premier gouvernement du président Romuald Wadagni

Gouvernance, La Marina BJL’avènement du premier gouvernement du président Romuald Wadagni s’apprête à donner lieu à un ballet institutionnel d’une complexité inédite. Entre scissions de ministères régaliens, retours stratégiques et déboîtements de méga-portefeuilles, radiographie d’une séquence de passations de charges imminente qui redessinera l’architecture de l’État pour le premier septennat.

L’ambiance s’annonce lourde de symboles, d’inventaires et de poignées de mains protocolaires dans les cabinets ministériels de Cotonou. Au lendemain de la formation du premier gouvernement de l’ère Romuald Wadagni, les regards se tournent vers la traditionnelle, mais cruciale, séquence des passations de charges qui va s’ouvrir. Derrière le décorum républicain attendu se cache une restructuration majeure de l’appareil d’État. Si l’ossature Wadagni mise sur la continuité dans certains secteurs clés, elle va opérer un véritable choc de spécialisation dans d’autres, rompant avec l’hyper-concentration de la fin de l’ère Talon.

Pour certains ministres le club des « intouchables » de la continuité, la transition se fera sans déménagement ni grand bouleversement. Trois figures de proue vont conserver l’exact périmètre de leurs compétences. Yvon Détchénou restera solidement ancré au ministère de la Justice et de la Législation, tandis que Benoît K. M. Dato gardera la main sur les Sports désormais combiné à l’Engagement Civique. Au secteur de la Santé, Benjamin Ignace Bodounrin Hounkpatin sera également reconduit. Toutefois, son agenda de passation ne sera pas totalement vierge car il devra officiellement céder le portefeuille de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, dont il assurait l’intérim depuis février dernier, à la nouvelle titulaire Sèdami Médégan Fagla.

Les acrobates de la transition

Le grand jeu des chaises musicales va créer des situations rares au sommet de l’État lors des prochaines cérémonies. Le cas d’Olushegun Adjadi Bakari s’annonce, à cet égard, le plus emblématique. Quittant la diplomatie, il s’apprête à prendre la tête d’un super-ministère économique regroupant le Tourisme, le Commerce Extérieur, l’Industrie et la Promotion de l’Investissement Privé. L’homme fort de la diplomatie sortante devra ainsi se prêter à un double exercice en passant le témoin aux Affaires Étrangères à Madame Corinne Amori Brunet, tout en recevant ses nouveaux attributs des mains d’Alimatou Shadiya Assouman.

Cette dernière se retrouvera d’ailleurs au cœur du réacteur de cette transition. Recentrée sur le Commerce Intérieur et la Formalisation de l’Économie, Madame Assouman sera sans doute la ministre sortante la plus sollicitée des jours à venir. Elle devra gérer pas moins de trois transmissions distinctes en cédant l’Industrie et le Commerce extérieur à Olushegun Adjadi Bakari, mais aussi en transmettant le portefeuille de la Culture, des Arts et du Patrimoine au nouvel entrant Yassine Latoundji, qui héritera d’un secteur géré par intérim depuis le départ de Babalola Jean-Michel Abimbola au Parlement.

Fin des super-ministères

Le marqueur fort de cette réorganisation imminente est le démantèlement des ministères mammouths qui caractérisaient la fin du mandat précédent. José Didier Tonato, qui cumulait le Cadre de vie, les Transports, le Développement Durable, l’Eau, les Mines et l’Énergie, va quitter l’exécutif et verra son empire scindé en deux blocs distincts. D’un côté, Georges Alé reprendra le Cadre de vie et les Transports. De l’autre, on assistera au retour remarqué d’Édouard Dahomé, promu Ministre de l’Énergie, de l’Eau et des Mines à part entière. Cette double transmission de dossiers s’annonce déjà comme la plus technique et la plus longue du calendrier.

Un autre départ historique marquera cette transition avec le retrait de Gaston Cossi Dossouhoui. Après presque une décennie ininterrompue à façonner le secteur agricole béninois jusqu’à 2026, il passera le flambeau à Adin Yéton Bloukounon Goubalan lors d’une cérémonie qui s’annonce chargée d’émotion pour celui qui incarnait la stabilité de l’agriculture béninoise. Parallèlement, Véronique Tognifodé se verra recentrée exclusivement sur la Famille et l’Action Sociale. Elle cédera les Enseignements Secondaires qu’elle grait par défaut à Clément Kouchade, tandis que la Microfinance quittera son giron pour rejoindre la sphère purement financière du ministre délégué Nicolas Yenoussi.

La même logique de démembrement s’appliquera au ministère du Travail et de la Fonction Publique d’Adidjatou Mathys. Les dossiers de l’Emploi et de la Formation Professionnelle glisseront vers Awaou Baco, qui récupérera aussi les Petites et Moyennes Entreprises de Modeste Kérékou, alors que la Fonction Publique sera désormais adossée au Budget sous la coupe du ministre délégué Rodrigue Chaou. Ce choix traduit une volonté claire du président Romuald Wadagni d’arrimer la gestion des agents de l’État aux réalités budgétaires dès les premières minutes des passations.

Les cas particuliers

Au cœur de cette transition à venir, deux mouvements capteront l’attention des observateurs de la vie politique. D’une part, on notera la dissolution de la Coordination de l’action gouvernementale puisque Abdoulaye Bio Tchané quittera le gouvernement sans successeur direct, ses attributions devant être directement réabsorbées par la Présidence de la République. D’autre part, l’héritage de Romuald Wadagni s’avère particulièrement dense. Devenu chef de l’État, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances a divisé son ancien portefeuille entre quatre figures clés. Si Aristide Médenou prendra le pilotage global en tant que nouveau Ministre de l’Économie et des Finances chargé de la Coopération, la passation la plus scrutée par les marchés financiers sera celle vers Hugues Oscar Lokossou, futur Ministre délégué chargé de la Mobilisation des Ressources Extérieures et de la Gestion de la Dette. C’est lui qui aura la lourde charge de maintenir la signature du Bénin sur les marchés internationaux et de piloter les dossiers souverains liés aux adjudications UMOA-Titres.

Enfin, le paysage médiatique et numérique s’apprête à changer radicalement de visage. Aurélie Adam Soulé Zoumarou va abandonner le Numérique pour devenir Ministre de la Communication, en charge des Médias, absorbant sauf précision future, les compétences opérationnelles de l’ancien porte-parolat du gouvernement détenu par Wilfried Houngbédji dont la fonction pourrait disparaître sous sa forme institutionnelle. Le volet technologique sera quant à lui confié à Mahuna Akplogan, nouveau Ministre de la Transformation Digitale et de l’Innovation, qui héritera de la ministre Aurélie Adam Soulé Zoumarou d’une feuille de route futuriste consistant à piloter la toute nouvelle Stratégie Nationale d’Intelligence Artificielle. Le volet sécuritaire et de défense suivra cette même dynamique de renouvellement avec l’installation prochaine de Djibril Mama Cissé Moussa à l’Intérieur et de Gildas Agonkan à la Défense Nationale, tous deux sous un statut de ministre délégué. Pour le premier, Alassane Seidou lui passera la main à l’Intérieur, tandis que pour le second, la passation des charges se déroulera avec Fortunet Alain Nouatin qui quitte la Défense nationale.

L’exercice imminent des passations de charges met déjà en exergue la méthode du Chef de l’État Romuald Wadagni qui va privilégier désormais moins de super-ministres surchargés, une hyperspécialisation des compétences techniques, et un ancrage direct des grands leviers de l’État sous la surveillance rapprochée du Chef de l’Exécutif. Les détails protocolaires se règlent, les dossiers sont prêts ; le septennat peut s’apprêter à véritablement commencer.

Restez connectés à l’actualité en temps réel en rejoignant notre chaîne WhatsApp pour ne rien manquer : actus exclusives, alertes, et bien plus encore.

Partager cet article
Lien partageable
Précédent

FAO, Ambassades, MEF, Sèmè City: D’où viennent les visages très « expert » de l’exécutif du président Romuald Wadagni ?

Suivant

BRVM HEBDO : Quand BOA Bénin (-4,79%) fait figure d’exception dans un groupe BOA unanimement haussier

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Lire article suivant