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[Tribune] Gouvernement Wadagni : la promesse du programme était dans les portefeuilles ministériels

Par Fadel Kabassi

On a souvent tendance à réduire la formation d’un gouvernement à un casting d’hommes et de femmes, à un équilibre de régions ou à une récompense de fidélités. Pourtant, le décret n° 2026-314 portant composition du premier gouvernement du président Romuald Wadagni, dévoilé le soir du 24 mai 2026, mérite une lecture bien plus sémantique. Au-delà des visages, ce sont les intitulés des portefeuilles qui dessinent le véritable manifeste politique du septennat « Plus loin, ensemble ».

Ce qui retient surtout l’attention, ce ne sont pas les noms des ministres. Ce sont les contenus des portefeuilles eux-mêmes, constitués dans un objectif d’efficacité pour l’atteinte des objectifs fixés, en cohérence remarquable avec le projet de société présenté et défendu par le candidat Romuald Wadagni. Le candidat a donné sa parole, et le désormais Président de la République l’a respectée. Pour mémoire, trois priorités ont structuré le programme « Plus loin, ensemble » : La première, le bien-être social pour tous, la deuxième, une économie diversifiée et compétitive, la troisième, la cohésion nationale et la sécurité.

Si gouverner c’est choisir, nommer c’est orienter. Chaque portefeuille nouveau ou restructuré est un acte politique. En les décryptant priorité par priorité, on découvre la grammaire d’un État-stratège qui ne se contente plus de gérer, mais qui ambitionne de transformer les structures mêmes de la société béninoise.

Priorité 1 — Le bien-être social pour tous : de la charité publique à la solidarité d’ingénierie

Le groupe de mots « Affaires sociales » disparaît au profit « d’Action Sociale », précédé du mot « Famille ». Ce n’est pas un détail sémantique. C’est une déclaration d’intention. En nommant ainsi ce ministère, le Chef de l’État illustre sa détermination à faire ressentir à chaque citoyen, dans son quotidien, les effets de la croissance économique, et sa volonté de mettre en place une protection sociale solide pour chaque Béninois, à chaque étape de sa vie (page du programme (pp). 14).

Mais la rupture va plus loin. La microfinance, longtemps rattachée à l’action sociale comme si le crédit était une forme d’assistance, quitte définitivement la sphère du social pour rejoindre le ministère de l’Économie et des Finances. En isolant la protection des vulnérables de la régulation financière du crédit, le chef du gouvernement SEM Romuald Wadagni clarifie, comme ce fut le cas dans le programme de société, sa doctrine : l’État aide les plus fragiles via un registre biométrique national des ménages d’une précision inédite (pp. 15), assorti d’un SAMU social national (pp. 15) et de transferts monétaires numériques fléchés vers la santé et l’éducation (pp. 15). Le social n’est plus une béquille économique diffuse, mais un filet de sécurité chirurgical. C’est le passage d’une charité publique à une solidarité d’ingénierie.

Priorité 2 — Une économie diversifiée et compétitive : nommer l’informel, libérer le capital, conquérir le monde

C’est sans doute la priorité la mieux traduite dans la nomenclature gouvernementale. Elle se cristallise dans quatre portefeuilles dont la cohérence interne est saisissante.

Le premier est le ministère du Commerce Intérieur en charge de la Formalisation de l’Économie. Pendant des décennies, l’informel a été traité comme une fatalité sociale. Aujourd’hui, il devient un objectif administratif. L’ambition est précise : pour que le prêt numérique en quarante-huit heures (48H), promesse phare du septennat (pp. 43), devienne une réalité pour la commerçante de Tokpa Daho ou l’artisan de Tchaourou, il faut une existence formelle. On ne traque plus l’informel pour le punir, on l’identifie pour lui donner accès au capital.

Le deuxième est le super-ministère du Tourisme et du Commerce Extérieur, en charge de l’Industrie et de la Promotion de l’Investissement Privé. Sous la houlette d’Olushegun Adjadi Bakari, ancien ministre des Affaires Étrangères rompu à la diplomatie économique, le Bénin se dote d’un super-ministère de l’Attractivité. L’objectif de 2,5 millions de touristes d’ici 2033 (pp. 37) n’est qu’un pan d’une vision plus large : faire émerger des champions nationaux via un fonds de développement industriel (pp. 31), opérationnaliser la Zone Économique Spéciale Bénin-Nigeria de Kétou (pp. 30), et développer des pôles touristiques labellisés Villes et Villages de Splendeurs (pp. 37). Le rayonnement national est désormais le carburant de la croissance industrielle.

Le troisième est le glissement sémantique vers la Transformation Digitale, l’Innovation et l’Intelligence Artificielle, qui marque le passage de l’infrastructure à l’intelligence. Le quinquennat précédent a posé les rails de la connectivité avec 90% du territoire couvert en 4G et 3 500 kilomètres de fibre optique déployés (pp. 64). Celui-ci doit y faire circuler la valeur ajoutée. L’IA ne sera plus une mode prospective mais un outil opérationnel au service de l’efficacité publique. L’IA Factory (pôle de production de solutions IA) promise dans le programme Wadagni-Talata (pp. 65) n’est plus un projet de laboratoire, elle est désormais un département d’État. Le Bénin se rêve en exportateur de solutions technologiques pour les économies émergentes (pp. 63).

Le quatrième est le ministère des PME et de la Promotion de l’Emploi, en charge de la Formation Professionnelle. En y rattachant la Formation Professionnelle, le Président Romuald Wadagni dit que l’emploi et la compétence sont indissociables. On ne crée pas des emplois sans créer des compétences. Et on ne crée pas des compétences sans les connecter à des entreprises qui recrutent. C’est une chaîne de valeur humaine pensée d’un seul tenant, cohérente avec l’ambition de cadres de formation en alternance renforçant l’orientation vers les filières techniques et l’implication du secteur privé (pp. 17).

Priorité 3 — La cohésion nationale et la sécurité : gouverner le territoire, pas seulement l’État

La troisième priorité est la plus expressive dans sa traduction institutionnelle. Elle dit d’abord que la sécurité est une affaire présidentielle. En nommant des ministres délégués auprès du Président de la République pour l’Intérieur et la Sécurité Publique d’un côté, et pour la Défense Nationale de l’autre, le chef de l’État garde la main sur les deux leviers régaliens par excellence. Il délègue l’exécution et il conserve la direction, conformément à la priorité accordée dans le programme au renforcement des capacités des Forces de Défense et de Sécurité et à la modernisation de l’appareil sécuritaire (pp. 58, 59).

Elle dit aussi que le Sport n’est plus seulement une politique de performance athlétique. En y accolant l’Engagement Civique, le président Romuald Wadagni fait du ministère de Benoît Dato un instrument de cohésion nationale à part entière, en cohérence directe avec la création du Programme National d’Engagement Civique annoncé dans le programme, visant à renforcer le lien Armée-Nation et à former une nouvelle génération de citoyens engagés capables de contribuer activement au développement de leurs communautés (pp. 59). C’est une première institutionnelle au Bénin, et elle ne doit rien au hasard. Elle dit également que la Communication revient au cœur du dispositif gouvernemental. En créant un ministère de la Communication en charge des Médias, Wadagni reconnaît que gouverner au XXIe siècle, c’est aussi gouverner les récits. La désinformation étant désormais une menace pour la cohésion sociale, la maîtrise de l’information publique est un enjeu de sécurité nationale, en cohérence avec le programme d’éducation aux médias annoncé pour aider les citoyens à reconnaître les fausses informations (pp. 49).

Elle dit enfin, et c’est peut-être la rupture la plus structurante de tout ce gouvernement, que le développement doit descendre jusqu’au territoire. Le ministère de la Décentralisation et de la Gouvernance Locale porte désormais une mission inédite : piloter le basculement d’une logique de croissance nationale centralisée vers un développement de chaque territoire (pp. 7). Six pôles de développement territorial couvrant l’ensemble du pays (pp. 8), chacun doté d’une structure Régionale de Développement et articulé autour d’une industrie structurante, d’un pôle touristique, d’un moteur d’innovation et d’une composante spécifique aux atouts du territoire (pp. 7). Des contrats de performance entre l’État et les communes (pp. 56). Un budget participatif obligatoire permettant aux citoyens d’orienter directement l’affectation des ressources communales (pp. 56, 57). La promesse est simple et exigeante à la fois : demain, chaque Béninois, où qu’il soit, trouvera une opportunité à portée de main (pp. 5).

Conclusion : Le temps de l’édifice

Ce premier gouvernement du Président Romuald Wadagni est un bloc cohérent. Il dit que le temps des fondations macroéconomiques est achevé et que celui de l’investissement dans l’humain et le territoire a sonné. Le chef de l’État ne nous présente pas seulement une équipe. Il nous expose, à nouveau, sa vision d’un Bénin formalisé, connecté, attractif, territorialement équilibré et géré avec la précision d’un horloger.

Le Président de la République se donne, avec sa « dream team », les moyens de créer des champions béninois pour conquérir les marchés mondiaux (pp. 31), tout en renforçant l’attractivité du pays aux investisseurs privés internationaux. Il mise sur la technologie comme levier transverse au service de tous les secteurs pour accélérer le développement national et positionner le Bénin parmi les grandes nations du futur (p. 64).

Le cadre ainsi posé, le vrai test réside désormais dans la capacité de cet orchestre à produire la douce mélodie des résultats. Les mots ont été choisis avec soin et il appartient aux actes de transformer cette sémantique de l’espoir en une réalité de progrès. Mais j’ai foi, et je garde espoir que le Chef d’orchestre saura nous mener à l’exaltation.

NB : Tous les éléments factuels et programmatiques cités dans cette tribune sont vérifiables dans le document « Plus loin, ensemble » aux pages indiquées (PP). Aucun chiffre, aucune promesse, aucun dispositif mentionné n’a été extrapolé au-delà de ce que le programme dit explicitement.

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